Depuis plus d'une semaine, aucune envie, aucune lecture, aucune pratique ; le vital proteste et se met en grève, refuse de faire quoi que ce soit... 

Alors, j'ai passé le temps à regarder deux ou trois séries télés, attendant que cela se passe. Et à beaucoup dormir aussi. En tout cas, le cycle du sommeil toujours aussi aléatoire, après une nuit blanche, je m'endors parfois en fin de matinée, début d'après midi et me lève parfois vers 19 h ou 20 heures. Et parfois, pendant quelques jours, le cycle se recale plus ou moins. Période donc un peu agitée, c'est le printemps, beaucoup de vent. Yann Loranger a évoqué cette possibilité dans sa dernière interprétation de la prochaine pleine lune. 

Mais tout passe et j'ai recommencé mes lectures de Sri Aurobindo, à méditer, écrire cet article pour laisser le témoignage que le chemin intérieur est tout sauf un long fleuve tranquille... 

Aphorisme 5

Si seulement les hommes entrevoyaient les jouissances infinies, les forces parfaites, les horizons lumineux de connaissance spontanée, les calmes étendues de notre être qui nous attendent sur les pistes que notre évolution animale n'a pas encore conquises, ils quitteraient tout et n'auraient de cesse qu'ils n'aient gagné ces trésors. Mais le chemin est étroit, les portes sont difficiles à forcer, et la peur, le doute, le scepticisme sont là, tentacules de la Nature pour nous interdire de détourner nos pas des pâtures ordinaires.

Ailleurs dans L'agenda, Mère revient sur cette idée et raconte que Sri Aurobindo lui avait dit que si les hommes savaient le délice que c'est de se donner au Divin, là encore, ils quitteraient tout.

De même, dans le Yoga de l'Amour divin que je suis en train de relire, Sri Aurobindo évoque l'attrait irrésistible du Divin joueur de flûte...

Soit ! Ces expériences doivent exister, Sri Aurobindo-Mère parlent d'expérience et connaissent ces choses.

Pourtant, quand nous nous tournons dedans, c'est parfois autre chose que nous rencontrons. Et à vrai dire, l'un des premiers effets de la lumière et de montrer les impuretés et cela ressemble parfois au tonneau des Danaïdes.

Cette nuit, incapable de trouver le sommeil, je me suis assis pour tourner ma nature émotive vers le Divin et toutes sortes de mouvements intérieurs ont été mis en lumière : déception, mécontentement, chagrin, colère, rage, jalousie, tristesse, désespoir, etc... Cela n'arrêtait pas. 

Je regardais toutes ces choses se lever et cependant une consolation m'a traversé l'esprit : si tant d'éléments négatifs recouvrent ma conscience c'est peut-être qu'en dessous il y a une grande lumière. 

N'est-ce pas curieux : au moment de relire le yoga de l'Amour divin ressort toutes les parties qui détestent le Divin, ou plutôt qui le rendent responsable de toute cette souffrance. Je me sentais si furieux que j'aurais volontiers empoigné le Divin... 

Aphorisme 418 — Ton âme n'a pas goûté à l'entier délice de Dieu si elle n'a jamais eu la joie d'être Son ennemie, de lutter contre Ses desseins et d'être engagée dans un mortel combat contre Lui.

Aphorisme 419 — Si tu ne peux pas faire que Dieu t'aime, fais qu'Il lutte contre toi. S'Il ne veut pas te donner l'étreinte de l'amant, oblige-Le à te donner l'étreinte du lutteur.

Tout ce qui se déroule sur terre est le fruit de la volonté divine et pourtant cette volonté est constamment niée, tel est le paradoxe évoqué par Mère.

C'est peut-être bon signe, une purification... 

En effet, dans les temps anciens, nous faisions bon ménage et bonne figure avec l'ignorance et la souffrance, la vie était ainsi et nous en prenions notre parti. Et d'une certaine façon, il y a mille façon de s'arranger avec le malheur. Désormais, nous voulons Autre chose, nous voulons la vraie solution à la misère humaine. C'est peut-être pour cela que cela devient si insupportable, comme si la coupe était pleine. 

Je me souviens, fut un temps, rien que l'idée de me tourner vers la Volonté divine, je sentais une joie pétiller en moi...

De même, quand je pensais au sacrifice du Divin dans la Matière, j'étais au bord des larmes tellement je trouvais ça beau...

L'idée de prendre refuge dans le Divin aussi suscitait une émotion...

Et puis tout passe, cela ne pétille plus. Cette nuit c'était un peu trop et je me suis mis à pleurer... parce que cela faisait trop mal.

Une amie m'a racontée une magnifique expérience de l'Amour qui lui a fait comprendre qu'il était toujours là, que c'était simplement nous qui ne sachions pas nous y ouvrir, le ressentir. 

Nous pouvons penser ce qu'on veut du Divin, qu'Il est paix, joie, amour, béatitude, félicité, lumière , harmonie, etc... À quoi cela sert si nous n'avons pas l'expérience de ces choses ? 

Depuis, je ne cesse de m'interroger : qu'est-ce qui nous empêche de recevoir, de ressentir le délice qui est toujours-là, paraît-il ?

Parce que j'aimerais bien trouver une réponse à ce chagrin : ça fait plus de 40 ans que ça dure, il serait peut-être temps de trouver une solution qui tienne la route...😊

J'étais donc concentré sur l'offrande de cette nature émotive - une émotion n'est pas sensé être matérielle et pourtant et cela faisait si mal physiquement que les larmes sont sorties. Difficilement, au départ, uniquement des larmes sèches... 

La douleur irradiait dans cette satané épaule droite encore et encore, cela fait des mois que cela dure. Douleur absurde, sans aucun sens, ni aucune explication. Souffre et tait toi ! Même l'ostéopathe que je suis allé voir ne s'est pas vraiment foulé la rate...

Peut-être est-il vain de chercher un bonheur durable dans une vieille carcasse de vieille espèce... 

J'aimerais tellement rembobiner le fil de l'existence, recommencer pour essayer de trouver un chemin moins douloureux. Si nous n'avions pas tous été éduqués de travers tant de souffrances auraient pu être évitées ; c'est monstrueux le temps que nous avons perdu. 

Enfin ! au bout d'une vingtaine de minutes, la douleur a finit par se calmer et je me suis senti mieux et suis rentré dans un calme froid. 

Dans ces moments, je me rappelle souvent Mère : ceux qui veulent rester grands, forts, lumineux... ne peuvent rien pour cette terre. 

Sur mon coussin, je me tourne souvent vers le Divin et... c'est pas la joie : tout le temps c'est un truc à purifier, corriger, nettoyer, rejeter, harmoniser, guérir et cela n'en finit pas. Sri Aurobindo nous a bien dit qu'il fallait trouver le positif avant de s'attaquer au négatif, je voudrais bien mais L'Expérience positive du Divin, je ne l'ai jamais eue. Sauf peut-être celles de M. Jourdain qui fait de la prose sans le savoir. 

L'expérience du calme, une sensation immense, d'espace infini, l'immobilité.... ça, c'est arrivé plusieurs fois, mais la sensation d'avoir touché le Divin lui-même, ou la vérité de mon être, ça non, c'est encore de la science fiction... 

Ce qui m'étonne, c'est qu'il se dit que le coeur et l'amour est une voie bien plus directe que le mental alors que j'ai plutôt l'impression que le coeur est dans une grande confusion alors que, mentalement, j'ai l'impression d'une lumière, une clarté qui sait. Qui n'a pas vraiment l'expérience mais qui sait. 

Cette fois-ci, une autre parole est ressortie comme un cri à cette réponse : pourquoi est-ce que j'ai si mal ? 

"Ce n'est pas contre le gouvernement britannique qu'il faut lutter mais contre la nature terrestre tout entière...." 

C'est ce que s'était dit Sri Aurobindo et c'est cela que cela me disait : la seule solution est de se se transformer complètement. Ce n'est pas faute d'essayer... 

Et puis, au moment de ma crise, au moment où la douleur et la colère et le ressentiment contre le Divin était le plus fort, il y avait l'étrange sentiment que cette apparence de non-amour pour le Divin était la preuve de mon amour pour le Divin. Une sorte de querelle d'amoureux. D'une certaine façon, c'est le sentiment de le chercher depuis longtemps et d'être absolument furieux et désespéré de ne pas l'avoir encore trouvé, saisi, empoigné... Et l'inverse, plus encore.

Le plus terrifiant est de considérer, après tant d'insuccès, que le Divin est définitivement hors d'atteinte alors qu'il n'y a plus rien à faire si ce n'est boire, manger, regarder la télé et attendre avec une certaine impatience la fin d'une vie idiote... 

* * *

"Cette dévotion semble très voisine de la contemplation telle qu’elle est pratiquée sur le chemin de la connaissance, mais elles diffèrent l’une de l’autre en leur esprit.

Ce n’est pas essentiellement une contemplation immobile, mais une contemplation extatique ; elle ne cherche pas à se fondre en l’être du Divin, mais à appeler le Divin en nous-mêmes pour nous plonger dans l’extase profonde de sa présence ou pour le posséder, et sa béatitude n’est point la paix de l’unité mais l’extase de l’union."

Alors un autre passage du Yoga de l'Amour a retenu mon attention :

Passions humaines changées en amour pour le Divin

Passions humaines changées en amour pour le Divin

Mais il est un yoga plus intime qui, dès le début, est fait de cet amour même et arrive au but par la seule intensité de son désir, sans autre procédé ni méthode.

Tout le reste vient aussi, mais vient de cela, comme la feuille et la fleur viennent de la graine; les autres activités ne sont pas des moyens de faire croître ni d’accomplir l’amour, mais des rayonnements de cet amour qui croît déjà en l’âme.

Telle est la voie suivie par l’âme quand, peut-être encore occupée par la vie humaine normale, elle a entendu la flûte de la Divinité derrière le proche écran des bois secrets et qu’elle ne se possède plus elle-même, ne peut plus trouver satisfaction ni repos tant qu’elle n’a pas poursuivi, saisi et possédé le divin joueur de flûte.

C’est l’essence même du pouvoir de l’amour dans le cœur et dans l’âme quand ils se détournent des objets terrestres pour découvrir la source spirituelle de toute beauté et de toute félicité.

Dans cette recherche, vibrent tous les sentiments et toutes les passions, toutes les humeurs et les expériences de l’amour, mais concentrés sur un suprême objet de désir et intensifiés bien au-delà du plus haut sommet d’intensité possible à l’amour humain.

On y trouve le bouleversement de la vie entière, l’illumination d’une vision fugitive, le besoin insatisfait d’un unique objet désiré par le cœur, la vive impatience à l’égard de tout ce qui distrait de la préoccupation exclusive, la douleur intense devant les obstacles qui empêchent l’union, la vision parfaite de toute la beauté et toute la félicité en une forme unique.

Et l’on y trouve toutes les humeurs de l’amour : la joie de la rêverie et de l’absorption, la félicité de la rencontre et la plénitude et l’étreinte, la douleur de la séparation, la fureur de l’amour, les larmes de l’attente, la félicité redoublée de la réunion.

Le cœur est la scène de cette suprême idylle de la conscience intérieure, mais un cœur qui passe de plus en plus par une métamorphose spirituelle intense et qui finit par devenir le lotus ouvert et rayonnant de l’esprit.

Et de même que l’intensité de cette recherche dépasse la plus haute puissance des émotions humaines normales, de même la félicité et l’extase finale dépassent toute imagination et toute expression par les mots. Car c’est la béatitude de la Divinité par-delà toute compréhension humaine.

Dans cette vie, je n'ai pas vraiment l'expérience des éléments positifs de cette description. Par contre, dans une ancienne vie, il m'a été révélé que j'avais acquis la capacité de sortir de mon corps et que j'avais connu des extases divines incroyables au point que je n'étais pas très content de réintégrer mon corps.

Par contre, il est des éléments négatifs dans lesquels j'ai reconnu quelque chose même si je me sens surtout encore très loin...

Nous sommes encore nombreux à nous demander ce que nous sommes venus faire dans cette galère...😊

À suivre...

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