Extraits du Yoga de l'Amour divin

Chapitre 6 : La félicité du Divin

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Telle est donc la voie de la dévotion et telle est sa justification par rapport à la connaissance la plus haute, la plus large et la plus intégrale ; et maintenant nous pouvons entrevoir la forme et la place qu’elle prendra dans un yoga intégral.

Essentiellement, le yoga est l’union de l’âme avec l’être du Divin, avec sa conscience et sa félicité immortelles, une union qui s’opère par la nature humaine et change celle-ci en la nature d’un être divin, quelle qu’elle soit, autant que nous puissions la concevoir dans notre mental et la réaliser dans notre pratique spirituelle.

Ce que nous voyons du Divin et ce sur quoi nous fixons notre effort concentré, nous pouvons le devenir, ou nous pouvons parvenir à une certaine unité avec cela, ou pour le moins à être à l’unisson et en harmonie avec cela.

C’est ce qu’exprime d’une façon frappante et en des termes sublimes l’ancienne Upanishad : « Quiconque l’envisage comme Existence devient cette existence, et quiconque l’envisage comme la Non- existence devient cette non-existence », et il en est ainsi pour tout ce que nous voyons du Divin — telle est, pouvons-nous dire, la vérité tout à la fois essentielle et pragmatique de la Divinité.

C’est « quelque chose » qui est au-delà de nous et qui, en vérité, est déjà en nous, mais que pour le moment nous ne sommes pas encore ou sommes seulement d’une façon embryonnaire en notre existence humaine ; mais tout ce que nous pouvons en voir, nous pouvons le créer ou le révéler dans notre nature et dans notre être conscients, et nous pouvons le devenir ; par conséquent, notre destinée spirituelle est de créer ou de révéler individuellement la Divinité en nous-mêmes et de croître en son universalité et sa transcendance.

Ou si cela semble trop élevé pour la faiblesse de notre nature, nous pouvons du moins nous approcher d’elle, la refléter et établir une communion constante avec elle. Tel est pour nous l’accomplisse- ment possible et proche.

Communion avec le Divin

Communion avec le Divin

Le but du yoga synthétique ou intégral que nous envisageons est l’union avec l’être, la conscience et la félicité du Divin en chaque partie de notre nature humaine, séparément ou simultanément, mais finalement tout doit être harmonisé et unifié afin que tout soit transformé en une nature et un être divins.

Rien de moins ne peut satisfaire celui qui a la vision intégrale, car ce qu’il voit, il s’efforce nécessairement de le posséder spirituellement et, autant que possible, de le devenir.

Il aspire à la Divinité, non pas avec la seule connaissance ni avec la seule volonté ni avec le cœur uniquement, mais avec tous ses éléments également, avec tout son être mental et vital, et il s’efforce alors de convertir la nature de chaque partie en son équivalent divin.

Et puisque Dieu vient à nous par bien des voies de son être et qu’en toutes il nous attire vers lui, même quand il semble se cacher à nos yeux — mais voir la possibilité divine et surmonter son jeu d’obstacles constitue tout le mystère et toute la grandeur de l’existence humaine —, nous aspirerons à dépister le Divin, à le découvrir et à le posséder sur chacune de ces voies à son sommet, ou dans l’union de toutes si nous pouvons trouver la clef de leur unité.

Puisqu’il se retire en l’impersonnalité, nous irons à la poursuite de sa félicité et de son être impersonnels, mais puisqu’il nous rencontre aussi dans notre personnalité et dans les relations personnelles du Divin et de l’humain, nous ne nous y refuserons pas non plus ; nous admettrons l’un et l’autre, le jeu de l’amour et de la félicité, et son union ineffable.

Ânanda de Krishna

Ânanda de Krishna

Par la connaissance, nous cherchons l’unité avec le Divin en son être conscient ; par les œuvres, nous cherchons également cette unité avec le Divin en son être conscient, mais d’une façon dynamique et non statique, par une union consciente avec la Volonté divine ; mais par l’amour, nous cherchons cette même unité dans toute la félicité de son être. C’est pourquoi la voie de l’amour, si étroite puisse-t-elle paraître en certains de ses premiers mouvements, embrasse tout finalement et plus impérieusement que tous les autres buts du yoga.

La voie de la connaissance tend facilement à l’impersonnel et à l’absolu, elle peut très vite devenir exclusive. Il est vrai que cela n’est pas inévitable et que l’être conscient du Divin étant universel et individuel autant que transcendant et absolu, la voie de la connaissance aussi peut et doit tendre à une réalisation intégrale de l’unité et, par elle, nous pouvons parvenir à une unité spirituelle avec Dieu en l’homme et Dieu dans l’univers aussi complète que peut l’être l’union transcendante.

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La voie des œuvres, pour sa part, nous conduit à un Transcendant dont le pouvoir d’être se manifeste en tant que volonté dans le monde, identique en nous et en tout ; et les termes mêmes de cette identité font qu’en nous identifiant à cette volonté, nous nous unissons au Transcendant en tant que moi unique en tout et en tant que moi universel ou Seigneur du cosmos. Cela donnerait alors, nécessairement, une certaine totalité à notre réalisation globale de l’unité.

Pourtant, cela n’a pas encore un caractère absolu, car cet objectif peut nous conduire à une impersonnalité complète, et même s’il conduit à une participation durable aux activités de la Divinité universelle, nous pouvons, par principe, rester entièrement détachés et passifs.

C’est seulement quand la félicité entre en jeu que le mobile d’une union intégrale devient tout à fait impérieux.

L'appel de la joie

L'appel de la joie

Cette félicité si absolument impérieuse est la félicité que l’on trouve dans le Divin, le Divin pour le Divin et pour rien d’autre, pour nulle cause et nul autre gain.

Elle ne cherche pas Dieu pour ce qu’il pourrait nous donner ni pour l’un quelconque de ses attributs, mais purement et simplement parce qu’il est notre moi et notre être tout entier, et qu’il est tout pour nous.

Elle embrasse la félicité de la transcendance, non pour l’amour de la transcendance, mais parce qu’il est le Transcendant ; la félicité de l’universel, non pour l’amour de l’universalité, mais parce qu’il est l’universel; la félicité de l’individuel, non pour l’amour de la satisfaction individuelle, mais parce qu’il est l’Individu.

Elle va par-delà toutes les distinctions et toutes les apparences, et ne fait aucun calcul de plus ni de moins en l’être du Divin, mais l’embrasse où qu’il se trouve ; par conséquent, partout elle l’embrasse totalement dans ce qui semble moins, autant que dans ce qui semble plus ; dans les limitations apparentes comme dans la révélation de l’illimité ; partout, elle a l’intuition et l’expérience de son unité et de sa totalité.

Le chercher pour le seul amour de son être absolu, c’est réellement aller vers notre propre gain individuel, car c’est la paix absolue.

Certes, le posséder absolument est nécessairement le but de la félicité en son être, mais cette félicité vient quand nous le possédons complètement et quand nous sommes complètement possédés par lui, et elle n’a point besoin de se limiter à un état statique ni à une condition particulière.

Le chercher en quelque ciel de béatitude, ce n’est pas le chercher pour lui-même, mais pour la béatitude du ciel — quand nous avons toute la vraie félicité de son être, le ciel est en nous, et partout où Il se trouve, nous sommes et nous goûtons la joie de son royaume.

De même, le chercher seulement en nous-mêmes et pour nous-mêmes, c’est non seulement nous limiter nous-mêmes, mais limiter notre joie en lui.

La félicité intégrale l’embrasse non seulement au-dedans de notre être individuel, mais en tous les êtres humains et toutes les créatures également.

Et parce qu’en lui nous sommes un avec tous, elle le cherche non seulement pour nous-mêmes, mais pour tous nos semblables.

Une félicité complète et parfaite en le Divin — parfaite parce qu’elle est pure et qu’elle existe en soi, complète parce qu’elle embrasse tout comme elle intègre tout —, tel est le sens de la voie de la Bhakti pour le chercheur du yoga intégral.

Attachement mental pour le Divin

Attachement mental pour le Divin

Dès que nous nous engageons sur cette voie, toutes les autres voies de yoga se convertissent à sa loi pour ainsi dire, et, par elle, trouvent leur sens le plus riche.

Cette dévotion intégrale de notre être au Divin ne se détourne pas de la connaissance : le bhakta de cette voie à la fois aime et connaît Dieu, car c’est par la connaissance de Son être qu’il peut en posséder la joie tout entière ; or, c’est aussi dans la joie que la connaissance s’accomplit pleinement — la connaissance du transcendant dans la félicité du Transcendant, la connaissance de l’universel dans la félicité de la Divinité universelle, la connaissance de la manifestation individuelle dans la félicité que le Divin goûte en chaque individu, la connaissance de l’impersonnel dans la pure félicité de l’être impersonnel, la connaissance du personnel dans la pleine félicité de sa personnalité, la connaissance de ses attributs et de leur jeu dans la félicité de la manifestation, la connaissance de son absence d’attributs dans la félicité de l’existence sans couleur et de la non-manifestation.

Travaux de l'amour

Travaux de l'amour

De même, cet amant de Dieu sera le travailleur divin, non par amour des œuvres ni pour le plaisir personnel qu’il trouve dans l’action, mais parce que c’est ainsi que Dieu utilise le pouvoir de son être, et, dans ses pouvoirs et dans leurs signes, c’est lui que nous découvrons ; car la Volonté divine dans les œuvres est le jaillissement de la Divinité dans la félicité de son pouvoir, et de l’Être divin dans la félicité de la Force divine.

Il trouvera une joie parfaite dans les œuvres et dans les actes du Bien-Aimé, parce que, en eux aussi, il trouve le Bien-Aimé, et lui-même accomplira toutes les œuvres parce qu’à travers elles aussi le Seigneur de son être exprime en lui Sa joie divine : quand il œuvre, il sent que par ses actes et son pouvoir il exprime son unité avec ce qu’il aime et adore ; obéir à la Volonté à qui sont identifiées dans la joie toutes les forces de son être, lui procure un égal ravissement.

Cet amant de Dieu cherchera également la perfection parce que la perfection est la nature même du Divin et que plus il s’en approche, plus il sent le Bien-Aimé se manifester en son être.

Ou encore, tout simplement, il se perfectionnera comme une fleur s’épanouit, parce que le Divin est en lui ainsi que la joie du Divin, et plus cette joie grandit en lui, plus l’âme, le mental et la vie eux aussi deviennent naturellement de plus en plus divins.

Et en même temps, parce qu’il sent le Divin en tout, parfait au sein de toutes les limitations apparentes, il ne s’affligera pas de son imperfection.

Joie dans le travail pour le Divin

Joie dans le travail pour le Divin

Rechercher le Divin dans la vie et le trouver dans toutes les activités de son être et de l’être universel ne sera pas non plus exclu du champ de son adoration.

La Nature et la vie tout entières seront pour lui à la fois une révélation et un merveilleux lieu de rendez-vous avec Lui.

Les activités intellectuelles, esthétiques et dynamiques, la science, la philosophie et la vie, la pensée, l’art et l’action seront marqués d’un sceau divin et prendront une plus large signification.

Il les recherchera parce qu’il aura une claire vision du Divin derrière elles et pour la félicité du Divin qui est en elles.

Certes, il ne sera pas attaché à leurs apparences, car l’attachement est un obstacle à l’Ânanda ; mais parce qu’il possède cet Ânanda pur, puissant et parfait qui jouit de tout sans dépendre de rien, et parce qu’il découvre en elles les voies, les actes et les signes, les devenirs, les symboles et les images du Bien-Aimé, il en tirera une extase échappant à la mentalité normale qui les recherche pour elles-mêmes et dont elle ne peut même pas rêver.

Tout cela, et bien davantage, fait partie de la voie intégrale et de la perfection qu’elle implique.

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Le pouvoir universel de la Félicité est l’amour, et la forme particulière que revêt la joie de l’amour est la vision de la beauté.

L’amant de Dieu est l’amant universel et il embrasse le Divin qui est Toute-Félicité et Toute-Beauté.

Quand l’amour universel a saisi son cœur, c’est le signe décisif que le Divin a pris possession de lui ; et quand il a la vision de la Toute-Beauté en tout et partout et qu’à tout moment il peut sentir la béatitude de son embrassement, c’est le signe décisif qu’il a pris possession du Divin.

L’union est le sommet de l’amour, mais c’est la possession mutuelle qui donne à l’union, non seulement son plus haut degré d’intensité, mais sa plus vaste étendue.

C’est le fondement de l’unité dans l’extase.

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