Je continue de partager quelques extraits de la Vie Divine de Sri Aurobindo. Nous sommes maintenant au chapitre 20, Mort, Désir et Incapacité.

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Avant d'aborder ces sujets, deux paragraphes de transition avec le chapitre précédent sur la vie ont particulièrement retenu mon attention

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Dans cette conception, la Vie apparaît comme une forme d’énergie de la conscience, intermédiaire et appropriée à l’action du Mental sur la Matière ; on peut dire, en un sens, qu’elle est un aspect d’énergie du Mental lorsqu’il crée, non plus des idées, mais des mouvements de force et des formes de substance et se rattache à eux.

Cependant, il faut ajouter aussitôt que le Mental n’est pas une entité séparée ; à l’arrière-plan, se trouve la totalité du Supramental. Or, c’est le Supramental qui crée, le Mental n’est que son opération finale d’individualisation.

De même, la Vie n’est pas une entité ou un mouvement séparé ; à l’arrière-plan et en chacune de ses opérations, se trouve la Force-Consciente, et c’est cette Force-Consciente seule qui existe et agit dans les choses créées. La Vie n’est que son opération finale, intermédiaire entre le Mental et le Corps.

Tout ce que nous disons de la Vie doit donc nécessairement tenir compte des modifications dues à cette dépendance. Nous ne connaissons pas vraiment la Vie, sa nature et son processus, à moins de percevoir, à moins de devenir conscient de cette Force-Consciente qui agit en elle et dont elle n’est que l’aspect et l’instrument extérieurs.

Alors seulement, en tant que formes-d’âme individuelles et instruments corporels et mentaux du Divin, nous pouvons percevoir et exécuter sciemment la Volonté de Dieu dans la Vie ; alors seulement la Vie et le Mental peuvent suivre les voies et les mouvements toujours plus droits de la vérité en nous-mêmes et dans les choses, en réduisant constamment les distorsions et perversions de l’Ignorance.

Tout comme le Mental doit consciemment s’unir au Supramental dont il est séparé par l’action de l’Avidyâ (1), de même la Vie doit-elle prendre conscience de la Force-Consciente qui œuvre en elle à des fins et avec une signification dont la vie en nous — parce qu’elle est absorbée dans le simple processus de vivre, comme notre mental est absorbé dans le simple processus de mentaliser la vie et la matière — est inconsciente en son action obscurcie, de sorte qu’elle les sert de façon aveugle et ignorante, et non, comme elle doit le faire et le fera une fois libérée et réalisée, lumineusement ou avec une connaissance, une puissance et une béatitude qui s’accomplissent d’elles-mêmes.

(1) Avidyâ - Ignorance - Note personnelle

Commentaire personnel :

Ainsi notre mental peut créer autre chose que des idées mais des mouvements de force et même des formes de substance.... Je n'y avais jamais pensé, cela ne m'avait même jamais effleuré l'esprit. Rien que cela, déjà, si nous nous concentrons sur cette idée, ouvre le champ de toute une expérimentation.

Ensuite, l'air de rien, Sri Aurobindo nous donne une clef majeure. Non seulement nous pouvons prendre conscience de la Force-Consciente présente dans notre vie mais en plus, cette découverte est la condition pour vraiment connaître la vie et suivre la volonté divine. 

Ce paragraphe m'a laissé une merveilleuse impression, si lumineuse, si claire. 

Voyons le paragraphe suivant, encore plus extraordinaire, qui résume à la fois le douloureux problème et la glorieuse solution. 

En fait, étant subordonnée à l’action obscurcie et séparatrice du Mental, notre Vie est elle-même obscurcie et divisée et assujettie à la mort, à la limitation, la faiblesse, la souffrance, au fonctionnement ignorant que le Mental-de-la-créature, asservi et limité, engendre et suscite.

La source originelle de la perversion se trouve, nous l’avons vu, dans cette limitation que l’âme individuelle s’est imposée à elle-même, âme enchaînée à l’ignorance de soi du fait que, par une concentration exclusive, elle se considère comme une individualité séparée existant en soi, et considère toute l’action cosmique seulement telle qu’elle se présente à sa conscience, sa connaissance, sa volonté, sa force, son plaisir et son être limité, au lieu de se voir comme une forme consciente de l’Un et d’embrasser toute conscience, toute connaissance, toute volonté, toute force, tout plaisir et tout être comme s’ils étaient siens.

Obéissant à cette direction de l’âme emprisonnée dans le mental, la vie universelle se trouve elle-même emprisonnée dans une action individuelle. Elle existe et agit comme une vie séparée, avec une capacité insuffisante et limitée, subissant le choc et la pression de toute la vie cosmique autour d’elle, au lieu de l’embrasser librement. Jetée dans le constant échange cosmique de la Force dans l’univers comme une pauvre existence individuelle limitée, la Vie commence par consentir et obéir, impuissante, à ce jeu mutuel et gigantesque, et ne réagit que mécaniquement à tout ce qui l’assaille, la dévore, jouit d’elle, l’utilise et la dirige.

Mais à mesure que se développe la conscience, à mesure que la lumière de son être émerge de l’inerte obscurité du sommeil involutif, l’existence individuelle commence à percevoir faiblement le pouvoir qui est en elle et cherche, d’abord nerveusement, puis mentalement, à maîtriser le jeu, à l’utiliser et en jouir.

Cet éveil au Pouvoir qui est en elle est l’éveil progressif au moi. Car la Vie est la Force, et la Force est le Pouvoir, et le Pouvoir est la Volonté, et la Volonté est l’action de la Conscience-Maîtresse.

La Vie dans l’individu devient de plus en plus consciente, en ses profondeurs, qu’elle aussi est la Volonté-Force de Satchidânanda, maître de l’univers, et elle aspire elle-même à devenir individuellement maîtresse de son propre monde.

Réaliser son pouvoir et maîtriser aussi bien que connaître son monde est donc l’impulsion toujours plus forte de toute vie individuelle ; cette impulsion est un trait essentiel de la croissante manifestation du Divin dans l’existence cosmique.

Commentaire personnel :

Un peu secoué tout de même par cette idée de se percevoir comme une forme de l'Un et que toute chose finalement est aussi nous-mêmes.

En fait, je pense aux êtres et aux forces que nous considérons volontiers comme tout à fait malveillantes. Et même sans aller jusqu'à cette extrémité, il y a quantités de vies et de mouvements de conscience sur cette terre que nous n'avons pas du tout envie de considérer comme nôtres.

Qu'importe, cheminons avec ça et voyons comment cette connaissance travaille en nous. L'idée de base est simple, que cela soit dans notre mental ou dans la vie que nous percevons en nous, cesser de nous percevoir séparé. 

L'individuel s'ouvre et se relie à l'Universel.... 

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