Après avoir terminé le Premier Livre de La Vie Divine - La Réalité Omniprésente et l'Univers, je me permets de sauter directement au chapitre 14 Origine et remède du mensonge, de l'erreur et du mal.

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Compte-tenu de la situation actuelle dans le monde, le sujet me paraît d'une urgente actualité, aussi, je vais le publier en intégralité, mais en en plusieurs parties, au rythme de ma lecture et de mes questions, mêmes naïves...

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Origine et remède du mensonge, de l’erreur, de l’injustice et du mal


Le Seigneur n’accepte le péché et la vertu de personne ; la connaissance étant voilée par l’Ignorance, les hommes mortels sont les jouets de l’illusion.  Gîtâ. V. 15.

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Ils vivent selon une idée du moi qui diffère de la réalité, trompés, attachés, exprimant une fausseté — comme si, par enchantement, ils prenaient le faux pour le vrai.  Maitrâyanî Upanishad. VII. 10.

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Ils vivent et se meuvent dans l’Ignorance et ils tournent en rond, battus et trébuchants, tels des aveugles conduits par un aveugle.  Mundaka Upanishad. I. 2. 8.

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Celui dont l’intelligence a atteint l’Unité, rejette loin de lui et le péché et la vertu.  Gîtâ. II. 50.

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Celui qui a trouvé la félicité de l’Éternel n’est plus affligé par la pensée : « Pourquoi n’ai-je pas fait le bien ? Pourquoi ai-je fait le mal ? » Celui qui connaît le moi rejette loin de lui et le mal et le bien.  Taittirîya Upanishad. II. 9.

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Ceux-là sont conscients de l’étendue du mensonge dans le monde ; ils grandissent dans la maison de la Vérité, ils sont les fils puissants et invincibles de l’Infini.  Rig-Véda. VII. 60. 5.

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La vérité est la première et l’ultime ; au milieu, est le mensonge, mais il est pris entre la vérité de part et d’autre, et il tire son être de la vérité (1)Brihadâranyaka Upanishad. V. 5. 1.

(1) La vérité de la réalité physique et la vérité de la réalité spirituelle et supraconsciente. Dans les réalités subjectives et mentales intermédiaires, la fausseté peut entrer, mais elle prend soit la vérité d’en haut, soit la vérité d’en bas comme substance pour se construire, et toutes deux font pression sur elle pour qu’elle change ses fausses constructions en vérités de la vie et de l’esprit.

Commentaire :

Cette invitation à rejeter à la fois le bien et le mal... m'a fait sursauter, à la nuance près qu'il est question ici de celui qui a trouvé l'unité ou qui connait le Moi. Faut-il en déduire que tant que nous n'en sommes pas là, il convient de rester attaché à l'idée que nous nous faisons du bien ? Je le suppose. 

Une autre indication plus accessible est de devenir conscient de l'étendue du mensonge....  

Introduction de Sri Aurobindo – Page 639

Si l’Ignorance est par nature une connaissance se limitant elle-même, oublieuse de la conscience de soi intégrale, prisonnière d’une concentration exclusive dans un seul domaine ou sur une surface dissimulant le mouvement cosmique, comment, dans cette perspective, traiterons-nous le problème si poignant qui tourmente le mental de l’homme lorsqu’il se trouve confronté au mystère de sa propre existence et de l’existence cosmique : le problème du mal ?

Nous pouvons admettre qu’une connaissance limitée, soutenue par une Toute-Sagesse secrète, et lui servant à élaborer un certain ordre du monde dans des limites nécessaires, serait un procédé intelligible de la Conscience et de l’Énergie universelles ; mais la nécessité du mensonge et de l’erreur, de l’injustice et du mal, ou leur utilité dans les œuvres de la Réalité divine omniprésente, sont plus difficiles à admettre.

Et pourtant, si cette Réalité est bien telle que nous l’avons supposée, l’apparition de ces phénomènes opposés doit répondre à une nécessité, avoir un sens et une fonction dans l’économie de l’univers.

Car dans la connaissance de soi complète et inaliénable du Brahman, qui est nécessairement une connaissance totale, puisque tout ce qui est, est le Brahman, de tels phénomènes ne peuvent être le fruit du hasard, d’un accident en cours de route, d’un oubli ou d’une confusion involontaires de la Conscience-Force de Celui qui est Toute-Sagesse dans le cosmos, ni le fruit d’un affreux contretemps auquel l’Esprit immanent n’était pas préparé et dont il est prisonnier, errant dans un labyrinthe d’où il a toutes les peines du monde à s’échapper.

Ce ne peut être non plus un inexplicable mystère de l’être, originel et éternel, que le divin et intégral Instructeur ne peut nous expliquer, ni s’expliquer à lui-même.

Il doit y avoir derrière ce mystère une signification de la Toute-Sagesse elle-même, un pouvoir de la Toute-Conscience qui l’autorise et lui assigne une fonction indispensable dans les processus actuels de notre expérience de nous-mêmes et du monde.

Il importe à présent d’examiner plus directement cet aspect de l’existence et de déterminer ses origines, les limites de sa réalité et sa place dans la Nature.

Bienveillance

Bienveillance

Ce problème peut être abordé à partir de trois points de vue : selon sa relation avec l’Absolu, la Réalité suprême, selon son origine et sa place dans les œuvres cosmiques, et selon son action et son point d’ancrage dans l’être individuel.

Il est évident que ces phénomènes adverses ne sont pas directement issus de la suprême Réalité elle-même, car rien en elle ne possède ce caractère ; ce sont des créations de l’Ignorance et de l’Inconscience, non des aspects fondamentaux ou premiers de l’Être, ils ne sont pas inhérents à la Transcendance, ni au pouvoir infini de l’Esprit cosmique.

On soutient parfois que si la Vérité et le Bien ont leurs absolus, le Mensonge et le Mal doivent, eux aussi, avoir leurs absolus ; autrement, les uns comme les autres seraient nécessairement des termes de la relativité : la Connaissance et l’Ignorance, la Vérité et le Mensonge, le Bien et le Mal n’existent que l’un par rapport à l’autre, et au-delà des dualités de ce monde ils n’ont pas d’existence.

Mais telle n’est pas la vérité fondamentale de la relation entre ces opposés ; car en premier lieu, contrairement à la Vérité et au Bien, le Mensonge et le Mal sont très clairement des résultats de l’Ignorance et ne peuvent exister là où il n’y a pas d’Ignorance ; ils ne peuvent avoir d’existence en soi dans l’Être divin, ils ne peuvent être des éléments innés de la Nature suprême.

Si donc la Connaissance limitée, qui caractérise l’Ignorance, renonce à ses limitations, si l’Ignorance disparaît en la Connaissance, le mal et le mensonge ne sauraient subsister, car ils sont tous les deux les fruits de l’inconscience et de la conscience fausse et, si la conscience vraie ou totale vient remplacer l’Ignorance, leur existence n’a plus aucun fondement.

Il ne peut donc y avoir un mensonge absolu, un mal absolu ; ils sont un sous-produit du mouvement du monde : les sombres fleurs du mensonge, de la souffrance et du mal prennent racine dans le sol noir de l’Inconscient.

Par contre, rien ne s’oppose fondamentalement à l’existence d’une Vérité et d’un Bien absolus.

La relativité de la vérité et de l’erreur, du bien et du mal est un fait d’expérience, mais elle est également un sous-produit et non un facteur permanent inhérent à l’existence.

Elle n’est vraie, en effet, que pour le système de valeurs établi par la conscience humaine, pour notre connaissance et notre ignorance partielles.

Commentaire :

Nous avons dès le premier paragraphe deux indications précieuses.

1) Plus nous progressons en connaissance et en conscience, plus les fondements du mal vacillent.

2) Autant la vérité et le bien ont leur réalité absolue autant le mal et le mensonge ne sont que relatifs. C'est important de rectifier cette erreur de perception qui a tendance à en faire des opposés de mêmes nature et de même force. 

Gentillesse

Gentillesse

La Vérité est pour nous relative, car notre connaissance est enveloppée par l’ignorance. Notre vision exacte s’arrête aux apparences extérieures qui ne sont pas la vérité complète des choses ; et si nous pénétrons plus profondément, les illuminations auxquelles nous parvenons ne sont que des suppositions, des déductions, des indications, et non la vision de réalités indubitables.

Nos conclusions sont partielles, spéculatives ou fabriquées, et nos exposés, qui expriment notre contact indirect avec la réalité, sont essentiellement des représentations ou des formes, des mots-images de pensées-perceptions qui sont elles-mêmes des images et non des incarnations de la Vérité : elles ne sont pas directement réelles et authentiques.

Ces formes ou représentations sont imparfaites et opaques et portent avec elles leur ombre de nescience et d’erreur, car elles semblent nier ou exclure d’autres vérités, et même la vérité qu’elles expriment n’atteint pas sa pleine valeur : c’est une extrémité ou un bord de cette vérité qui se projette dans une forme et le reste est laissé dans l’ombre, inaperçu ou défiguré ou vaguement visible.

On pourrait presque dire qu’aucune formulation mentale des choses ne peut être entièrement vraie ; ce n’est pas la Vérité incarnée, pure et nue, mais une forme drapée — et souvent la draperie est seule visible.

Mais ce caractère ne s’applique pas à la vérité perçue par une action directe de la conscience ou à la vérité de la connaissance par identité ; là, notre vision peut être limitée, mais aussi loin qu’elle s’étende, elle est authentique, et l’authenticité est un premier pas vers l’absolu : l’erreur peut s’attacher à une vision des choses directe ou par identité, par suite d’un apport mental, d’une extension erronée ou illégitime ou d’une fausse interprétation du mental, mais elle ne pénètre pas dans la substance.

Cette vision, cette expérience authentique ou par identité constitue la vraie nature de la connaissance et elle existe en soi dans l’être, bien que, dans notre mental, elle se traduise par une formation secondaire qui n’est pas authentique, mais dérivée.

À l’origine, l’ignorance n’a pas d’existence en soi ni d’authenticité propre ; elle existe à cause d’une limitation ou d’une absence ou d’une suspension de la connaissance : l’erreur à cause d’une déviation par rapport à la vérité, le mensonge à cause d’une distorsion, d’une contradiction et d’une négation de la vérité.

Mais on ne saurait affirmer que la connaissance, elle aussi, n’existe en sa nature profonde que par une limitation ou une absence ou une suspension de l’ignorance.

En effet, elle peut émerger dans le mental humain, en partie par un processus de limitation ou de suspension de ce genre, lorsque l’obscurité reflue d’une lumière partielle, ou elle peut prendre l’aspect d’une ignorance qui se transforme en connaissance. Mais en fait, elle naît indépendamment, s’élevant depuis les profondeurs de notre être où elle existe en son état originel.

Commentaire :

Ce paragraphe m'a rappelé de nombreux passages dans L'Agenda qui m'ont vivement impressionnés, au sens propre du terme : ils ont laissé sur moi une impression forte et durable. 

Ce sont tous ces passages où Mère elle-même semble stupéfaite de constater une sorte de réalité irréelle du Mensonge.

Tout ce qui nous paraît si douloureusement réel, la souffrance, la douleur, ces sensations si concrètes, la maladie... dans la conscience vraie, Mère nous dit que.... cela disparait, qu'il n'y a même rien à corriger car... cela n'existe pas. 

Souvent dans L'Agenda Mère est face ou avec ce grand mystère, ce phénomène assez incompréhensible et pourtant, pour Elle, vécu de façon si tangible...

Et bien, dans ce paragraphe-là, Sri Aurobindo nous dit la même chose. Cette ignorance que nous voyons partout, à l'origine, n'a pas d'existence en soi, alors que, c'est une bonne nouvelle, la Connaissance, elle, est déjà présente au fond de notre être. 

Penser que la connaissance est quelque chose que nous n'avons pas et penser que nous avons déjà la connaissance et qu'elle est simplement cachée, cela fait une différence. 

Nous pouvons nous tourner intérieurement, de tout notre coeur, vers cette Connaissance cachée et.... nous verrons bien. 

À suivre...

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