Dans L'Agenda du 25 février 1961 puis dans L'Agenda du 12 janvier 1962 Mère évoque un aspect très importances car il s'agit des  conditions indispensables pour être en mesure de recevoir la vibration supramentale.

Nous avons donc là des indications très précieuses pour nous aider à progresser vers la manifestation de l'humanité future basée sur  la nouvelle conscience, la vérité supramentale. 

Regardons de quoi il s'agit :

Il y a un Américain qui habite Madras, qui est un monsieur assez important, paraît-il, et très grand ami, très intime ami de Kennedy, le nouveau Président ; il a lu et relu tous les livres de Sri Aurobindo et il est extrêmement intéressé, et il a écrit à Kennedy qu’il voulait qu’il vienne ici, pour l’amener à l’Ashram. 

Et alors cet homme a posé une question très intéressante. Il a fait une analogie et dit ceci : dans la forêt, un cerf passe pour aller boire, et personne n’en sait rien. Mais celui qui a fait des études spéciales de vénerie, à la trace saura voir que le cerf est passé. Et non seulement il saura quel genre de cerf, mais son âge, sa taille, son sexe, etc. 

De même, il doit y avoir des gens qui ont une connaissance spirituelle analogue à celle des veneurs et qui peuvent détecter, s’apercevoir qu’un homme est en rapport avec le Supramental alors que les gens ordinaires n’en savent rien et ne s’en apercevront pas. Alors, a-t-il demandé, je voudrais savoir à quels signes le reconnaîtraient-ils ? 

C’est une question très intelligente.

J’ai répondu en anglais, très court. Je n’ai pas apporté ma réponse, mais je peux te dire tout de suite qu’il y a deux signes: deux signes certains, infaillibles. Je le sais par mon expérience personnelle parce que ce sont deux choses qui ne viennent qu’avec la conscience supramentale : sans elle on ne peut pas avoir cela – tous les efforts yoguiques, toutes les disciplines, toutes les tapasyas ne peuvent pas vous donner cela, tandis que ça vient presque automatiquement avec la conscience supramentale.

Le premier signe, c’est l’égalité parfaite comme Sri Aurobindo l’a décrite (tu le sais, il y a tout un chapitre sur l’égalité, samatâ, dans La Synthèse des Yoga), exactement comme il le décrit, c’est merveilleux, merveilleux de précision! Mais cette égalité-là (qui n’est pas une «égalité d’âme», n’est-ce pas) est une espèce d’état particulier où on est en relation avec toutes choses, extérieures et intérieures, de la même manière et pour chacune de la même manière. Ça, c’est vraiment une égalité parfaite: les vibrations qui viennent des choses, des gens, des contacts, n’ont pas le pouvoir de changer cet état.

Je l’ai mis en premier dans ma réponse. Je ne lui ai pas donné toutes ces explications, je l’ai mis en quelques mots, justement comme une sorte de test de son intelligence, d’une façon un peu cryptique, pour voir s’il comprendrait.

Le deuxième signe, c’est un sentiment d’absolu dans la connaissance. Ça, je te l’ai déjà dit, je l’ai eu avec mon expérience (du 24 janvier). Et ça, c’est un état qu’on ne peut pas, avec n’importe quelle région du mental, même le mental le plus illuminé, le plus élevé, ça ne peut pas s’avoir. 

C’est une... ce n’est pas une certitude : c’est (Mère abat ses mains comme un bloc irrésistible qui descend d’un seul coup) une sorte d’absolu – sans, sans possibilité (il n’est pas question de doute), mais même d’hésitation ou de quoi que ce soit. 

Et sans (comment dire ?)... Toute la connaissance mentale, même la plus haute, est une connaissance «conclusive», si je puis dire : elle vient comme une conclusion de quelque chose, par exemple d’une intuition (une intuition vous donne une connaissance, et cette connaissance est comme la conclusion de l’intuition) ; même quand ce sont des choses que l’on reçoit comme des révélations, ce sont toujours des conclusions. 

Tout ça, ce sont des conclusions – c’est le mot «conclusion» qui me vient, je ne sais pas comment dire. 

Mais avec l’expérience supramentale, ce n’est pas cela : c’est une sorte d’absolu. Et puis le sentiment de ça est tout à fait exceptionnel : c’est très au-dessus d’une certitude, c’est... (Mère refait le même geste irrésistible) c’est un FAIT, n’est-ce pas, les choses sont des FAITS. C’est très-très difficile à expliquer. 

Mais quand on a ça, alors... naturellement avec ça, on a un pouvoir complet – les deux choses vont ensemble, toujours (mais dans ma réponse à cet homme je n’ai pas parlé de «pouvoir» parce que le pouvoir est presque une conséquence, et je ne voulais pas parler des conséquences). 

Mais le fait, c’est cela : une sorte d’absolu dans la connaissance, qui vient naturellement de l’identité. On EST la chose qu’on sait, qu’on connaît. On l’est. On la connaît parce qu’on l’est.

Quand ces deux signes sont là (il faut les deux : l’un n’est pas complet sans l’autre), quand on a les deux, alors on peut être sûr que quelqu’un a été en contact avec le Supramental – mais rien de moins que cela. Alors les gens qui vous racontent avoir reçu la Lumière!... (n’est-ce pas – riant – ils en ont plein la bouche). Mais avec ces deux signes, on est sûr de sa perception [1].

(silence)

Et il est tout à fait évident qu’avec ces deux choses-là, vraiment on... c’est ce que Sri Aurobindo dit : you step in another world [on passe dans un autre monde], vous sortez de tout cet hémisphère et vous entrez dans un autre.

On a ce sentiment.

Le jour où ce sera installé, ce sera bien.

(silence)

Et ce n’est pas le résultat ni d’une aspiration ni d’une recherche, ni d’un effort ni d’une tapasya, rien du tout: ça vient, plan ! (même geste irrésistible). Et quand ça s’en va, il reste comme... comme une empreinte dans le sable – dans la conscience. La conscience est comme une couche de sable : ça a laissé une empreinte. Si on remue trop, l’empreinte s’en va; si on reste bien tranquille, elle... Mais c’est seulement une empreinte.

Et ça ne s’imite pas. Ce qui est merveilleux, c’est qu’on ne peut pas l’imiter ! Tout le reste, par exemple toutes les réalisations ascétiques, on peut les imiter, mais ça on ne peut pas l’imiter, c’est... il n’y a pas d’équivalence, nulle part.

C’est comme mon expérience de cette nuit-là (24 janvier), l’impression que j’avais était extraordinaire : l’individualité, même dans sa conscience la plus haute, même ce qu’ils appellent l’Atman[4] et l’âme, ça n’avait rien à voir là-dedans: ça vient comme ça (même geste), avec un absolu. aucune participation individuelle: c’est une décision qui vient du Suprême.

Eh bien, tout le reste, c’est la même chose: toute votre aspiration, toute votre tapasya, tous vos efforts, tout ce qui est individuel : absolument aucun effet – ça vient, c’est là.

Et vous ne pouvez faire qu’une chose, c’est de vous annuler autant que possible. Si vous arrivez à vous annuler tout à fait, alors l’expérience est totale. Et si on pouvait garder cette disparition d’une façon constante, alors l’expérience resterait là constante – mais ça, c’est encore loin... 

[1]. Voici le texte exact de la réponse de Mère à cet Américain : Deux signes irréfutables prouvent que l’on est en relation avec le Supramental :

1 – Une égalité parfaite et constante.

2 – Une certitude absolue dans la connaissance.

Pour être parfaite, l’égalité doit être invariable et spontanée, sans effort, à l’égard de toutes les circonstances et tous les événements, tous les contacts matériels ou psychologiques, quels que soient leur caractère et le choc qu’ils donnent.

La certitude absolue et indiscutable d’une connaissance infaillible par identité.

Et Mère a ajouté le commentaire suivant à propos du «choc» des circonstances, événements etc. : «Il n’y a plus cette espèce d’opposition entre ce qui est un choc agréable et ce qui est un choc désagréable. Il n’y a plus de choses «agréables» et de choses «désagréables» : ce sont simplement des vibrations que l’on enregistre. D’habitude, quand les gens reçoivent un choc, ils font comme cela (geste de recul), puis ils réfléchissent, ils se concentrent, et alors ils retrouvent leur paix. Mais ce n’est pas cela du tout ! Ce n’est pas cela du tout : il faut que l’état soit spontané, constant, invariable.»

Citations à propos de l'égalité :

Plus une personne demeure tranquille en face de tous les événements et égale en toutes circonstances, garde une parfaite maîtrise de soi et reste paisible en présence de tout ce qui arrive, plus elle a avancé vers le but.

La Mère

L'égalité d'âme et la paix en toutes circonstances, dans toutes les parties de l'être, constituent la première fondation de l'état yoguique. Selon les tendances de la nature, la Lumière (qui apporte la Connaissance), la Force (qui apporte la puissance et le dynamisme sous de nombreuses formes) ou l'Ânanda (qui apporte l'amour et la joie d'exister) peut venir ensuite. Mais la paix est la condition première sans laquelle rien d'autre ne peut être stable.

Sri Aurobindo – Lettres sur le Yoga

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