Un autre extrait de La vie divine de Sri Aurobindo. En quelques mots, Sri Aurobindo nous laisse un aperçu magistral de la complexité humaine et nous affirme qu'il est possible de découvrir notre être intérieur et de nous identifier à lui. 

Mais pour cela, dans un paragraphe précédent,  il nous insiste beaucoup sur le nécessaire détachement vis-à-vis des apparences, des sensations - pensées et de cesser de nous identifier de ces mouvements de surface.

« En effet, il y a en nous un être mental et un être vital intérieur plus vastes, et même un être physique-subtil intérieur plus vaste lui aussi, différent de notre conscience corporelle superficielle, et en pénétrant dans ce moi intérieur, ou en le devenant, en nous identifiant à lui, nous pouvons observer l’origine de nos pensées et de nos sentiments, la source et le mobile de notre action, les énergies œuvrant à la construction de notre personnalité de surface.

Car nous découvrons et pouvons connaître l’être intérieur qui, secrètement, pense et perçoit en nous, l’être vital qui, secrètement, sent et agit sur la vie à travers nous, l’être physique-subtil qui, secrètement, reçoit le contact des choses et y répond par l’intermédiaire de notre corps et de ses organes.

Nos pensées, nos sentiments, nos émotions de surface sont faits d’impulsions complexes et confuses venant du dedans et d’impacts du dehors ; notre raison, notre intelligence organisatrice ne peuvent leur imposer qu’un ordre imparfait : mais nous trouvons en nous les sources séparées de nos énergies mentales, vitales et physiques, et pouvons distinguer clairement les opérations pures, les pouvoirs distincts, les composants de chacun et leur interaction dans la lumière limpide de la vision du moi.

Nous constatons que les contradictions et les conflits de notre conscience de surface sont dus en grande partie aux tendances contraires ou discordantes des parties mentales, vitales et physiques de notre être qui s’opposent les unes aux autres et n’arrivent jamais à s’harmoniser ; et celles-ci, à leur tour, sont largement dues à la discorde entre de nombreuses possibilités intérieures différentes de notre être et même entre différentes personnalités en nous qui, à chaque niveau, se trouvent derrière la disposition complexe et les tendances divergentes de notre nature de surface.

Mais tandis qu’à la surface leur action est mélangée, confuse et conflictuelle, ici, dans nos profondeurs, on peut les voir et agir sur leur nature et leur action indépendantes et séparées, et leur harmonisation par l’être mental en nous, guide de la vie et du corps — ou mieux, par l’entité psychique centrale —, est moins difficile à obtenir, à condition d’entreprendre cette tâche avec une volonté psychique et une volonté mentale justes.

Si, en effet, c’est sous l’impulsion de l’ego vital que nous pénétrons dans l’être subliminal, il peut en résulter de graves dangers, un désastre ou, pour le moins, une amplification de l’ego, de l’affirmation de soi et du désir, et c’est alors l’ignorance, et non la connaissance, qui grandit et se renforce.

De plus, nous trouvons dans cet être intérieur ou subliminal le moyen de distinguer directement ce qui s’élève du dedans de ce qui nous vient de l’extérieur, d’autrui ou de la Nature universelle, et il devient possible d’exercer un contrôle, un choix, de développer un pouvoir de réception, de rejet et de sélection volontaires, un pouvoir éclairé de construction de soi et d’harmonisation que nous ne possédons pas ou ne pouvons utiliser que très imparfaitement dans notre personnalité composite de surface, alors qu’il est la prérogative même de notre Personne intérieure.

Car si nous pénétrons ainsi dans les profondeurs, l’être intérieur, qui n’est plus complètement voilé, plus obligé d’exercer une influence fragmentaire sur sa conscience instrumentale extérieure, peut s’exprimer sous une forme plus lumineuse dans notre vie au sein de l’univers physique. »

Sri Aurobindo – La vie divine

Livre deux – première partie – chapitre 10 : La connaissance par identité et la connaissance séparatrice

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