Extraits du Yoga de l'Amour divin

Chapitre 7 : Le Brahman d'Ânanda

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Dans un yoga synthétique, intégral, la voie de la dévotion prendra la forme d’une recherche du Divin par l’amour et par la félicité, et d’une acceptation joyeuse de toutes ses manières d’être.

Elle atteindra son sommet dans une union d’amour parfaite et dans une parfaite jouissance de tous les contacts de l’âme avec Dieu.

Elle peut commencer par la connaissance ou commencer par les œuvres, mais elle transmuera la connaissance en la joie d’une union lumineuse avec l’être du Bien-Aimé, et les œuvres en la joie d’une union active de notre être avec le pouvoir et la volonté de l’être du Bien-Aimé.

Ou bien, elle peut se mettre en quête de l’amour et de la félicité, et inclure ensuite la connaissance et les œuvres et progresser sur ce chemin, car elles aussi font partie de la joie complète de l’union avec le Divin.

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L’attirance du cœur pour le Divin peut être impersonnelle au début ; on sent alors une joie impersonnelle au contact de « quelque chose » d’universel ou de transcendant qui s’est révélé directement ou indirectement à notre être émotif ou à notre être esthétique, ou à ce qui en nous est capable de ressentir cette joie spirituelle.

Ce que nous commençons à percevoir ainsi, c’est le Brahman d’Ânanda, l’existence de béatitude.

C’est l’adoration d’une Félicité et d’une Beauté impersonnelles, d’une perfection pure et infinie à laquelle nous ne pouvons donner ni nom ni forme, une attirance intense de l’âme pour une Présence, une Puissance, une Existence idéale et infinie, en ce monde ou par-delà, à laquelle, d’une façon ou d’une autre, nous devenons psychologiquement ou spirituellement sensible, et qui devient de plus en plus intime et réelle pour nous.

Tel est l’appel de l’existence de béatitude et le contact qui s’établit ; et dès lors, posséder toujours la joie et l’intimité de sa présence, connaître ce qu’elle est afin de donner à l’intellect et au mental intuitif la certitude de sa réalité permanente, mettre notre être passif en parfaite harmonie avec elle, et autant que possible notre être actif, notre être intérieur immortel et même notre être mortel extérieur, devient une nécessité de notre existence.

Et nous sentons que le seul vrai bonheur est de nous ouvrir à elle ; vivre en elle, la seule perfection véritable.

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Cette Béatitude transcendante, inimaginable pour le mental et inexprimable pour notre langage actuel, constitue donc la nature de l’Ineffable. Immanente et secrète, elle imprègne tout l’univers et toutes choses dans l’univers.

Sa présence est comparée à un éther secret de béatitude d’être dont l’Écriture [ici, les Upanishads] dit que s’il n’était pas, rien ne pourrait respirer ni même exister un seul instant.

Or cette béatitude spirituelle demeure ici également, en nos cœurs.

Elle est cachée au-dedans et le mental de surface s’efforce de soulever le voile mais n’en a qu’un aperçu, qu’il traduit aussi mal que possible.

 

Ces piètres traductions prennent alors les formes multiples — mentales, vitales et physiques —, de la joie de vivre.

Mais le mental, quand sa réceptivité est devenue assez subtile et assez pure, échappe aux limitations de la nature grossière, à ses réactions superficielles aux contacts de la vie.

Nous pouvons alors saisir un reflet de cette béatitude qui prendra peut-être, entièrement ou principalement, la couleur de l’élément dominant de notre nature, ou la forme d’un intense besoin d’une Beauté universelle que nous sentons dans la Nature et en l’homme, et dans tout ce qui nous entoure ; ou nous aurons l’intuition d’une Beauté transcendante dont toute la beauté apparente ici-bas n’est qu’un symbole.

Ainsi l’expérience peut-elle se produire chez ceux dont l’être esthétique est développé et exigeant, et en qui prédominent les instincts qui, lorsqu’ils trouvent leur propre mode d’expression, font l’artiste ou le poète.

Ou ce peut être un esprit d’amour divin, ou encore le sentiment d’une Présence infinie, compatissante et secourable dans l’univers ou par-derrière ou par-delà l’univers, qui nous répond quand nous nous tournons spirituellement vers elle avec ardeur.

Ainsi l’expérience peut naître quand l’être émotif est intensément développé.

Elle peut emprunter d’autres voies, mais elle nous apparaîtra toujours comme un Pouvoir de félicité, une Présence de félicité, de beauté, d’amour ou de paix qui touche le mental, mais qui transcende toutes les formes que le mental peut leur donner.

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Toute joie, toute beauté, tout amour, toute paix, toute félicité sont en effet la grande coulée du Brahman d’Ânanda — toute félicité de l’esprit, de l’intellect, de l’imagination, du sens esthétique, de l’aspiration et de la satisfaction éthiques, de l’action, de la vie et du corps.

Par tous les moyens dont notre être dispose, le Divin peut nous toucher, et il se sert de tout pour éveiller et libérer l’esprit.

Mais pour atteindre le pur Brahman d’Ânanda, notre réceptivité mentale doit se faire plus subtile, plus spirituelle, plus universelle, se dégager de tout ce qui encombre, embourbe et limite.

Car lorsque nous nous approchons de lui, le touchons ou entrons en lui, c’est par un sens spirituel qui nous éveille à une Félicité universelle et transcendante qui existe au milieu de toutes les contradictions du monde et, en même temps, derrière elles et par-delà, et à laquelle nous pouvons nous unir par une extase grandissante, universelle et spirituelle ou transcendante.

Intimité avec la Nature universelle

Intimité avec la Nature universelle

Généralement, le mental se contente de refléter l’Infinitude perçue, ou de la sentir, au-dedans et en dehors de nous, comme une expérience qui, pour être fréquente, n’en est pas moins exceptionnelle.

Quand elle vient, elle semble si satisfaisante, si merveilleuse en soi, et notre mentalité ordinaire, la vie active que nous sommes obligés de mener, si incompatibles avec elle, que nous avons tendance à croire qu’il est exagéré d’en espérer davantage.

Mais l’esprit même du Yoga est de rendre normal l’exceptionnel et de changer ce qui est au-dessus de nous et plus grand que notre moi normal en un état constant de notre conscience.

Par conséquent, nous ne devons pas hésiter à nous ouvrir plus continûment à notre expérience de l’Infini, quelle qu’elle soit, à la purifier, l’intensifier, à en faire l’objet constant de notre pensée et de notre contemplation, jusqu’au moment où elle deviendra le pouvoir qui met en mouvement et agit en nous, la Divinité que nous adorons et embrassons — et tout notre être sera à son diapason parce que la Divinité sera devenue le vrai moi de notre être.

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Notre expérience doit être purifiée de tout alliage mental, sinon elle se retire et nous ne pouvons pas la retenir.

Or l’une des parties essentielles de cette purification exige que l’expérience cesse de dépendre d’aucune cause, d’aucun état de surexcitation mentale ; elle doit se déterminer elle-même, exister en soi, devenir la source de toutes les autres joies qui n’existeront qu’en elle ; elle ne doit s’attacher à aucune image, cosmique ou autre, à aucun des symboles qui nous ont mis en contact avec elle.

Notre expérience doit être constamment intensifiée et toujours plus concentrée, sinon nous ne posséderons qu’un reflet dans le miroir d’un mental imparfait. Nous ne parviendrons jamais au degré d’élévation et de transfiguration qui nous portera au-delà du mental dans la béatitude ineffable.

Mais si nous en faisons l’objet constant de notre pensée et de notre contemplation, elle transmuera tout en son être et se révélera comme le Brahman d’Ânanda universel. Toute l’existence deviendra sa grande coulée.

Si nous nous tournons vers elle pour qu’elle inspire notre action aussi bien intérieure qu’extérieure, elle se manifestera comme la joie du Divin qui répand sa lumière, son amour et son pouvoir à travers nous, sur la vie et sur tout ce qui existe.

Si nous la cherchons par l’adoration et par l’amour de l’âme, elle se révélera comme la Divinité et assumera pour nous le visage du Divin. Nous goûterons la béatitude de notre Amant.

Et si nous accordons tout notre être à son diapason, nous nous changerons à son heureuse et parfaite ressemblance, nous deviendrons une expression humaine de la nature divine.

Et quand elle deviendra de toutes les manières possibles le moi de notre moi, notre être sera accompli et nous porterons en nous la plénitude.

Détachement de tout ce qui n'est pas le Divin

Détachement de tout ce qui n'est pas le Divin

Le Brahman se révèle à nous de trois manières, toujours : en nous-mêmes, au-dessus de notre plan individuel, et autour de nous dans l’univers.

En nous, il existe deux centres du Purusha, l’Âme intérieure par laquelle il nous touche et nous éveille : le Purusha dans le lotus du cœur qui ouvre tous nos pouvoirs vers le haut ; et le Purusha dans le lotus aux mille pétales par où les éclairs de la vision et le feu de l’énergie divine descendent dans la pensée et dans la volonté en ouvrant en nous le troisième œil.

L’existence de béatitude peut venir à nous par l’un ou l’autre de ces centres.

Quand le lotus du cœur s’épanouit, nous sentons la joie divine, l’amour et la paix se répandre en nous, comme une fleur de lumière irradiant l’être entier. Ils peuvent alors s’unir à leur source secrète — le Divin dans notre cœur — et l’adorer comme en un temple ; ils peuvent s’élancer vers les cimes pour prendre possession de la pensée et de la volonté, et s’échapper vers le Transcendant ; c’est alors un flot de pensées, de sentiments et d’actions qui se répand sur tout ce qui nous entoure.

Mais tant que notre être normal offre quelque résistance ou n’est pas suffisamment modelé pour répondre à l’influence divine ou pour être l’instrument de cette possession divine, l’expérience reste intermittente et nous pouvons constamment revivre dans notre vieux cœur mortel ; mais à force de répétition, ou par la force de notre désir et de notre adoration du Divin, il sera progressivement remodelé, jusqu’au jour où cette expérience anormale deviendra notre état de conscience naturel.

Centre psychique

Centre psychique

Quand s’ouvre le lotus supérieur, le mental tout entier se remplit d’une lumière, d’une joie et d’une puissance divines derrière lesquelles se trouve établi le Divin, le Seigneur de notre être, notre âme à ses côtés ou absorbée en sa lumière ; toute la pensée et toute la volonté deviennent alors une luminosité, un pouvoir, une extase ; nous sommes en communication avec le Transcendant et celui-ci peut descendre dans nos membres mortels et, à travers eux, se répandre au-dehors sur le monde.

Dans cette aurore aussi, il existe des alternances de jour et de nuit, des exils de la lumière, comme le savaient les mystiques védiques, mais à mesure que croît en nous le pouvoir de retenir cette existence nouvelle, nous devenons capables de regarder plus longtemps le soleil d’où jaillit ce rayonnement et de faire corps avec lui en notre être intérieur.

Parfois, la rapidité du changement dépend de la force de notre aspiration au Divin qui s’est ainsi révélé et de l’intensité de notre quête ; mais parfois aussi, au contraire, le changement se produit par un abandon total au rythme de la toute-sagesse divine qui agit toujours selon sa méthode tout d’abord impénétrable.

Mais ce rythme ne s’établit vraiment que quand notre amour et notre confiance sont complets et que notre être tout entier s’abandonne entre les mains du Pouvoir qui est l’amour parfait et la parfaite sagesse.

Conversion du mental supérieur

Conversion du mental supérieur

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