Et puis cela les choses commencent à se gâter,  😊 Sri Aurobindo aborde la nécessité de la mort... 

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Transition avec le paragraphe précédent - Page 221 et suivantes

Bien que la Vie soit Pouvoir et que la croissance de la vie individuelle signifie la croissance du Pouvoir individuel, le simple fait qu’elle soit une vie et une force divisées et individualisées l’empêche néanmoins de devenir vraiment maîtresse de son monde.

Car cela reviendrait à maîtriser la Toute-Force, et il est impossible à une conscience divisée et individualisée dotée d’un pouvoir et d’une volonté divisés, individualisés et dès lors limités, d’être maîtresse de la Toute-Force; seule la Toute-Volonté en est capable, et l’individu, si tant est que cela soit possible, ne peut y parvenir qu’en redevenant un avec la Toute-Volonté, et donc avec la Toute-Force.

Autrement, la vie individuelle dans la forme individuelle sera toujours soumise aux trois attributs de sa limitation : la Mort, le Désir et l’Incapacité.

Nécessité de la mort

Sri Aurobindo de rentrer dans le vif du sujet :

La mort est imposée à la vie individuelle à la fois par les conditions de sa propre existence et par ses relations avec la Toute-Force qui se manifeste dans l’univers.

Car la vie individuelle est un jeu particulier de l’énergie dont l’action spécifique est de constituer, maintenir, dynamiser et finalement dissoudre, une fois son utilité révolue, l’une des myriades de formes qui, chacune en son temps, son lieu et son domaine, servent toutes le jeu intégral de l’univers.

L’énergie de vie dans le corps doit soutenir l’assaut des énergies de l’univers, qui lui sont extérieures ; elle doit les absorber et s’en nourrir, cependant qu’elle-même est constamment dévorée par elles.

Selon l’Upanishad, toute la Matière est nourriture, et telle est la formule du monde matériel : « Le mangeur mangeant est lui- même mangé. »

La vie organisée dans le corps est constamment menacée de destruction sous les assauts de la vie extérieure, ou, si son pouvoir de dévorer est insuffisant ou mal servi, ou s’il n’y a pas de juste équilibre entre la capacité de dévorer et la capacité ou la nécessité de nourrir la vie extérieure, alors elle ne peut plus se protéger et elle est dévorée, ou bien, incapable de se renouveler, elle dépérit et se dissout; elle doit suivre le processus de la mort afin de se reconstruire et de se renouveler.

Commentaire personnel

Dans le chapitre suivant que nous verrons dans un prochain article Sri Aurobindo nuancera cet aspect avec un autre principe venant modérer celui-ci. Mais poursuivons notre découverte. 

Ce n’est pas tout ; pour reprendre une autre formule des Upanishad, la force de vie est l’aliment du corps, et le corps l’aliment de la force de vie ; en d’autres termes, l’énergie de vie en nous fournit le matériau grâce auquel la forme est construite, préservée et renouvelée, et, en même temps, elle utilise constamment la forme de sa propre substance, qu’elle crée ainsi et maintient en vie.

Si l’équilibre entre ces deux opérations est imparfait ou rompu, ou si le jeu ordonné des différents courants de la force de vie se dérègle, la maladie et le déclin surviennent et déclenchent le processus de désintégration.

De plus, le combat pour obtenir une maîtrise consciente, et même la croissance du mental, rendent plus difficile encore le maintien de la vie. Car l’énergie de vie exige toujours plus de la forme, et cette exigence dépasse la capacité du système originel d’approvisionnement et rompt l’équilibre originel d’offre et de demande ; alors, avant qu’un nouvel équilibre ne puisse s’établir, de nombreux désordres se produisent, qui sont contraires à l’harmonie et au maintien prolongé de la vie ; en outre, l’effort de maîtrise suscite toujours une réaction correspondante dans l’environnement, où d’innombrables forces désirent elles aussi s’accomplir, et ne supportant pas l’existence qui cherche à les subjuguer, elle se révoltent et l’attaquent.

Là encore, un équilibre est rompu, et un combat plus intense se produit ; si forte que soit la vie dominatrice, elle ne peut éternellement résister et triompher. Un jour, elle subit la défaite et se désintègre, à moins qu’elle ne soit illimitée ou ne réussisse à établir une nouvelle harmonie avec son milieu.

Nécessité de la mort

Paragraphe suivant

 

Mais outre ces nécessités, il y a la grande nécessité fondamentale de la nature, l’objectif de la vie incarnée elle-même, qui est de rechercher une expérience infinie sur une base finie ; et puisque la forme, la base, de par son organisation même, limite la possibilité de l’expérience, cela ne peut se faire que par la dissolution de cette forme et qu’en en cherchant de nouvelles.

Car l’âme, une fois qu’elle s’est limitée en se concentrant sur le moment et le champ, est amenée à chercher de nouveau son infinité par le principe de la succession, en ajoutant un moment à l’autre et en emmagasinant ainsi une expérience du temps qu’elle appelle son passé ; elle se déplace dans ce temps, traversant des champs successifs, des expériences ou des vies successives, des accumulations successives de connaissance, de capacité, de plaisir, et elle conserve tout cela dans la mémoire subconsciente ou supraconsciente comme fonds de son acquis passé dans le temps.

Le changement de forme est essentiel à ce processus ; et pour l’âme involuée dans un corps individuel, le changement de forme signifie la dissolution du corps, selon la loi et la compulsion de la Toute-Vie dans l’univers matériel, selon sa loi d’offre du matériau pour la forme et de demande de matériau — son principe étant que tout s’entrechoque constamment et que la vie incarnée lutte pour exister dans un monde où tout s’entredévore. Et cela, c’est la loi de la Mort.

Dernier paragraphe

Telles sont donc la nécessité et la justification de la Mort, considérée non point comme une négation de la Vie, mais comme un processus de la Vie ; la mort est nécessaire parce que l’éternel changement de forme est la seule immortalité à laquelle la substance vivante finie puisse aspirer, et l’éternel changement d’expérience la seule infinité que le mental fini involué dans le corps vivant puisse atteindre.

Un tel changement de forme ne saurait demeurer simplement un renouvellement constant de la même forme-type, comme celle qui constitue notre vie corporelle entre la naissance et la mort ; à moins, en effet, que la forme-type ne soit transformée et le mental expérimentateur coulé dans des formes nouvelles, en de nouvelles circonstances, en un temps, un lieu et un milieu nouveaux, le changement d’expérience nécessaire qu’exige la nature même de l’existence dans l’Espace et le Temps ne peut s’effectuer.

Or seul le processus de la Mort par dissolution et par le dévorement de la vie par la Vie, seules l’absence de liberté, la compulsion, la lutte, la douleur, la sujétion à ce qui semble être un non-moi, font que ce changement nécessaire et salutaire paraît terrible et indésirable à notre mentalité mortelle.

C’est le sentiment d’être dévoré, brisé, détruit ou expulsé qui constitue l’aiguillon de la Mort, et même la croyance en la survie de la personne après la mort ne peut l’abolir entièrement.

Commentaire personnel

Nous avons donc en quelques paragraphes et des mots assez simples, en tout cas plus abordables que les premiers chapitres sur la description des plans de conscience de l'Absolu, l'explication de la nécessité de la mort.

À la nuance près que le travail continué par Mère jusqu'en 1973, donc quelques décennies après l'écriture de ce texte a probablement quelque peu changé la situation, ou en tout cas, ouvert quelques perspectives. Sri Aurobindo avait vu cela, c'est son... à moins que...

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