Sri Aurobindo et La Mère, Anthologie de l'Amour ...un petit livre lu il y a fort longtemps, sans laisser de traces, apparemment, puisque je le redécouvre  un peu ébahi, dès la magnifique préface de Pavitra, Philippe Barbier de Saint Hilaire...

...ancien polytechnicien, qui abandonna tout, y compris sa funeste invention qu'il jeta au panier, avant d'aller suivre des initiations dans les steppes de Mongolie et de rejoindre Sri Aurobindo-Mère où il devint responsable de l'éducation des enfants à l'Ashram.

Le début de son introduction évoque les questions des enfants laissés sans réponse par les adultes plutôt ignorants que nous sommes de ces choses...

Et puis Pavitra continue son explication : 

"Au cours des âges, l'évolution progresse, la conscience croît. Un jour, l'être individuel est enfin prêt à reconnaître dans les autres la même conscience qui est en lui. Il reconnaît les autres êtres comme des autres "moi" ; il se reconnaît en tous et en tout. Il peut enfin comprendre ce qu'exprime ainsi l'Oupanishad :

"Ce n'est pas pour l'amour de l'époux que l'époux est cher, mais pour l'amour de l'âtman * (qui est en lui); ce n'est pas pour l'amour de l'épouse que l'épouse est chère, mais pour l'amour de l'âtman (qui est en elle)."

* Le Moi,un avec le Divin

Cette belle et forte parole permet de répartir les êtres humains en deux groupes.

Ceux du premier groupe - du chemin de l'aller - trouvent  dans une association avec un autre individu une aide réelle. Pour ceux là pas de problèmes, ils suivent instinctivement les réactions de la nature en eux, et il serait à la fois vain et maladroit d'essayer de les en détourner en leur prêchant une abstention qu'ils ne comprendraient point.

Ceux du second groupe - du chemin du retour - sont assez avancés dans leur évolution pour sentir fortement l'attraction du pole divin en eux. Et une association avec un autre individu  serait contraire à leur destinée profonde, la suivre causerait un retard dans leur progrès. Ils ne peuvent s'engage, aliéner leur liberté foncière.

Mais la ligne de démarcation  entre les deux groupes n'est pas nettement tracée. Il y a toute une catégorie d'individus qui évoluent dans une zone d'incertitude. Ceux-là sont le siège de conflits douloureux et prolongés entre les deux pôles de leur être. Il leur faut tout de même avancer coûte que coûte. *

* Tiens, tiens.... je comprends mieux certaines turbulences intérieures 😊(Note personnelle).

Le yoga est un processus qui accélère l'évolution individuelle. Par le yoga celui qui est engagé sur le chemin du retour, et même tout aspirant appartenant à la zone d'incertitude, peut franchir en une vie une grande portion du chemin et parvenir à l'union divine. Le fait que l'on aspire au yoga est une preuve que l'on est sur le chemin du retour ou tout proche d'y entrer. 

Ceci permet de comprendre pourquoi Sri Aurobindo et la Mère, en s'adressant à ceux qui suivent ou veulent suivre le yoga ; leur répètent constamment que l'association vitale ou sexuelle avec un autre individu est un des plus grands obstacles sur le chemin.

Ceci explique aussi pourquoi les personnes de l'extérieur, qui ne suivent pas le yoga, ont l'impression, lorsqu'il lisent les ouvrages de Sri Aurobindo, qu'il rejette l'amour humain, vital et sexuel, pour l'espèce humaine tout entière.

On voit maintenant qu'il n'en est rien.

Si quelqu'un  du chemin de l'aller a consulté Sri Aurobindo ou la Mère, pour savoir s'il est bon ou mauvais de se marier, il n'en a pas été en général détourné. Et cela serait encore plus vrai des innombrables millions d'hommes et de femmes à qui ne viendra jamais l'idée de consulter un instructeur spirituel au sujet de leur mariage. 

Les explications qui précèdent doivent permettre à chacun de nous, s'il s'étudie attentivement, de savoir, au moins approximativement, où il en est sur la longue échelle de l'évolution.

Non seulement il pourra comprendre alors ses réactions instinctives, mais il saura aussi que, quel que soit l'endroit où il se trouve actuellement, il parcourra l'échelle entière et parviendra à la libération.

La peur, cette peur d'être un être imparfait, réprouvé, abject, le quittera à jamais. Il pourra s'examiner sans faiblir et prendre les décisions en conséquence. 

Voilà la lumière que nous ont apportée Sri Aurobindo et la Mère ; c'est un don inestimable. Les citations qui suivent doivent en convaincre toute personne de bonne volonté."

Une première chose m'a interpelé, avant de parler de l'Amour, toutes les premières citations évoquent la joie, avec notamment celle-ci qui m'a laissé une forte impression.

"C'est avec le sens de la séparation que sont venues la douleur, la souffrance, la misère, l'ignorance et toutes les incapacités.

C'est avec le don de soi absolu, l'oubli de soi dans une consécration totale, que la souffrance disparait et qu'elle est remplacée par une joie (delight) que rien ne peut voiler.

Et c'est seulement quand cette joie sera établie ici, dans ce monde, qu'il pourra vraiment être transformé, et qu'il y aura une vie nouvelle, une création nouvelle, une réalisation nouvelle. 

La joie doit s'établir d'abord dans la conscience, ensuite la transformation matérielle aura lieu, mais pas avant.

Notez que je ne parle pas de ce que les hommes appellent la joie : la joie qui vient du plaisir, de l'oubli, de l'indifférence - et qui n'est même pas une caricature de la vraie joie, mais plutôt, je le crois, une invention diabolique pour vous faire perdre le chemin.

Je parle d'une joie qui est la paix parfaite, la lumière sans ombre, l'harmonie, la beauté totale et le pouvoir irrésistible, la joie qui est la Présence divine elle-même, dans son essence, dans sa volonté et dans sa réalisation.

C'est avec l'Adversaire que la souffrance est venue dans le monde. Et c'est seulement la joie qui peut le vaincre, rien d'autre - le vaincre définitivement, finalement.

C'est la joie qui a créé, c'est la joie qui accomplira.

La Mère, Entretiens 1955 

Joie de la Victoire

Une petite bulle de lumière...

Je reconnais que ce texte... m'a mis un peu KO ! Groggy, bousculé...

Alors je me suis assis sur mon coussin pour voir ce qu'il se passait, pour laisser cette impression s'approfondir, laisser, travailler en moi, couler en moi les vibrations de ce texte...

Et tout à coup, j'ai repensé à une parole fameuse et puissante de Satprem : "qu'est-ce qu'il reste dans un homme quand il n'y a plus rien ?"

Cette question, il se l'est posé, raconte t-il souvent, quand il fut totalement dévasté par l'expérience des camps de concentration, l'humanité, la fraternité, les belles idées, les belles philosophies, il ne restait rien, dévasté...

En méditation, j'avais souvent laissé tourner la question, comme ça, pour voir, et puis rien, ou pas grand chose ou j'ai oublié...

Et puis, là, quelque chose est venu d'une façon un peu curieuse, un drôle de cheminement de la pensée, ou de la conscience. Je me suis demandé s'il y avait quelque chose, dans notre conscience, qui était tout à fait indépendant de toute notre éducation.

Tout ce que nous disons et pensons est le fruit d'une éducation. Nous avons été éduqués à parler et à penser d'une certaine façon. Toutes nos prétendues idées, nous les avons entendues ici et là. Une citation de Sri Aurobindo m'avait beaucoup frappé : il disait que très peu de gens sur terre étaient capables de penser par eux-mêmes. 

Même le langage est un conditionnement...

Alors je me suis demandé s'il y avait quelque chose en moi qui n'était pas conditionné par ces décennies d'apprentissages, d'éducation, comme si d'un coup, je voulais balayer tout ça...

Alors, instantanément, j'ai vu dans ma poitrine, une petite bulle de lumière....

On aurait dit une petite bille qui contenait des lumières, et en me mettant en résonance avec ça, j'avais l'impression de quelque chose de clair, léger, lumineux, vivant, souriant, presque l'impertinence d'un enfant, simple, qui ne faisait pas de manières... 

Joie dans le travail pour le Divin

C'est curieux, c'est venu après avoir eu l'idée de chercher s'il y avait quelque chose de tout à fait indépendant du langage... et ça me donnait l'impression que ça existait avant que je n'existe...

Et c'est venu sans effort, pas dans une méditation profonde, laborieuse et compliquée... 

 

Et c'était fort. Plus fort que moi et il a fallu que je sorte de ma méditation pour écrire ce texte. 

Et en écrivant, il m'est venu que les paroles de Mère étaient une formidable réponse à la dernière capsule de La Croix du Sud... une chaine que j'aime beaucoup, et qui encore une fois, qui propose une réflexion pertinente, intéressante... 

Effectivement, le point de vue de La Croix du Sud se défend très bien. À part faire une énième revue de presse, nous avons un peu l'impression de tourner en rond, que tout a plus ou moins été dit, que les points de vue des autres ne changeront pas fondamentalement, et surtout, que malgré tout ce que nous pouvons dire, le monde tout entier traverse une grande incertitude. 

Nous nous attendons à ce que des choses importantes se passent, nous sentons que des choses importantes vont se passer, mais lesquelles, quand, comment, sur quels plans.... c'est difficile à dire.

Nous pouvons énumérer des possibilités mais nous n'avons pas tant de réponses que ça. Une revue de presse de plus ? Un slogan de plus ? Un recours juridique de plus ? Une manifestation de plus ? Une réserve alimentaire de plus ? Toutes ces choses peuvent être utiles, et même nécessaires, ou bien se retourner contre nous et nous éloigner toujours plus de la solution vraie et nous n'en savons rien car une clef plus profonde nous échappe. Et cette clef, ou en tout cas, une clef, Mère nous en propose une. 

C'est peut-être à cette clef-là que Sri Aurobindo pensait  quand il écrivit : "Quand tout aura échoué, peut-être trouverons-nous, caché dedans, la clef du parfait changement."

Si nous acceptons cette clef-là, alors la situation devient plus simple : il y a ce qui nous approche de la vraie joie, de la joie vraie, et qui nous en éloigne, ce qui nous y met et ce qui nous en sort. Et le reste, c'est de la philosophie ou des bavardages ou de la politique. Écoutons encore une fois les paroles de Mère :

Et c'est seulement quand cette joie sera établie ici, dans ce monde, qu'il pourra vraiment être transformé, et qu'il y aura une vie nouvelle, une création nouvelle, une réalisation nouvelle. 

La joie doit s'établir d'abord dans la conscience, ensuite la transformation matérielle aura lieu, mais pas avant.

C'est avec l'Adversaire que la souffrance est venue dans le monde. Et c'est seulement la joie qui peut le vaincre, rien d'autre - le vaincre définitivement, finalement.

C'est la joie qui a créé, c'est la joie qui accomplira.

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