Assurément, les paroles des textes sacrés ont une influence. Si elles étaient vides, depuis le temps, elles auraient été oubliées, leurs livres jetés aux bûchers et des générations d'hommes ne se seraient pas épuisés à les méditer. 

Depuis quelques temps, je sens deux paroles tourner autour de moi, comme si elles cherchaient à rentrer...  

La parole, parfois, je la sens tomber tout droit d'au-dessus de ma tête. Parfois, c'est au-dessus de ma tête, mais pas tout droit. Parfois, elle émerge tout à coup de l'intérieur de la tête, plus souvent de la poitrine, parfois du ventre...

Et là, je la sens roder autour de moi.... à moins que cela ne soit l'inverse. C'est parce que j'y pense tout le temps, ou souvent, qu'elles rodent autour de moi. Qui est-ce qui a fait l'oeuf ? 

Première parole issue de L'Agenda du 5 août 1961

"Je t’ai raconté ce qui était arrivé à mon frère ? Non ?... Mon frère était un garçon terriblement sérieux et terriblement studieux – oh ! c’était terrible. Mais enfin, un caractère très fort aussi, une forte volonté. Et intéressant, il y avait quelque chose d’intéressant en lui (quand il préparait Polytechnique, je l’ai préparée avec lui, cela m’intéressait). Nous étions très intimes (il n’y avait que dix huit mois entre nous) et il était très violent, mais avec une force de caractère si extraordinaire qu’après avoir failli me tuer trois fois, la troisième fois ma mère a dit : «La prochaine fois, tu la tueras.» Alors il a pris la résolution que ça n’arriverait plus – et ce n’est plus jamais arrivé.

Mais enfin, ce que je voulais raconter, c’est qu’à dix-huit ans quand il était en train de préparer Polytechnique, juste avant, un jour qu’il traversait la Seine (je crois que c’était sur le Pont des Arts), au milieu, tout d’un coup, quelque chose... il a senti quelque chose qui descendait en lui, qui l’a immobilisé tellement fort qu’il est resté comme ça, pétrifié, et alors il a, pas positivement entendu une voix mais c’est venu très clairement en lui : «Si tu veux, tu peux devenir un dieu» (ça s’est traduit comme cela dans sa conscience). Il m’a dit que ça l’avait pris tout entier comme cela, immobilisé, une puissance tellement formidable, et extrêmement lumineuse : «Si tu veux, tu peux devenir un dieu.» Et alors là, oh ! dans l’expérience elle-même, sur le moment, il a répondu : «Non, je veux servir l’humanité.» Et c’est parti. Naturellement il s’est bien gardé de rien dire à ma mère mais nous étions suffisamment intime et il m’a raconté ça. Alors je lui ai dit : «Eh bien (riant), tu en es un imbécile !» Voilà."

 

Deuxième  parole issue de Savitri, Livre un - Chant deux, dans lequel, Sri Aurobindo parle de Savitri, l'incarnation de la Mère divine.  

Une compassion insondable, un sanctuaire de silence,

Son aide intérieure débarrait une porte dans les cieux;

L’Amour en Elle était plus vaste que l’univers

Le monde entier pouvait trouver refuge dans son seul cœur.

La grande divinité insatisfaite pouvait demeurer là :

Vide du petit moi nain dans son air emprisonné

La nature de Savitri pouvait abriter le sublime souffle

Spirituel, qui peut rendre toutes choses divines.

Car même ses gouffres étaient des secrets de lumière.

À la fois, elle était l’immobilité et le mot,

Un continent de paix radiante,

Un océan de feu vierge sans un frisson:

La force et le silence des dieux étaient siens.

Vers la vie divine

Cette anecdote racontée par Mère est... savoureuse, délicieuse, et me laisse avec cette idée formidable, qu'il existe, quelque part, un pouvoir pouvant rendre toute chose divine, qu'il existe une divine Possibilité,

Simplement admettre cette Possibilité, pour notre conscience, cela fait quelque chose...

Simplement, nous tendre, je veux dire, nous tourner vers cette Possibilité, cela fait quelque chose...

Vers La Vie Divine

Et depuis quelques jours, je lis La Vie divine et cela aussi, ça enclenche des choses. 

D'un certain côté, je ne comprends pas grand chose à la métaphysique indienne et les philosophies auxquelles Sri Aurobindo fait référence n'évoquent rien pour moi. Et pourtant, il y a quelque chose de fort avec "ce livre..."

Un petit roquet m'a un jour aboyé dessus en me disant que les livres étaient des êtres... 😄 N'empêche que j'ai gardé et intégré sa parole et effectivement, nous pouvons avoir avec les livres une relation... vivante. 

Et puis, si certaines notions philosophiques et métaphysiques restent nébuleuses, grosso-modo, je capte le fil général et, ici et là, des passages me semblent fantastiques, merveilleux.... 

Je ne peux citer tous ceux qui résonnent, ce serait fastidieux, et très brouillon. Par contre, aujourd'hui, j'ai trouvé celui-ci, issu du chapitre VI - L'homme dans l'univers - Page 58 :

« L’ascension vers la Vie divine est le voyage humain, l’Œuvre des œuvres, le Sacrifice acceptable. Elle est la seule tâche véritable de l’homme dans le monde, et la justification de son existence ; sans elle, il ne serait qu’un insecte rampant parmi d’autres insectes éphémères sur la surface d’une goutte d’eau et de boue qui a réussi à se former parmi les formidables immensités de l’univers physique ».

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