Sri Aurobindo

Aphorisme 462 — 

Dans notre ignorance, nous sommes comme des enfants fiers de réussir à marcher debout, sans aide, et trop ardents pour nous apercevoir du doigt de la mère qui nous touche l’épaule pour nous tenir d’aplomb. Quand nous nous éveillons, nous regardons derrière nous et nous voyons que Dieu nous conduisait et nous soutenait tout le temps.

Aphorisme 463 —

Au début, chaque fois que je retombais dans le péché, j’avais l’habitude de pleurer et de me mettre en rage contre moi-même et contre Dieu pour l’avoir permis. Plus tard, j’osais seulement demander, sans plus : « Pourquoi m’as-tu encore roulé dans la boue, ô mon camarade de jeu ? » Puis il me vint à l’esprit que ceci aussi semblait trop impudent et présomptueux ; je ne pouvais plus que me relever en silence, le regarder du coin de l’œil et me nettoyer.

Commentaire de Mère —

Tant que l’homme s’enorgueillira de sa vertu, le seigneur suprême le fera tomber dans le péché pour lui apprendre la nécessité de la modestie.

Agenda du 8 avril 1970

PDF de Pensées et Aphorismes

Bain de boue

Commentaire personnel :

Sri Aurobindo ne parle pas à partir de théories et ce qu'Il dit repose nécessairement sur l'expérience. J'ignore ce qu'il a pu vivre pour écrire cet aphorisme à propos de la boue et en tout cas, il est assez inconcevable, que Lui, l'Avatar, soit lui-même tombé dans le péché et se soit montré orgueilleux. Au travers de cet aphorisme, Il a du voir ce qu'il se passait dans certains disciples.

Et en tout cas, maintenant que j'en sors, je peux mieux voir et cela donne tout à fait l'impression d'être  à nouveau retombé dans la boue.

Et une fois de plus, c'est venu après une période plus lumineuse avec les expériences de la joie intrinsèque de l'existence, et de l'ouverture vers la lumière et depuis, tout a commencé à partir en vrille.

Avec en prime, un thème astral tout à fait banal, fait en ligne sur internet, et le film de Jésus, qui tout deux m'ont assez secoué et plongé dans un certain désarroi.

Maintenant, je suis parfois tombé bien plus bas,  dans des trous vraiment plus sombres dans lesquels aucune lumière ne semblait exister, dans des univers bien plus désespérants.

Là c'était différent. C'est curieux, au réveil, reposé, il me venait des vagues souvenirs du Yoga du Voyageur des mondes de Savitri. Peut-être si je m'en rappelais mieux, j'aurais su dire où je suis allé me promener...

En tout cas, dans cet univers-là, toute la spiritualité, tout ce que j'ai pu lire sur le yoga de la bhakti depuis quelques semaines, toute l'aspiration à la transformation, etc. était perçu comme un mirage, une hallucination, de la science-fiction, quelque chose de très très loin, qui ne vient même pas à l'esprit.

Pourtant, cela ne ressemblait pas à un monde infernal ou à un monde de la nuit, de l'obscurité. Il y avait de la lumière mais dans ce monde-là, on dirait que, seul les plaisirs des sens avaient de l'importance. Mais ce n'était pas tout à fait ça non plus.

Et la lumière semblait artificielle, un peu comme la différence entre la lumière électrique et la lumière du jour. 

Avec un peu recul, je m'aperçois que dans ce monde-là, des choses tout à fait indignes, ou fausses ou tordues pouvaient apparaître comme le but de l'existence, je ne sais comment dire. Des choses sans importance vraie pouvaient être portées aux nues. Dans ce monde de perceptions déformées, erronées, des choses fausses pouvaient paraître vraies, des choses laides apparaître délicieuses...

Pendant quelques jours, la conscience baignait dans ces atmosphères et dans les rares moments de méditation, de recul, cela paraissait correspondre à tout un monde, presque une vision du monde, une façon de voir le monde ; ce n'était pas juste des idées comme ça.

Ce qui est curieux, c'est que dans ce monde-là, la spiritualité, les affaires du monde, même les relations avec les amis, plus rien ne compte, plus rien n'a d'importance que de se laisser aller à une sorte d'ivresse des sens, presque un enfermement, une fuite, une dégringolade. 

Dans ce monde-là, le yoga, le divin et patati et patata, on s'en fiche éperdument, le monde peut bien s'écrouler et après moi le déluge : la seule chose qui compte, c'est de satisfaire ses lubies égoïstes et ses plaisirs. Un monde de tentations et de passions, un égoïsme forcené semblent être la loi de ce monde. 

Cela me fait penser aux royaumes de la petite vie, mais je me trompe peut-être, il faudrait relire Savitri.

PDF de Savitri

(Livre 2 : Le Voyageur des Mondes

Chant 4 : Les Royaumes de la Petite Vie)

Finalement, cela m'aide à comprendre les gens pour qui, la vie intérieure, la quête spirituelle, tout ça, ce sont des fadaises. Peut-être qu'ils vivent sans s'en rendre compte connecté à ce monde-là. 

Le champ de la conscience est infini ; tout ça, ce sont des mondes intérieurs. Pas certains que les gens savent qu'ils ont ça en eux. D'une certaine façon, on peut très bien vivre et passer sa vie sans trop se rendre compte de ce qui nous habite, de ce qui sommeille en nous. 

Ce qui me rassure et me donne un peu de plaisir c'est le sentiment que je suis déjà tombé dans ces mondes-là, je les connais bien, et que désormais, ils me semblent un peu moins noirs, un peu moins sombres, un peu moins tordus... 

Le tordu reste tordu mais il est moins tordu, l'obscurité reste l'obscurité mais elle est moins obscure.... comme si la clarté, la lumière, la conscience avait tout de même commencé à nettoyer et avec une douceur, une absence de jugement, une compassion... 

Autre élément intéressant, dans le passé, il m'arrivait de passer des semaines dans cet univers alors que désormais, quand j'y retombe, au bout de quelques jours, ce n'est plus possible.

Je me suis même demandé si ces chutes n'étaient pas une bonne chose en ce sens que cela m'a permis d'offrir tout cela. Plusieurs fois, et avec une certaine intensité, je me tournais vers le Divin et lui disais : "Tu vois Seigneur où je suis, Tu vois, tu vois..." Je voulais que le Divin voie tout ça, comme ne rien pouvoir lui cacher afin de tout pouvoir Lui offrir...

Pour reprendre les mots de Mère sur le don de soi au Divin, l'un des moyens est de "déployer son être devant Lui afin que rien ne reste caché, dans une sincérité parfaite..."

Lumière dans le sang

Lumière dans le sang

Mais qu'est-ce qu'il a dans le sang ?

Dans notre corps, nous pouvons focaliser notre conscience n'importe où : sur le cerveau, les organes, la peau, les os, les muscles, n'importe quel point, n'importe quel fonction, le système nerveux, le système immunitaire etc... et observer, regarder, ressentir, envoyer telle ou telle information...

C'est une pratique simple qui me vient parfois spontanément. Or, souvent je m'étais concentré sur le sang, à la recherche de quelques chose, et rien de bien concluant n'étais jamais arrivé. 

Et cette fois-ci, encore une fois c'était au réveil, bien tranquille, bien reposé, qu'une image intérieure est venue...

Cela ressemblait vaguement à cela

Tout de suite j'ai pensé à des rivières de sang. À l'intérieur du corps, je voyais et ressentais des canaux de liquides rouges foncé qui charriaient des choses. J'ai évidemment tout de suite pensé aux vaisseaux sanguins. C'était comme si j'avais une vision intérieure de mon système sanguin. 

Presque, on les aurait dit en crue, je sentais une certaine force, une certaine puissance dans le courant. Je sentais un mouvement, un dynamisme, rien à voir avec cette image-sensation d'eau stagnante que j'ai ressenti dans une autre méditation.

Cette fois, clairement et pour la première fois, j'étais en présence du sang, de l'énergie du sang, de la conscience du sang...

Ce qui m'a surpris c'était sa couleur assez foncée et qu'il charriait des choses noires... Alors l'expression populaire : "mais qu'est-ce qu'il a dans le sang ?" a pris tout son sens..

Est-ce que dans les profondeurs le sang est plus sombre ? Est-ce que c'est lié à mes humeurs sombres ? À mon tempérament, mes émotions ? À mon alimentation ? Est-ce que c'est lié à l'univers dans lequel barbotait la conscience depuis quelques jours ? Probable que cela soit lié un peu à tout cela en même temps. 

*

Pour info, en médecine occidentale, il semblerait que la couleur du sang soit liée à l'oxygénation et en médecine chinoise le sang est très lié au psychisme.

Objets intérieurs

Une dernière chose. Au cours des semaines passées, j'ai toujours oublié d'en parler, il m'est souvent venu une impression assez forte que nos souvenirs, nos mémoires, nos pensées, nos émotions... sont comme des objets intérieurs, avec des couleurs, des formes, une texture...

Parfois c'était si frappant que j'avais l'impression de savoir si "l'objet de ma concentration" se situait dans le mental, dans le vital, dans les énergies, dans la substance... parce qu'il y avait des différences de densité dans la sensation.

C'est vraiment curieux comment nos énergies intérieures peuvent parfois prendre des formes si compactes qu'on a vraiment l'impression qu'il y a un objet dans le corps. Ce sont des sensations assez surprenantes ! ! !

Mais comme c'est arrivé des dizaines et des dizaines de fois, je me dit qu'il doit y avoir une vérité là-derrière. 

À suivre...

Retour à l'accueil