Terminons le chapitre 20 de La Vie Divine avec la troisième caractéristique de la vie humaine divisée, l'Incapacité. Nous y sommes tous confrontés., alors autant mieux la comprendre. 

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De même que ce masque de la Mort dont se couvre la Vie résulte du mouvement du fini qui cherche à affirmer son immortalité, de même le Désir est-il l’impulsion de la Force d’Être qui s’est individualisée dans la Vie pour affirmer peu à peu, selon le principe de succession dans le Temps et d’extension de soi dans l’Espace et dans le cadre du fini, sa Béatitude infinie, l’Ânanda de Satchidânanda.

Le masque du Désir que revêt cette impulsion est directement issu du troisième phénomène de la Vie, sa loi d’incapacité.

La Vie est une Force infinie œuvrant dans les conditions du fini ; tout au long de son action manifeste et individualisée dans le fini, son omnipotence doit inévitablement apparaître et agir comme capacité limitée, comme impuissance partielle, bien que derrière chaque acte de l’individu, si faible, si futile, si trébuchant soit-il, il y ait toute la présence supraconsciente et subconsciente de la Force infinie et omnipotente ; sans cette présence à l’arrière-plan, pas un seul mouvement, même le plus infime, ne pourrait se produire dans le cosmos ; par le fiat de l’omnipotente omniscience qui œuvre en tant que Supramental inhérent dans les choses, chaque acte et chaque mouvement séparés rentrent dans la somme de son action universelle.

Mais la force de vie individualisée est, pour sa propre conscience, limitée et pleine d’incapacités ; car dans son action elle se trouve non seulement confrontée à la masse des autres forces de vie individualisée qui l’entourent, mais soumise au contrôle et à la négation de la Vie infinie elle-même dont la volonté et l’orientation globales peuvent ne pas s’accorder immédiatement avec les siennes.

C’est pourquoi la limitation de la force, le phénomène d’incapacité, est la troisième caractéristique de la Vie individualisée et divisée.

Par contre, cet élan qui la pousse à s’étendre et à tout posséder ne se mesure pas, et n’est pas limité par sa force ou sa capacité présentes, et rien ne l’y prédestine.

Il s’ensuit que, du gouffre qui sépare cette soif de posséder de la force de possession, s’élève le désir; car si cette disparité n’existait pas, si la force pouvait toujours posséder son objet, toujours atteindre son but en toute sûreté, alors le désir ne naîtrait point, seule existerait une Volonté calme et maîtresse d’elle-même, sans convoitise, pareille à la Volonté du Divin.

Ouverture à la force de Sri Aurobindo

Ouverture à la force de Sri Aurobindo

Dernier paragraphe

Si la force individualisée était l’énergie d’un mental libre de l’ignorance, cette limitation n’interviendrait pas, ni la nécessité du désir.

Car un mental non séparé du Supramental, un mental de connaissance divine connaîtrait l’intention, la portée et le résultat inévitable de chacun de ses actes ; il ne brûlerait pas de désir ni ne lutterait, mais émanerait une force assurée, se limitant à l’objet immédiatement en vue.

Même en se projetant au-delà du présent, même en initiant des mouvements non destinés à réussir dans l’immédiat, il ne saurait être assujetti au désir ou à la limitation.

Car les échecs du Divin sont eux aussi des actes de Son omnisciente omnipotence qui connaît le moment juste et la juste circonstance pour le commencement, les variations, les résultats immédiats et ultimes de toutes Ses entreprises cosmiques.

Étant à l’unisson du Supramental divin, le mental de connaissance participerait à cette omniscience et à ce pouvoir qui détermine tout.

Mais, comme nous l’avons vu, la force-de-vie individualisée est ici une énergie du Mental individualisateur et ignorant, du Mental exilé de la connaissance de son propre Supramental.

L’incapacité est dès lors nécessaire à ses relations dans la Vie, et inévitable dans la nature des choses ; car l’omnipotence pratique d’une force ignorante est impensable, même en une sphère limitée, puisque, dans cette sphère, une telle force s’opposerait au fonctionnement de l’omnipotence divine et omnisciente et renverserait le dessein établi des choses — une situation cosmique impossible.

La lutte de forces limitées accroissant leur capacité du fait de cette lutte même, sous l’impulsion du désir instinctif ou conscient, est par conséquent la première loi de la Vie.

Il en est de ce combat comme du désir ; il doit s’élever, devenir une épreuve de force mutuellement profitable, une lutte consciente de forces fraternelles où le vainqueur et le vaincu, ou plutôt où les deux influences, celle qui agit d’en haut et celle qui, en réponse, agit d’en bas, ne peuvent que s’enrichir et s’accroître l’une comme l’autre.

Et finalement, cela doit à son tour devenir le choc bienheureux d’un échange divin, la vigoureuse étreinte de l’Amour remplaçant l’embrassement convulsif de la lutte.

Et pourtant, la lutte est un commencement nécessaire et salutaire.

La Mort, le Désir et la Lutte sont la trinité de la vie divisée, le triple masque du divin principe-de-Vie et son premier essai pour s’affirmer dans le cosmos.

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