Ci-dessous, 4 extraits de L'Agenda de Mère avec les liens pour la lecture du texte intégral, et un commentaire personnel.

Nouveau Pouvoir

Agenda du 24 janvier 1961

Et pendant ces deux heures, j’ai vu, alors avec une nouvelle conscience, une nouvelle vision, et surtout un nouveau pouvoir, j’ai eu la vision de tout le Travail: tous les gens, toutes les choses, toutes les organisations, tout. Et c’était... c’était différent en apparence (mais ça, c’est seulement parce que les apparences dépendent des nécessités du moment), mais c’était surtout différent en pouvoir – ça, considérable. Considérable. C’était le pouvoir qui n’était plus le même.

Et vraiment, un changement essentiel dans le corps.

Je vois qu’il faudra qu’il... (comment dire ?) qu’il s’habitue, qu’il s’accoutume à ce nouveau Pouvoir. Mais enfin, essentiellement, le changement est accompli.

Ce n’est pas – c’est loin, très loin d’être le changement final, il s’en faut de beaucoup. Mais on peut dire : c’est la présence consciente et totale de la Force supramentale dans le corps.

Agenda du 2 août 1961

Question de Satrem : Oui, mais les dieux sont conscients du Divin ?

Réponse de Mère : Écoute, mon petit, ils sont conscients de leur divinité! surtout de ça.

Ils sont branchés, oui, mais ils n’ont pas la moindre idée de ce qu’est le surrender. J’en ai l’expérience.

J’ai eu une expérience très intéressante – était-ce l’année dernière ou l’année d’avant, je ne sais pas, mais c’était après être remontée... Tu sais qu’au moment des poudjâs, ces déesses viennent tout le temps (elles n’entrent pas dans le corps en se liant, mais elles viennent pour se manifester), et cette fois-là (je crois bien que c’était le poudjâ de l’année dernière, pas plus tôt que cela), il y avait Dourga (Dourga vient toujours quelques jours d’avance et elle reste dans l’atmosphère : elle est là, comme ça – geste, comme si elle se promenait avec Mère), et alors cette fois-là, pendant mes méditations là-haut, j’avais un rapport avec elle, et il y avait le nouveau Pouvoir qui est en moi, dans ce corps maintenant – dans ce corps – et... (comment peut-on dire cela ?) je la faisais participer à cette conception du surrender. Et elle a eu une expérience, mon petit ! Elle a eu une expérience extraordinaire : de la joie de se brancher. Et elle a déclaré : «A partir de ce moment, je suis une bhakta du Seigneur.»

C’était beau.

N’est-ce pas, c’est une Puissance formidable : c’est une Puissance universelle, éternelle, formidable. Eh bien, cette expérience, elle ne l’avait jamais eue : elle avait l’expérience de son pouvoir. Elle recevait les Ordres et obéissait aux Ordres, mais comme ça, automatiquement. Et tout d’un coup, elle a senti l’extase d’être un instrument conscient.

C’était vraiment... c’était vraiment beau.

Agenda du 31 août 1965

C'est le mental qui était comme une substance non coordonnée, qui avait une activité constante, pas organisée (Mère fait un geste de trépidation continue). C'est celui-là qui est en train de s'organiser. C'est ça qui est important, parce que Sri Aurobindo avait dit que c'était inorganisable et qu'il n'y avait qu'à le rejeter de l'existence. Et j'avais cette impression aussi. Mais quand l'action transformatrice est constante sur les cellules, ce mental matériel commence à s'organiser, c'est cela qui est merveilleux ! il commence à s'organiser. Et alors comme il s'organise, il apprend à SE TAIRE – c'est cela qui est beau ! Il apprend à rester tranquille, à se taire et à laisser la Force suprême agir sans intervenir.

Le plus difficile, c'est dans les nerfs, parce qu'ils ont tellement l'habitude de cette volonté consciente ordinaire que quand elle s'arrête et que l'on veut l'Action directe de tout en haut, ils deviennent comme fous. Hier matin, j'ai eu cette expérience-là, qui a duré plus d'une heure, et c'était difficile ; mais ça m'a appris beaucoup de choses – beaucoup de choses. Et tout cela, c'est ce que l'on peut appeler le «transfert de pouvoir» : c'est l'ancien pouvoir qui se retire. Et alors, avant que le corps ne s'adapte au nouveau pouvoir, il y a une période, là, qui est critique. Comme toutes les cellules sont en état d'aspiration consciente, ça va relativement vite, mais tout de même... les minutes sont longues.

Agenda du 20 octobre 1971

(Lettre de Sri Aurobindo à C.R. Das, son avocat dans l’«affaire de la bombe d’Alipore».)

Le 18 novembre 1922

Cher Chitta,

Il y a longtemps, presque deux ans, je crois, que je n’ai écrit à personne. J’étais tellement retiré et absorbé dans ma Sâdhanâ que les contacts avec le reste du monde étaient réduits à un minimum jusqu’à ces temps derniers.

... J’ai reçu confirmation d’une perception que j’avais toujours eue, mais moins clairement et moins dynamiquement alors, et qui est devenue maintenant de plus en plus évidente, à savoir que la vraie base de la vie et du travail est spirituelle, c’est-à-dire une nouvelle conscience qui doit se développer par le Yoga seulement. De plus en plus manifestement, je vois que l’homme n’arrivera jamais à sortir de la ronde futile que notre espèce continue de suivre, tant qu’il ne se sera pas élevé jusqu’à la nouvelle base. Je crois aussi que la mission de l’Inde est de remporter cette grande victoire pour le monde.

Mais de quelle nature exactement est le pouvoir dynamique de cette conscience supérieure ? Quelles sont les conditions pour que sa vérité soit efficace ? Comment la faire descendre, la mobiliser, l’organiser, l’appliquer à la vie ? Comment nos instruments actuels, l’intellect, le mental, la vie, le corps, peuvent-ils devenir le canal vrai et parfait de cette grande transformation ? Tel est le problème que j’essayais de résoudre par mon expérience ; j’ai maintenant une base solide, une vaste connaissance et quelque maîtrise du secret.

Mais pas encore sa totalité ni sa présence complète et impérieuse – par conséquent, je dois rester encore retiré. Je suis décidé à ne travailler dans le monde extérieur que quand je posséderai solidement et complètement ce nouveau pouvoir d’action ; je ne veux construire que sur une base parfaite.

Cependant, je suis allé assez loin pour pouvoir entreprendre certain travail à une échelle plus vaste qu’avant: entraîner les autres à recevoir cette Sâdhanâ et à se préparer eux-mêmes comme je l’ai fait, car, sans cela, mon travail futur ne pourra même pas commencer. Beaucoup désirent venir ici et je peux les admettre dans ce but, mais je ne peux pas continuer si je n’ai pas les fonds suffisants pour entretenir un centre ici et au moins un ou deux autres à l’extérieur. J’ai donc besoin de ressources beaucoup plus vastes que celles dont je dispose à présent. J’ai pensé que votre recommandation et votre influence pourraient aider Barin à les recueillir pour moi...

Votre Aurobindo

On Himself, XXVI.436

Commentaire personnel : Pourquoi partager cela ? 

Hier, après m'être rendu compte à plusieurs reprises que pendant mes méditations une certaine "connexion-alchimie-transformation" se faisait entre certaines parties à l'intérieur de mon moi et une zone au-dessus de la tête, il m'est venu de me concentrer sur l'idée du Nouveau Pouvoir

Cela fait plusieurs années que j'ai découvert dans L'Agenda l'existence de ce nouveau pouvoir, mais sans plus - je n'en avais aucune expérience et n'avait jamais médité dessus. Enfin, pas que je sache. Je ne m'en souviens plus.

Pour cette méditation est venu en moi un désir, une envie, un besoin, une aspiration, une volonté à faire l'expérience de ce Nouveau Pouvoir et je suis resté concentré là-dessus... pour voir, s'il allait se passer quelque chose.  L'expérience fut immédiate.

Alors, pour écrire ce témoignage, j'ai recherché dans l'index de L'Agenda les passages où Mère parle de ce Nouveau Pouvoir. 

Bref ! Sitôt les yeux fermés, mon attention s'est posé sur cet Appel, avoir une connexion avec ce fameux Nouveau Pouvoir. Parce que, tant que nous n'avons pas un tant soit peu l'expérience des choses, cela reste un peu des idées en l'air.

Alors, à ma grande surprise, presque instantanément, les énergies à l'intérieur de moi ont commencé à travailler, à être assez fortement triturées et une vision-sensation est apparue très rapidement.

Une fois de plus, j'ai eu l'impression que le corps devenait friable... cette fois-ci comme une coquille d'oeuf...  et à certain endroits, la coquille d'oeuf était cassée et il y avait un trou, une crevasse, un cratère...

Le premier cratère était d'une couleur caca d'oie foncé, pas très joli et quelques minutes plus tard, la coquille d'oeuf à été cassé à un autre endroit et cette fois-ci la couleur était marron terne, un peu plus lumineuse toute fois...

Cela donnait l'impression de galeries souterraines... Je rappelle qu'aussi bien Mère que des profs de qi gong ont évoqué le fait qu'il y avait des trous dans la conscience... 

Je ne me souviens plus précisément où cela a travaillé : la zone du foie, de l'épaule droite, de la main gauche, ici et là encore... mais à chaque fois c'était la même chose : la sensation qu'une force située au-dessus de la tête, faisait pression sur telle ou telle partie de mon système énergétique pour faire ceci-cela...

Je me souviens avoir ressenti qu'une des clefs était l'adhésion, le fait d'accepter de se laisser faire, de se laisser triturer. Une autre était de poser l'intention : aucune fixation. Une sorte de lâcher prise, que tout devienne absolument fluide.

Un autre point à signaler en rapport avec ce que Mère dit plus haut : le fait d'apprendre à se taire. Intérieurement, en méditation, cela cause beaucoup, et c'est comme ça depuis longtemps. Or, depuis quelques semaines, je sens que cela se tait plus facilement et plus souvent. Cela ne fait pas si longtemps que ça que je l'ai remarqué. C'est comme si j'avais reçu d'en haut une invitation à cesser de réfléchir au sens où on l'entend habituellement, cesser d'analyser, de poser des questions, etc. Avant, je pouvais peut-être m'y essayer mais je répondais plutôt : cause toujours tu m'intéresses ! Et maintenant, il semblerait que le pouvoir du silence soit plus fort, qu'il ait parfois la capacité de s'imposer. C'est très reposant. 

Dans la foulée, j'ai remarqué qu'il était tout à fait possible de poser à sa propre conscience une intention, en silence. Mais au lieu de verbaliser avec les mots, juste une légère pichenette avec la pensée et alors, le travail intérieur prend telle ou telle forme. Ça, je l'ai remarqué des dizaines de fois ces temps-ci. 

Pour revenir à cette expérience, deux choses m'ont particulièrement frappé :

1) La soudaineté de l'expérience. D'habitude, il faut un certain temps pour que le mental se calme, que la respiration se pose et patati et patata. Alors, de temps en temps, il y a des expériences, des visions. Là, ce fut immédiat, presque impératif si j'ose dire. Avec une sorte de sentiment indiscutable. 

2) Ensuite, clair et net, c'était plus fort en intensité. Assez fort même parce que je n'ai pas réussi à rester bien longtemps. Au bout d'une vingtaine de minutes, je suis sorti de la méditation parce que... c'était trop fort. Et pourtant, cela ne provoquait aucune douleur et pourtant c'était assez désagréable. Et la nuit qui suivit fut assez agitée avec un réveil angoissé. 

Cette force travaille en silence, sans donner d'explication, et je ne peux qu'interpréter. Mon sentiment est qu'elle va déloger des énergies bloquées qui "dorment" dans notre subconscient - énergies faites d'un amalgame de vieux souvenirs, vieilles émotions, et peut-être de bien d'autres choses. Et c'est ça qui n'est pas très agréable. 

Nouveau Pouvoir ou pas ?

Avec le recul, je peux aussi bien reconnaître qu'il est peu probable que j'ai réellement été en contact avec ce que Mère appelle le Nouveau Pouvoir. C'est un pouvoir si puissant et si extraordinaire que ce serait miraculeux d'avoir été touché par ça, et j'imagine que seuls des êtres très très avancés sur le chemin du yoga peuvent être en contact avec ce pouvoir-là. 

Le Pouvoir qui a travaillé en moi n'était probablement pas le Nouveau Pouvoir évoqué par Mère, qu'importe, mon expérience a été bien réelle, je n'ai aucun doute, là-dessus. 

D'un autre côté, Mère a aussi mainte fois évoqué un phénomène : l'infiltration constante-constante-constante sur toute la terre de la nouvelle conscience, des nouvelles vibrations, alors pourquoi pas une infiltration de ce Nouveau Pouvoir ? Elle appelait ça la perméation. 

Alors où est le problème ? Ce Nouveau Pouvoir est certainement capable de travailler en chacun, à la mesure de l'intensité que nous sommes capables de recevoir. Même Saptrem, avant de recevoir des cataractes de ce Nouveau Pouvoir ne recevait que des goûtes.

L'important est que nous pouvons nous tourner vers ce Nouveau Pouvoir, vers la Volonté divine, la Conscience divine, la Force divine et nous laisser toucher et triturer... Ça, ce n'est plus inaccessible et c'est une très bonne nouvelle. Parce qu'il y avait un sentiment au départ de ma méditation, que si nous devons entrer dans un nouveau monde, et le préparer et le construire patati et patata, qu'il était nécéssaire, et indispensable d'avoir un minimum de contact conscient avec l'énergie, la conscience, le pouvoir de ce Nouveau monde, qui existe déjà, tout prêt, dans le monde subtil.

C'est ce que j'ai essayé de faire et voilà quel fut le résultat pour moi. C'était très intéressant... 

À suivre...

Retour à l'accueil