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Extraits du Yoga de l'Amour divin

Chapitre 4 : La voie de la dévotion

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En soi, la bhakti est aussi vaste que l’aspiration du cœur et de l’âme pour le Divin, et aussi simple et directe que l’amour et le désir qui vont droit à leur objet. Elle ne peut donc se réduire à une méthode systématique, elle ne peut se fonder sur une science psychologique comme le Râjayoga ni sur une science psycho-physique comme le Hathayoga, ni partir d’un procédé intellectuel précis comme la méthode ordinaire du Jñânayoga.

Elle peut se servir de divers moyens ou supports, et puisque l’homme a un penchant pour l’ordre, les procédés et les systèmes, il peut essayer de codifier les auxiliaires dont il se sert, mais pour décrire leurs variantes il faudrait passer en revue presque toutes les innombrables religions humaines et leur façon intérieure de s’approcher de la Divinité.

Pourtant, le yoga intime de la bhakti peut se ramener vraiment à quatre mouvements simples : le désir de l’âme qui se tourne vers Dieu et tend ses émotions vers lui ; la douleur de l’amour et la réponse divine à l’amour ; la félicité de l’amour possédé et le jeu de cette félicité ; enfin la jouissance éternelle de l’Amant divin, car telle est l’essence de la béatitude céleste.

Ce sont là des choses trop simples et trop profondes à la fois pour être analysées méthodiquement. Tout au plus pourrait-on dire : voici quatre éléments successifs, quatre étapes, si l’on peut dire, de la siddhi, et voici, d’une façon générale, quelques-uns des moyens dont elle se sert ; voici aussi quelques aspects et quelques expériences de la sâdhanâ de la dévotion.

Nous nous contenterons de tracer grosso modo la ligne générale que suivent ces étapes avant d’examiner comment la voie de la dévotion s’inscrit dans un yoga synthétique et intégral, et quelle place elle y occupe, comment son principe affecte les autres principes de la vie divine.

Attitude de dévotion

Attitude de dévotion

Par le yoga le mental humain et l’âme humaine — qui n’ont pas encore réalisé leur divinité, mais sentent en eux l’impulsion et l’attraction divines — se tournent vers ce qui leur permettra de découvrir leur être supérieur. Au niveau émotionnel, et c’est inévitable, ce mouvement prend tout d’abord la forme d’une adoration. Dans la religion ordinaire, cette forme est celle d’un culte extérieur, et finalement se manifeste par des cérémonies très extérieures.

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Il est évident que même la vraie religion — et le yoga va au-delà de la religion — commence seulement quand ce culte tout à fait extérieur correspond à quelque chose de réellement senti dans le mental, à une soumission authentique, à une vénération ou à une aspiration spirituelle sincères, dont le culte devient un appui, une expression extérieure et aussi une sorte de mémento périodique ou constant pour rappeler à son aspiration le mental absorbé dans les préoccupations de la vie ordinaire.

Mais tant que c’est à une idée du Divin que nous rendons respect ou hommage, nous ne sommes pas encore arrivés au commencement du yoga. Le but du yoga étant l’union, son commencement doit nécessairement et toujours être une recherche du Divin, le besoin intense d’un contact, d’une proximité, d’une possession.

Quand ce contact commence à poindre en nous, l’adoration devient toujours et en premier lieu un culte intérieur — nous commençons à faire de nous-mêmes un temple du Divin, à faire de nos pensées et de nos sentiments une prière constante d’aspiration et de recherche : notre vie tout entière devient un service et un culte extérieurs.

Quand ce changement se produit, quand grandit cette nouvelle aspiration de l’âme, la religion des fidèles devient un yoga, un contact et une union croissante.

Il ne s’ensuit pas que le culte extérieur doive nécessairement disparaître, mais, de plus en plus, il deviendra simplement l’expression physique ou l’expression extérieure de la dévotion et de l’adoration intérieures, une vague de l’âme qui se projette en paroles et en actes symboliques.

Dévotion

Dévotion

Avant de devenir un élément du yoga profond de la dévotion — un pétale de la fleur d’amour — l’hommage et la poussée du moi vers son soleil, l’adoration doit amener, si elle est profonde, une consécration croissante de l’être au Divin qu’elle adore.

Et l’un des éléments de cette consécration doit être la purification de soi afin de devenir apte au contact divin ou à l’entrée du Divin dans le temple de notre être intérieur, ou à sa révélation dans le sanctuaire de notre cœur.

Cette purification peut prendre une tournure éthique, mais ce ne sera pas simplement une recherche moraliste de l’action juste et irréprochable, ni même, quand nous sommes parvenus au stade du yoga, une obéissance à la loi de Dieu telle que les religions conventionnelles la révèlent, mais un exutoire, une katharsis de tout ce qui contredit l’idée du Divin en lui-même ou du Divin en nous-mêmes.

Dans le premier cas, cette purification devient une imitation du Divin dans les sentiments et dans les actes extérieurs habituels ; dans le second, une croissance à Sa ressemblance dans notre nature.

Cette croissance à la ressemblance divine est à la vie éthique extérieure ce qu’est l’adoration intérieure aux cérémonies.

Elle aboutit à une forme de libération par ressemblance avec le Divin, une libération de notre nature inférieure et une transformation en la nature divine.

Adoration purifiée

Adoration purifiée

Quand elle est complète, la consécration conduit à un don de tout notre être au Divin, et par suite de toutes nos pensées et de toutes nos œuvres. Ici, le yoga de la bhakti incorpore les éléments essentiels du yoga des œuvres et du yoga de la connaissance, mais à sa manière et dans son esprit particulier.

C’est un sacrifice de la vie et des œuvres au Divin, mais un sacrifice d’amour plutôt qu’une harmonisation de notre volonté avec la Volonté divine. Le bhakta offre au Divin toute sa vie, tout ce qu’il est, tout ce qu’il a et tout ce qu’il fait.

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Vient aussi la consécration des pensées au Divin.

Au début, il faut un effort pour fixer le mental sur l’objet de l’adoration — car, naturellement, le mental humain agité est occupé d’autres objets, et même quand il se tourne vers le haut, il est constamment tiré ailleurs par le monde —, mais finalement, il prend l’habitude de penser au Divin et tout le reste devient secondaire ou n’est pensé que par rapport à Lui.

Pour y parvenir, on recourt souvent à une image physique, ou plus intimement et plus particulièrement à un mantra ou à un nom divin par lequel on réalise l’être divin.

Ceux qui aiment systématiser décrivent trois stades dans la recherche de la dévotion mentale : premièrement, l’audition constante du nom divin, de ses attributs et de tout ce qui leur est attaché ; deuxièmement, la pensée constante du nom, des attributs et de l’être divin ou de la personnalité divine ; troisièmement, la stabilisation et la fixation du mental sur l’objet, qui amène la réalisation complète.

Et quand le sentiment ou la concentration qui accompagne la dévotion mentale est très intense, elle amène aussi le samâdhi, c’est-à-dire la transe extatique où la conscience se retire des objets extérieurs.

Mais en fait, tout cela est accessoire ; la seule chose essentielle est l’intense dévotion de la pensée mentale à l’objet de l’adoration.

Cette dévotion semble très voisine de la contemplation telle qu’elle est pratiquée sur le chemin de la connaissance, mais elles diffèrent l’une de l’autre en leur esprit.

Ce n’est pas essentiellement une contemplation immobile, mais une contemplation extatique ; elle ne cherche pas à se fondre en l’être du Divin, mais à appeler le Divin en nous-mêmes pour nous plonger dans l’extase profonde de sa présence ou pour le posséder, et sa béatitude n’est point la paix de l’unité mais l’extase de l’union.

Contemplation du Divin

Contemplation du Divin

Tel est le processus ordinaire par lequel ce qui n’était tout d’abord qu’une vague adoration d’une idée du Divin, prend la teinte et la qualité de l’amour divin, puis, une fois qu’on s’est engagé sur le chemin du yoga, se change en la réalité intérieure et en l’expérience intense de l’amour divin.

Mais il est un yoga plus intime qui, dès le début, est fait de cet amour même et arrive au but par la seule intensité de son désir, sans autre procédé ni méthode.

Tout le reste vient aussi, mais vient de cela, comme la feuille et la fleur viennent de la graine ; les autres activités ne sont pas des moyens de faire croître ni d’accomplir l’amour, mais des rayonnements de cet amour qui croît déjà en l’âme.

Telle est la voie suivie par l’âme quand, peut-être encore occupée par la vie humaine normale, elle a entendu la flûte de la Divinité derrière le proche écran des bois secrets et qu’elle ne se possède plus elle- même, ne peut plus trouver satisfaction ni repos tant qu’elle n’a pas poursuivi, saisi et possédé le divin joueur de flûte.

C’est l’essence même du pouvoir de l’amour dans le cœur et dans l’âme quand ils se détournent des objets terrestres pour découvrir la source spirituelle de toute beauté et de toute félicité.

Dans cette recherche, vibrent tous les sentiments et toutes les passions, toutes les humeurs et les expériences de l’amour, mais concentrés sur un suprême objet de désir et intensifiés bien au-delà du plus haut sommet d’intensité possible à l’amour humain.

On y trouve le bouleversement de la vie entière, l’illumination d’une vision fugitive, le besoin insatisfait d’un unique objet désiré par le cœur, la vive impatience à l’égard de tout ce qui distrait de la préoccupation exclusive, la douleur intense devant les obstacles qui empêchent l’union, la vision parfaite de toute la beauté et toute la félicité en une forme unique.

Et l’on y trouve toutes les humeurs de l’amour : la joie de la rêverie et de l’absorption, la félicité de la rencontre et la plénitude et l’étreinte, la douleur de la séparation, la fureur de l’amour, les larmes de l’attente, la félicité redoublée de la réunion.

Le cœur est la scène de cette suprême idylle de la conscience intérieure, mais un cœur qui passe de plus en plus par une métamorphose spirituelle intense et qui finit par devenir le lotus ouvert et rayonnant de l’esprit.

Et de même que l’intensité de cette recherche dépasse la plus haute puissance des émotions humaines normales, de même la félicité et l’extase finale dépassent toute imagination et toute expression par les mots. Car c’est la béatitude de la Divinité par-delà toute compréhension humaine.

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