Si quelqu'un vous dit :

"Dans la cité fortifiée de l'impérissable,

notre corps,

il existe un lotus ;

et dans ce lotus se trouve un minuscule espace :

que contient-il pour qu'on désire le connaître ? »

Vous devez répondre :

« Ce minuscule espace dans votre cœur

est aussi vaste que l'espace.

On y trouve le ciel et la terre,

le feu et l'air,

le soleil et la lune,

la foudre et les constellations,

tout ce qui vous appartient

et tout ce ne vous appartient pas ici-bas,

tout cela est rassemblé

dans ce minuscule espace

contenu dans votre cœur. »

Chandogya Upanishad 8.1.2-3

Le Point et le Tout

Commentaire :

Je découvre ce texte et commence par en être un peu bousculé car il me rappelle l'ignorance et l'impuissance dans laquelle nous nous trouvons, apparemment. 

Pour moi, ce texte évoque une vérité non négociable, ce n'est pas de la poésie mais la description d'une expérience réelle et vraie.

Mais alors, comment se fait-il qu'une vérité si magnifique et si essentielle ne soit pas enseignée - partagée dès notre plus jeune âge ?

Et puis, comment se fait-il, même si nous acceptons sans réserve cela comme une vérité vraie, que ce point soit si difficile à trouver ? 

Entre notre conscience actuelle et ce point, il semble y avoir toutes sortes d'obstacles, de difficultés, qui nous détournent de notre propre salut...

Si nous comprenons les obstacles, peut-être découvrirons que la plupart d'entre eux ne sont peut-être que des mirages dans notre tête...

En tout cas, cela rappelle la fameuse parabole qui dit que Dieu s'est caché dans un endroit où les hommes n'iront jamais le chercher, dans son propre coeur ! Comment pouvons-nous être aussi stupides ? J'avoue que ça me dépasse un peu. 

Et ce n'est pas la première foi que je suis confronté à ces réflexions. Maintenant, ce n'est qu'un aspect des choses.

Un autre est que ce texte magnifique est très puissant pour soutenir et guider notre foi. Pour faire cette expérience, c'est peut-être de cela qu'il s'agit, d'avoir suffisamment de foi et peut-être aussi une certaine intensité de concentration. 

Et puis, dans les temps compliqués que nous vivons, avec cette sorte de combat contre l'homme lui-même, jusque dans sa dignité, même sa vie est menacée, ce texte a le mérite de nous rappeler qu'à défaut d'être grand, une Grandeur habite en nous...

Paradoxe incompréhensible pour le mental, mais derrière, quelque chose rit, cette Grandeur est cachée dans un point minuscule...

Pour trouver, peut-être s'agit-il d'une capacité de concentrer, concentrer, concentrer l'attention, la conscience... 

Les portes sont étroites, difficiles à forcer, disait Sri Aurobindo...

Peut-être faut-il avoir aussi un certain goût pour la profondeur car manifestement, il faut descendre en soi, jusqu'à ce fameux lotus, et ensuite, creuser encore jusqu'à ce fameux point. 

C'est d'autant plus rageant, que même lorsque nous trouvons, de temps en temps, l'escalier intérieur, caché dans l'axe central, entre le sommet de la tête et le périnée... il nous manque force et volonté de descendre, comme si nous pouvions voir, mais pas encore marcher, comme si nous pouvions voir mais que nous étions paralysés, immobilisés... Les modes de déplacement, dans les mondes subtils, doivent obéir à d'autres règles, mécanismes... Lesquels ?

En tout cas, peu importe les moyens intérieurs que nous utilisons, une chose est sûre : en nous-mêmes, nous avons quelque chose à trouver, et tant que nous ne l'aurons pas trouvé, je crains que nous ne pouvions sortir de l'auberge... 

Avant, l'auberge était plutôt bonne, elle est en train de devenir rouge ; gageons que cela nous stimulera suffisamment pour trouver ce point de "nous-mêmes", impérissable, indestructible et invincible...

Mais tout n'est que point de vue. Un autre est que si nous ne pouvons aller à Lagardère, Lagardère viendra à nous. Nous trouverons le Divin quand le Divin se révélera à nous, c'est peut-être Lui qui décide, en définitive. Peut-être n'avons nous rien à faire, rien de spécial en tout cas, simplement attendre le Moment, car il semblerait que sommes aux Temps des révélations avant celui de la Révélation. 

Quand l’obscurité se fera profonde, étranglant la poitrine de la terre,

Quand le mental corporel de l’homme sera la seule lampe,

Comme un voleur dans la nuit viendront les pas cachés

De l’Un qui entre inaperçu dans sa maison.

Une Voix mal entendue parlera, l’âme obéira,

Une Puissance furtive gagnera la chambre intérieure du mental,

Un charme et une douceur ouvriront les portes closes de la vie

Et la beauté vaincra la résistance du monde,

La lumière-de-vérité capturera la Nature par surprise,

À pas de loup, Dieu contraindra le cœur à la félicité

Et la terre deviendra divine sans s’y attendre.

Dans la Matière s’allumera le brasier de l’esprit,

Dans les corps et les corps s’enflammera la naissance sacrée ;

La Nuit s’éveillera à l’hymne des étoiles,

Les jours deviendront une heureuse marche de pèlerin,

Notre volonté, une force du pouvoir de l’Éternel

Et la pensée, un rayonnement du soleil de l’Esprit.

Quelques-uns verront ce que nul encore ne comprend ;

Dieu grandira tandis que les hommes sages parlent et dorment ;

Car l’homme ne saura point l’avènement jusqu’à son heure

Et la foi ne sera point jusqu’à ce que l’œuvre soit accomplie.

Savitri - Sri Aurobindo

La Connaissance secrète

Livre 1 - Chant 4

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