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Extraits du Yoga de l'Amour divin

Chapitre 5 : La Personnalité divine

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Dans un yoga synthétique qui se propose non seulement d’inclure mais d’unifier la connaissance et la dévotion, se pose dès lors la difficile et troublante question de la Personnalité divine.

Les penseurs de notre temps ont tendance à en rabaisser l’importance, à ne voir qu’une grande force impersonnelle, un devenir obscur, derrière les faits complexes de l’existence ; et ce devenir lui-même s’exécuterait par des forces et des lois impersonnelles, tandis que la personnalité apparaît simplement comme un phénomène subséquent, subordonné, partiel et transitoire à la surface de ce mouvement impersonnel.

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Pourtant, la voie de la dévotion est impossible si l’on nie la réalité de la personnalité du Divin, qui est une vraie réalité et non l’hypostase d’une illusion. Il ne peut pas y avoir d’amour sans un amant et un bien-aimé.

Si notre personnalité est une illusion, et la Personnalité vers laquelle s’élève notre adoration seulement un aspect primordial de cette illusion, et si nous y prêtons foi, alors l’amour et l’adoration n’ont plus de raison d’être, ils sont anéantis ou ne peuvent subsister que dans l’illogique passion d’un cœur qui récuse les vérités claires et sèches de la raison, et continue de battre malgré tout, de vivre plus fort que tout.

Aimer et adorer une ombre de notre mental ou un brillant phénomène cosmique qui s’évanouit sous l’œil de la Vérité est possible, peut-être, mais la voie du salut ne peut se fonder sur une illusion délibérée.

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Pourtant, nous avons dit que la personnalité et l’impersonnalité telles que notre mental les comprend étaient seulement des faces du Divin et que l’une et l’autre étaient contenues en son être ; c’est une seule et même chose que nous voyons de deux côtés opposés, et en laquelle nous entrons par deux portes différentes.

C’est cela qu’il nous faut voir plus clairement si nous voulons nous débarrasser de tous les doutes dont l’intellect cherche à nous affliger quand nous suivons l’impulsion de la dévotion et l’intuition de l’amour, ou qu’il voudrait nous imposer jusque dans la joie de l’union divine.

En fait, ils s’effacent devant cette joie, mais si nous sommes trop alourdis par un mental philosophique, ils peuvent nous poursuivre jusqu’à l’ultime seuil.

Il vaut donc mieux s’en alléger dès que possible en reconnaissant les limites de l’intellect ou du mental philosophique rationnel et de son approche particulière de la vérité, et même les limites de l’expérience spirituelle qui part de l’intellect, et voir qu’elle ne constitue pas nécessairement l’intégralité de l’expérience spirituelle la plus haute et la plus large.

L’intuition spirituelle est toujours un guide plus lumineux que la raison discriminante, et pour nous parler, elle ne fait pas seulement appel à la raison, mais aux autres parties de notre être aussi bien : au cœur et à la vie.

Ainsi, la connaissance intégrale tiendra compte de tout et unifiera les diverses vérités.

L’intellect lui-même trouvera une plus profonde satisfaction à ne pas s’enfermer dans ses propres données et à accepter également les vérités du cœur et de la vie en leur donnant leur valeur spirituelle absolue.

Attachement pour le Divin

Attachement pour le Divin

Par nature, l’intellect philosophique se meut dans le monde des idées et leur attribue quelque réalité abstraite indépendante de toutes les représentations concrètes qui affectent notre vie et notre conscience personnelle. Il tend à réduire ces représentations à leur expression la plus simple et la plus générale, jusqu’à en faire, autant qu’il est possible, des abstractions définitives. La voie purement intellectuelle s’écarte toujours de la vie.

Quand l’intellect juge des choses, il essaie de se détacher des effets qu’elles produisent sur notre personnalité afin de parvenir à la vérité générale et impersonnelle qui peut se trouver derrière ; puis il a tendance à traiter ce genre de vérité comme l’unique vérité réelle de l’être, ou du moins comme le seul pouvoir réel qui ait une valeur supérieure et permanente.

Finalement, sa nature l’oblige à se perdre dans une impersonnalité et une abstraction absolues. C’est à cela qu’aboutissaient les anciennes philosophies.

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Comme nous le savons, le cœur et la vie ont une loi diamétralement opposée. Ils ne peuvent pas vivre dans les abstractions ; ils ne peuvent trouver leur satisfaction que dans les choses concrètes ou saisissables ; physiquement, mentalement ou spirituellement, leur objet n’est pas « quelque chose » qu’ils cherchent à discerner ou à atteindre par une abstraction intellectuelle, mais un devenir vivant — la possession consciente de cet objet et la joie consciente qu’il nous donne.

Ils ne sont pas non plus sensibles aux satisfactions d’un mental abstrait ni d’une existence impersonnelle, mais à la joie et à l’activité d’un être, d’une Personne consciente en nous, finie ou infinie, pour laquelle les joies et les pouvoirs de son existence sont une réalité.

Énergie tournée vers le Divin

Énergie tournée vers le Divin

L’un et l’autre — les idées de l’intellect et ses discernements, les aspirations du cœur ou de la vie et leurs approximations — reposent sur des réalités dont elles sont simplement des voies d’accès.

L’un et l’autre sont justifiés par l’expérience spirituelle ; l’un et l’autre atteignent l’absolu divin de ce qu’ils cherchent.

Et pourtant, chacun, si l’on s’y attache trop exclusivement, risque d’être arrêté par les limitations de sa qualité innée et de ses moyens particuliers.

Dans notre existence terrestre, nous nous apercevons que si nous suivons exclusivement l’appel du cœur et de la vie, nous n’aboutirons à aucune solution lumineuse, tandis qu’un intellect exclusif se révèle lointain, abstrait, impuissant.

C’est un critique stérile, un technicien desséché. L’un des grands problèmes de notre psychologie et de notre action est de trouver leur harmonie satisfaisante et leur juste réconciliation.

Centre mental intuitif

Centre mental intuitif

Le pouvoir réconciliateur se situe au-delà, dans l’intuition.

Mais il existe une intuition au service de l’intellect et une intuition au service du cœur et de la vie, et si nous suivons l’une ou l’autre exclusivement, nous ne serons pas beaucoup plus avancés ; nous rendrons seulement plus intimement réelles pour nous, mais en les séparant encore, les réalités auxquelles visent les autres pouvoirs moins clairvoyants.

Mais le fait que l’intuition puisse se prêter impartialement à toutes les parties de notre être — car le corps lui-même a ses intuitions —, montre qu’elle n’est pas exclusive : c’est une découvreuse de vérité intégrale.

Nous devons interroger l’intuition de notre être tout entier, non seulement séparément en chaque partie et non seulement dans la somme de leurs découvertes, mais par-delà tous ces instruments inférieurs, par-delà même leurs premières correspondances spirituelles, et nous élever jusqu’à la demeure natale de l’intuition qui est aussi celle de la Vérité infinie et illimitée, là où toute existence découvre son unité.

Et tel est le sens des paroles du Véda : « Il existe une puissante Vérité cachée par la vérité — la Vérité éternelle recouverte par cette autre vérité dont nous recevons ici-bas des intuitions inférieures ; là, les dix centaines de rayons de lumière sont rassemblées : cela est Un. »

Harmonie intégrale

Harmonie intégrale

L’intuition spirituelle saisit toujours la réalité ; c’est l’annonciatrice lumineuse de la réalisation spirituelle, ou bien sa radieuse clarté ; elle voit ce que les autres pouvoirs de notre être s’efforcent laborieusement d’explorer ; elle atteint à la puissante vérité des représentations abstraites de l’intellect et des représentations phénoménales du cœur et de la vie, et cette vérité n’est ni lointainement abstraite ni extérieurement concrète, mais quelque chose d’autre, et ces représentations sont simplement les deux aspects de sa manifestation psychologique en nous.

Quand les parties de notre être ne sont plus en conflit et reçoivent la lumière supérieure, l’intuition de notre être intégral perçoit que notre être tout entier a pour objet une unique Réalité.

L’impersonnel est une vérité, le personnel aussi est une vérité ; c’est la même vérité vue des deux pôles de notre activité psychologique ; ni l’un ni l’autre ne peut à lui seul rendre compte de l’entière Réalité ; et pourtant, par l’un ou par l’autre nous pouvons nous en approcher.

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Si l’on regarde d’un côté, il semblerait qu’une Pensée impersonnelle soit à l’œuvre et que, pour la commodité de son action, elle ait créé la fiction d’un penseur ; qu’un Pouvoir impersonnel soit à l’œuvre et qu’il ait créé la fiction d’un auteur ; qu’une Existence impersonnelle agisse et qu’elle utilise la fiction d’un être personnel doté d’une personnalité consciente et d’une félicité personnelle.

Si l’on regarde de l’autre côté, c’est le penseur qui s’exprime en pensées, et celles-ci ne pourraient pas exister sans lui — notre conception générale de la pensée symbolise simplement le pouvoir de la nature du penseur ; l’Îshvara s’exprime par la volonté, par le pouvoir et par la force ; l’Existant se répand en toutes les formes, intégrales et partielles, directes, inverses ou perverses de son existence, de sa conscience et de sa béatitude, et notre idée générale, abstraite, de ces choses est simplement une représentation intellectuelle du triple pouvoir de la nature de l’Être.

Toute l’impersonnalité à son tour semble devenir une fiction, et l’existence, en chacun de ses mouvements et chacune de ses particules, n’est rien autre que la vie, la conscience, le pouvoir et la félicité de la Personnalité, unique et pourtant innombrable, de la Divinité infinie, du Purusha conscient de lui-même et de son propre déroulement.

Les deux points de vue sont vrais, excepté l’idée de fiction empruntée à nos propres processus intellectuels, qui doit être répudiée, et nous devons donner à chacun sa valeur propre.

Le chercheur intégral doit tout voir dans cette lumière et comprendre qu’il peut parvenir à l’unique et même Réalité par l’une et l’autre de ces voies, soit successivement, soit simultanément, comme deux roues jointes voyageant sur des routes parallèles — mais des parallèles qui, en dépit de la logique intellectuelle et conformément à la vérité de leur unité intérieure, se rencontrent à l’infini.

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Par-delà les divisions et les contradictions de l’intellect, existe en effet une autre lumière où se révèle la vision de la vérité que nous pouvons essayer d’exprimer de cette manière, intellectuellement.

Là, tout est l’unique vérité de toutes ces vérités, car chacune y est présente en tout le reste et justifiée par tout le reste.

En cette lumière, notre expérience spirituelle s’unifie et devient intégrale ; il ne reste plus même un atome de division réelle, pas l’ombre d’une supériorité ni d’une infériorité ne subsiste entre la recherche de l’Impersonnel et l’adoration de la divine Personnalité, entre la voie de la connaissance et la voie de la dévotion.

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