Je poursuis ma lecture de La Vie Divine de Sri Aurobindo.

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Introduction

Les deux chapitres sur la Joie d'être, problème et solution m'ont beaucoup nourri et ; je voulais en partager quelques extraits et puis j'ai loupé le coche.

Au fil de ma lecture, je trouve des choses très stimulantes mais je ne sais comment les partager autrement qu'en coupant des petits morceaux pour les rendre plus abordables.  

C'est fâcheux mais je ne vois pas comment faire autrement. 

Avant de citer quelques passages, j'aimerais partager plusieurs observations plus générales, plus personnelles.

Je me suis demandé comment lire un tel livre, s'il ne fallait pas réapprendre à lire... autrement.

En fait, j'ai bien remarqué qu'une partie de la partie intellectuelle de la conscience mentale avait quelque difficulté a intégrer certaines notions philosophiques, métaphysiques. 

Et en même temps, j'avais la sensation que la connaissance contenue dans ce livre passait par.... en dessous. Que ce que je ne comprenais pas avec la tête, passait par ailleurs. 

Pour le dire autrement, depuis quelques temps, il y a une drôle de sensation subtile plus fréquente que... tout est substance. Plusieurs fois j'ai eu l'impression que les émotions, les pensées, avaient une substance. Même le mantra de Mère, quand je le fais vibrer en moi, pas très souvent, j'ai l'impression qu'il a une substance et ce mélange à mes propres substances intérieures. 

Et bien, ce livre, cette Vie Divine me donne aussi l'impression d'avoir une substance qui se mélange à la substance de mon être.

La Connaissance a certainement plusieurs chemins pour se révéler. 

Et il y a eu une sensation assez forte, assez émouvante à un moment donné. Ma pensée vagabondait sur une idée que je trouvais très intrigante et que nous avons souvent entendu qu'il n'y avait aucune séparation entre l'action, l'auteur de l'action, l'observateur de l'action.

Je trouve ça très mystérieux, mieux qu'un énigme policière, alors ma pensée y repense souvent...

Et je ressens un lien d'amour avec ce livre et je me suis imprégné de l'idée qu'il n'y avait aucune séparation entre la connaissance qu'il contient, mon action de le lire et mon être. 

Le fait de nier la réalité de la séparation entre le livre et moi semble aider à me faire comprendre ce que je ne comprends pas. 

Et pour être honnête, je n'y comprends pas grand chose mais ce que je sens c'est que, de l'intérieur, ce livre exerce une pression intérieure sur telle ou telle partie. Je ne sais comment dire. Il exerce une action intérieure, même si je ne comprends pas. 

Voilà ! Je voulais préciser cela en préambule parce que, je trouve cela... joli. 

Loi de Vérité

Chapitre 13  -La Mâyâ divine

Page 137 et suivantes :

"Et pourtant, lorsque nous avons découvert que toutes choses sont Satchidânanda, nous n’avons pas encore tout expliqué. Nous connaissons la Réalité de l’univers, nous ne connaissons pas encore le processus par lequel cette Réalité s’est transformée en ce phénomène particulier.

Nous avons la clef de l’énigme, il nous reste à trouver la serrure. Car cette Existence, Force-Consciente, Félicité n’œuvre pas directement ou avec une souveraine irresponsabilité comme un magicien édifiant mondes et univers par le simple fiat de sa parole. Nous percevons un processus, nous sommes conscients d’une Loi."

Il est vrai que, lorsque nous l’analysons, cette Loi semble se réduire à un équilibre du jeu des forces et à une détermination de ce jeu, en des lignes fixes de fonctionnement, par le fait accidentel du développement et l’habitude de l’énergie déjà réalisée. Mais cette vérité apparente et secondaire ne devient pour nous une vérité ultime que si nous concevons la Force seule.

Quand nous percevons que la Force est une expression de soi de l’Existence, nous percevons aussi, nécessairement, que cette ligne qu’a choisie la Force correspond à quelque vérité intrinsèque de cette Existence qui gouverne et détermine sa courbe et sa destination constantes.

Et puisque la conscience est la nature de l’Existence originelle et l’essence de sa Force, cette vérité doit être une perception de soi dans l’Être-Conscient, et cette détermination de la ligne prise par la Force doit elle-même résulter d’un pouvoir de connaissance se dirigeant elle-même, inhérente à la Conscience, qui lui permet de guider infailliblement sa propre Force suivant la direction logique de la perception de soi originelle.

C’est donc un pouvoir se déterminant lui-même dans la conscience universelle, une capacité, dans la conscience de soi de l’existence infinie, de percevoir en elle-même une certaine Vérité et de diriger sa force créatrice selon la ligne de cette Vérité, qui a présidé à la manifestation cosmique.

Commentaire personnel :

Que tout cela est compliqué, je lisais et relisais, presque en ânonnant, au mot à mot des deux paragraphes et je voyais le mental intellectuel trébucher laborieusement et en même temps je sentais quelque chose de très ému palpiter dans le coeur.  

Ainsi, il existe une Loi intérieure qui est une Loi de vérité, intrinsèque à l'existence même et qui doit donner l'axe, la direction à la Force créatrice. 

J'ignore la raison, mais j'étais ému comme si j'avais trouvé le Saint Graal. Une vie perdue, à tourner en rond, à chercher quelque chose, sans trop savoir quoi, et sans y comprendre grand chose et voilà qu'il y avait là quelque chose qui semblait avoir le pouvoir de rassembler l'être autour de quelque chose de solide et qui tienne la route. 

Trouver cette vérité intérieure, cette Loi de vérité... 

Pour le dire autrement, deux pages avant, Sri Aurobindo écrivait :

 

De la semence, évolue ce qui est déjà contenu dans la semence, préexistant en son être, prédestiné en sa volonté de devenir, pré-arrangé dans la joie du devenir. 

C'est la question du Devenir, de notre devenir à tous, l'espèce humaine. Si nous trouvons cette Loi de Vérité en nous, alors il nous suffira de la suivre...

En attendant, nous virevoltons beaucoup en tout sens...

Un peu plus loin Sri Aurobindo écrit :

« Le Mental, la Vie et le Corps sont une conscience inférieure et une expression partielle qui, dans le moule d’une évolution variée, lutte pour atteindre à cette expression supérieure d’elle-même qui existe déjà pour l’Au-delà-du-Mental. Ce qui est dans l’Au-delà-du-Mental est l’idéal que, dans ses conditions propres, elle s’efforce de réaliser. »

Loi de Vérité

Cette petite phrase là a eu un effet inattendu : produire dans ma conscience une concentration, une aspiration pour rebrancher mon physique, mon vital, mon mental sur la source d'énergie de l'univers. 

Plus loin Sri Aurobindo écrit encore ceci à propos du Mental.

« Le Mental ne suffit pas à expliquer l’existence dans l’univers.

La Conscience infinie doit d’abord se traduire en une faculté infinie de Connaissance, ou, comme nous l’appelons de notre point de vue, en une omniscience.

Mais le Mental n’est pas une faculté de connaissance, ni un instrument d’omniscience ; c’est une faculté dont l’objet est de chercher la connaissance, d’en exprimer tout ce qu’elle en peut acquérir dans certaines formes d’une pensée relative, et de la mettre au service de certaines capacités d’action.

Même lorsqu’il trouve, il ne possède point ; il conserve simplement un certain fonds de monnaie courante de Vérité — non point la Vérité elle-même — à la banque de la Mémoire pour y puiser selon ses besoins.

Car le Mental est ce qui ne connaît pas, ce qui essaie de connaître et qui ne connaît jamais qu’à travers une vitre obscure. Il est le pouvoir qui interprète la vérité de l’existence universelle pour les usages pratiques d’un certain ordre de choses ; il n’est pas le pouvoir qui connaît et guide cette existence, et ne peut donc être le pouvoir qui l’a créée ou manifestée. »

Tant que nous agissons seulement au moyen de la mentalité gouvernée par les apparences, ce quelque chose au-delà et à l’arrière plan, et cependant toujours immanent, ne peut être qu’une inférence ou qu’une présence vaguement ressentie.

Nous percevons une loi de progrès cyclique et en déduisons une perfection toujours croissante de quelque chose que, quelque part, nous connaissons déjà.

Partout, en effet, nous voyons une Loi fondée sur l’être en soi, et lorsque nous pénétrons le principe fondamental de son processus, nous découvrons que la Loi est l’expression d’une connaissance innée, d’une connaissance inhérente à l’existence qui s’exprime, impliquée dans la force qui l’exprime ; et la Loi développée par la Connaissance afin de permettre le progrès implique un but divinement perçu vers lequel le mouvement est dirigé.

Nous voyons aussi que notre raison cherche à émerger de l’impuissante dérive de notre mentalité et à la dominer, et nous percevons que la Raison n’est qu’une messagère, une représentante ou une ombre d’une conscience plus grande au-delà qui n’a pas besoin de raisonner parce qu’elle est tout et connaît tout ce qui est.

Et nous pouvons alors en déduire que cette source de la Raison est identique à la Connaissance qui agit comme Loi dans le monde.

Cette Connaissance détermine souverainement sa propre loi, car elle sait ce qui a été, ce qui est et ce qui sera, et elle le connaît parce qu’elle est éternellement et se connaît elle-même infiniment.

Lorsque l’être qui est conscience infinie, conscience infinie qui est force omnipotente, fait d’un monde — c’est-à-dire d’une harmonie de lui-même — l’objet de sa conscience, notre pensée parvient alors à le saisir comme existence cosmique qui connaît sa propre vérité et réalise en des formes ce qu’elle connaît.

Et Sri Aurobindo de conclure ce chapitre en nous offrant la clef d'accès :

Mais c’est seulement quand nous cessons de raisonner et pénétrons profondément en nous-mêmes, en cet espace secret où cesse toute activité mentale, que cette autre conscience devient pour nous réellement manifeste — si imparfaitement que ce soit, du fait de notre longue habitude de réagir mentalement et de vivre dans nos limitations mentales.

Alors, dans une croissante illumination, nous pouvons connaître avec assurance ce que nous avions conçu de manière incertaine à la pâle et vacillante lumière de la Raison.

La Connaissance attend, souveraine, par-delà le mental et le raisonnement intellectuel, dans l’immensité lumineuse d’une vision de soi illimitable.

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