La parabole du semeur dans l’évangile de Matthieu

Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison, et il était assis au bord de la mer.

Auprès de lui se rassemblèrent des foules si grandes qu’il monta dans une barque où il s’assit ; toute la foule se tenait sur le rivage.

Il leur dit beaucoup de choses en paraboles : « Voici que le semeur sortit pour semer.

Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger.

D’autres sont tombés sur le sol pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre ; ils ont levé aussitôt, parce que la terre était peu profonde.

Le soleil s’étant levé, ils ont brûlé et, faute de racines, ils ont séché.

D’autres sont tombés dans les ronces ; les ronces ont poussé et les ont étouffés.

D’autres sont tombés dans la bonne terre, et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un.

Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »”

Hier soir dans le live des DéQodeurs, j'ai entendu à nouveau cette parabole et il est toujours bon de prendre un moment pour regarder comment nous recevons, entendons, mettons en pratique les enseignements. Même si dans cet article, il s'agit des lettres sur le yoga de Sri Aurobindo à propos de l'être psychique, de la transformation psychique. Je les ai trouvées si formidables, que le besoin d'en faire une courte synthèse m'est apparue utile. 

 

En introduction, le lien ci-dessous vers la fleur que Mère a appelé Centre psychique permet de trouver 4 citations pour mieux comprendre la nature du psychique. 

Ensuite, le lien ci-dessous nous ouvre à ces merveilleuses lettres dans lesquelles, parfois en quelques mots, Sri Aurobindo nous éclaire sur la transformation psychique. Passons en revue quelques aspects significatifs :

1) D'abord, de quoi s'agit-il, où est-ce qu'il se situe ? Être psychique, étincelle divine, âme, dans le vocabulaire de Sri Aurobindo, ces mots sont "à peu près" synonymes. 

« Lorsqu'on parle de l'étincelle divine, on considère l'âme comme une parcelle du Divin descendue dans la manifestation. »

« L'être psychique se tient derrière le coeur et soutient le mental, la vie et le corps. »

« L'âme, l'être psychique, est en contact direct avec la Vérité divine, mais dans l'homme, l'âme est masquée par le mental, par l'être vital et par la nature physique. » 

« L'être psychique est dans le centre du cœur, au milieu de la poitrine (pas dans le cœur physique, car tous les centres sont au milieu du corps), mais il est loin en arrière. Lorsqu'on s'éloigne du vital pour aller vers le psychique, on a l'impression de descendre de plus en plus profond jusqu'à ce que l'on atteigne le point central du psychique. L'être émotif est situé à la surface du centre cardiaque ; de là, on pénètre en profondeur pour trouver le psychique. Plus on pénètre, plus le bonheur psychique que vous décrivez devient intense. »

Quand Sri Aurobindo parle du milieu de la poitrine, il ne parle évidemment pas du milieu de la poitrine physique. Comment dire ? Il ne s'agit pas de descendre je ne sais où, dans les alvéoles du coeur ou je ne sais quels tréfonds de l'anatomie. C'est au milieu de la poitrine mais les centres ne sont pas situés sur le plan matériel mais sur le plan énergétique, sur un axe subtil, entre le sommet de la tête et le périnée.

« (Le psychique) est souvent ressenti comme très profond ou émergeant d'une profondeur. Si l'on va vers lui, on a souvent l'impression de pénétrer dans un puits profond. »

2) Ensuite, il convient de comprendre la différence entre la transformation spirituelle et la transformation psychique et de voir comment ils se complètent...

« La transformation psychique de l'être et sa spiritualisation sont deux choses différentes. La transformation spirituelle est celle qui descend d'en haut, la transformation psychique est celle qui vient du dedans, par la domination psychique sur le mental, le vital et le physique. »

À propos de deux mouvements nécessaires de la sâdhanâ :

"L'un consiste à aller au-dedans et à établir pleinement le contact entre l'être psychique et la nature extérieure.

Par l'autre on s'ouvre vers le haut à la Paix, la Force, la Lumière, l'Ânanda divins au-dessus, on s'y élève et on les fait descendre dans la nature et le corps.

Aucun de ces deux mouvements, le psychique et le spirituel, n'est complet sans l'autre. Sans la montée et la descente spirituelles, la transformation spirituelle de la nature ne peut pas se produire ; sans l'ouverture psychique totale et le contact psychique total, la transformation ne peut pas être complète.

Les deux mouvements ne sont pas incompatibles ; certains sâdhak commencent par le psychique, d'autres par le spirituel, d'autres encore poursuivent les deux à la fois. La meilleure manière est d'aspirer aux deux et de laisser la Force de la Mère agir selon les besoins et la tendance de la nature. »

*

« Lorsque la concentration se situe au sommet de la tête, cela signifie que l'être mental y rejoint la conscience supérieure et la résistance est minime ou nulle.

Si elle se situe à l'autre endroit, c'est l'être psychique qui s'unit à la conscience supérieure, d'où le silence plus profond, puisque l'être psychique est plus central que l'être mental ; mais par l'intermédiaire du psychique, le reste de la conscience inférieure tente aussi de se joindre à la conscience supérieure, et c'est là qu'une résistance se produit.

La jonction du mental n'affecte pas le vital et le physique, c'est pourquoi ils restent ou peuvent rester calmes pour le moment ; la jonction du psychique exerce sur eux une pression à laquelle leur première réaction sera cette sensation de fatigue et la dernière pourra être une grande agitation. Mais la jonction psychique, si elle réussit à se faire, agit beaucoup plus puissamment pour la transformation de l'être tout entier. »

3) Nous commençons à comprendre l'importance de la transformation psychique, alors voyons cela de plus près. Sri Aurobindo évoque l'ouverture psychique, la conversion psychique, la venue du psychique au premier plan...

« Dans la transformation psychique, il y a trois éléments principaux :

1) l'ouverture du mental intérieur occulte, du vital intérieur occulte, du physique intérieur occulte, si bien que l'on devient conscient de ce qui s'étend derrière le mental, la vie et le corps de surface ;

2) l'ouverture de l'être psychique ou âme qui vient ainsi en avant et gouverne le mental, la vie et le corps en les orientant tous vers le Divin ;

3) l'ouverture de l'être inférieur à la vérité spirituelle ; ce dernier stade de la transformation peut être qualifié de psycho-spirituel. »

*

« L'être psychique est toujours là, mais on ne le sent pas parce qu'il est masqué par le mental et le vital ; lorsqu'il se découvre, on dit qu'il est éveillé. Une fois éveillé, il commence à prendre possession du reste de l'être, à l'influencer et à le transformer afin que tout puisse devenir l'expression vraie de l'âme intérieure. C'est cette transformation que l'on nomme conversion intérieure. Elle ne peut se produire sans cet éveil de l'être psychique. »

*

« En utilisant l'expression "ouverture du psychique", je pensais non pas à une ouverture psychique ordinaire qui peut dans une certaine mesure engendrer l'amour et la bhakti psychiques (par opposition à l'amour et à la bhakti vitales), mais à ce que l'on appelle la venue du psychique au premier plan.

Quand elle se produit, on devient conscient de l'être psychique et de son don de soi simple et spontané, et l'on sent sa maîtrise directe (et pas seulement une influence voilée ou à demi voilée) s'exercer de plus en plus sur le mental, le vital et le physique.

Le discernement psychique, en particulier, éclaire aussitôt les pensées, les émotions, les impulsions vitales, les habitudes physiques; il n'y laisse rien dans l'ombre et substitue les mouvements justes aux mouvements erronés.

C'est cela qui est difficile et rare ; plus souvent, le discernement a un caractère mental, et c'est le mental qui essaie de tout mettre en ordre. Dans ce cas, c'est la descente de la conscience supérieure qui, en passant par le mental, ouvre le psychique, et non le psychique qui s'ouvre directement. »

4) C'est intéressant. Si la concentration dans la poitrine ne donne rien, nous pouvons nous concentrer au-dessus de la tête pour tenter de toucher et faire descendre cette conscience spirituelle en haut. Mais à la limite, nous pourrions nous dire que tout cela est bien joli et nous demander encore à quoi cela sert...

« La transmutation psychique de l'être transforme la nature inférieure en apportant au mental une vision juste, au vital des impulsions et des sentiments justes, au physique des mouvements et des habitudes justes - tous orientés vers le Divin, tous fondés sur l'amour, l'adoration, la bhakti ; elle leur fait voir et sentir que la Mère est présente partout et en tous, et non seulement dans le coeur, que sa Force est à l'oeuvre dans l'être, elle apporte au mental, au vital et au physique la foi, la consécration et la soumission. »

*

« La transformation psychique est la première des deux transformations nécessaires ; si vous avez la transformation psychique, la seconde — c'est-à-dire la transformation de la conscience humaine ordinaire en conscience spirituelle supérieure — en est grandement facilitée ; autrement, votre voyage risque d'être lent et ennuyeux, ou exaltant mais plein de périls.../...

Le psychique participe à l'évolution, il fait partie de la nature de l'homme : c'est sa partie divine ; par conséquent, une transmutation psychique ne portera pas l'être au-delà du stade d'évolution actuel, mais elle le préparera à réagir positivement à tout ce qui vient du Divin ou de la Nature supérieure et le fermera à l'Asoura, au Râshasa, au Pishâchta ou à l'Animal dans l'être, ou encore à toute résistance de la nature inférieure qui s'oppose à la transformation divine.»

Asoura : Titan fort et puissant, être hostile appartenant au monde du vital mentalisé.

Râkshasa : pouvoir hostile du vital intermédiaire.

Pishâtcha : démon appartenant au vital inférieur

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« Les sentiments et les aspirations de l'être psychique s'orientent tous vers la vérité, la conscience juste et le Divin ; c'est la seule partie de l'être qui ne peut être atteinte par les forces hostiles et leurs influences. »

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« Dans notre yoga, l'être psychique est ce qui ouvre le reste de la nature à la vraie lumière supramentale et finalement à l'Ânanda suprême. »

Ânanda : La béatitude, le ravissement, l'extase spirituelle...

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« L'être psychique émerge lentement chez la plupart des humains, même après qu'ils ont entrepris la sâdhanâ, tant il y a, dans le mental et le vital, de choses qui doivent se transformer et se réadapter avant que le psychique puisse être tout à fait libre.

On doit attendre que le processus nécessaire soit suffisamment avancé pour que le psychique puisse déchirer son voile millénaire et venir en avant pour diriger la nature. Rien, il est vrai, ne peut donner autant de bonheur et de joie intérieure, bien que la paix puisse venir par la libération mentale et vitale ou par le développement d'une puissante samata dans l'être. »

Samata : égalité, équanimité.

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« L'unification du psychique avec les forces et les activités de la conscience supérieure est tôt ou tard indispensable à la sâdhanâ. »

Sâdhanâ : La méthode de yoga et la discipline qui en dérive, la pratique du yoga et de sa discipline

5) Je trouve ce discernement naturel et spontané de la vérité de l'être psychique absolument fascinant. Il me semble, dans l'ère de mensonge que nous traversons, que c'est la chose la plus enviable, la plus utile, la plus nécessaire qui soit. Imaginons un monde où plus rien ne pourrait nous manipuler et nous tromper ! ! ! Est-ce que cela ne serait pas EX TRA OR DI NAIRE ? 

La vérité vous rendra libres dit l'Évangile, et bien, l'être psychique en nous possède ce sens inné de cette vérité. 

Et puis, s'il  n'existe rien qui puisse nous donner autant de bonheur et de joie le psychique et si en outre, il est la protection ultime contre toutes les forces adverses et tous les périls en chemin, alors nous pouvons comprendre que la découverte de l'être psychique est de toute première importance.

Alors regardons maintenant comment nous approcher de ce psychique, comment établir le contact. À défaut d'avoir une recette miracle, car il n'en existe aucune, au moins nous pouvons nous imprégner des conseils de Sri Aurobindo. D'où la parabole du semeur... 

« le plus important, pour vous, est d'attiser le feu psychique dans le cœur et d'aspirer de plus en plus à ce que l'être psychique vienne au premier plan pour diriger la sâdhanâ. »

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« Si l'âme profonde est éveillée, s'il y a une naissance nouvelle et que l'on passe de la simple conscience mentale, vitale et physique à la conscience psychique, alors on peut pratiquer ce yoga ; autrement (par le seul pouvoir du mental ou de n'importe quelle autre partie de l'être), c'est impossible... Si l'on refuse la nouvelle naissance psychique, si l'on refuse de devenir l'enfant nouvellement né de la Mère par attachement à la connaissance intellectuelle ou à des idées mentales ou à quelque désir vital, la sâdhanâ aboutira à un échec. »

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« L'ouverture directe du psychique n'est facile que lorsque l'égocentrisme s'est beaucoup atténué, et aussi lorsque la bhakti pour la Mère est forte. Une humilité spirituelle, un sentiment de soumission et de dépendance sont nécessaires. »

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« Il n'y a pas de procédé pour faire venir le psychique au premier plan. Il en est de cela comme du reste : vous devez y aspirer, et cela ne pourra venir que lorsque vous aurez suffisamment avancé. »

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« L'être psychique ne peut s'ouvrir pleinement que quand le sâdhak s'est débarrassé du mélange des mobiles vitaux dans sa sâdhanâ et qu'il est capable de s'offrir simplement et sincèrement à la Mère.

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S'il y a une tendance égoïste ou un mobile insincère, quels qu'ils soient, si l'on fait le yoga sous la pression d'exigences vitales ou plus ou moins pour satisfaire quelque ambition spirituelle ou autre, quelque orgueil, quelque vanité, quelque recherche du pouvoir et des honneurs ou pour avoir une influence sur les autres, ou encore avec une impulsion à satisfaire un désir vital quelconque à l'aide de la force yoguique, alors le psychique ne peut pas s'ouvrir, ou bien il ne s'ouvre qu'en partie ou de temps à autre et se referme ensuite parce qu'il est voilé par les activités vitales — le feu psychique s'éteint, étouffé par la fumée vitale.

La même incapacité se produit si le mental veut prendre le rôle principal dans le yoga et repousse l'âme intérieure à l'arrière-plan, ou si la bhakti ou les autres mouvements de la sâdhanâ prennent une forme plus vitale que psychique.

La pureté, la simple sincérité et la capacité de se donner sans égoïsme ni mélange, sans prétention ni exigence, telles sont les conditions de l'ouverture complète de l'être psychique. »

*

« Évidemment l'ego, tout comme le vital avec ses revendications et ses désirs, est toujours l'obstacle principal à l'émergence du psychique. Car tous deux obligent le sâdhak à vivre, à agir et même à faire la sâdhanâ pour lui-même, alors que la transformation psychique le fait vivre, agir et faire la sâdhanâ pour le Divin. »

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« Si le désir est rejeté et ne gouverne plus la pensée, les sentiments ou l'action, et que l'on aspire avec constance à un don de soi entièrement sincère, le psychique s'ouvre en général de lui-même au bout d'un certain temps. »

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« Pour amener le psychique en avant, il faut se débarrasser de l'égoïsme et de l'exigence (qui sont la base des sentiments vitaux) ou du moins ne jamais y céder. »

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« Une aspiration constante et sincère et la volonté de se tourner vers le Divin seul sont le meilleur moyen de faire venir le psychique au premier plan. »

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« Le psychique vient en avant de lui-même, soit par la constance de l'amour et de l'aspiration, soit lorsque le mental et le vital ont été préparés par la descente d'en haut et l'action de la Force. »

*

« Si la volonté de soumission existe dans l'être central, alors le psychique peut venir au premier plan. »

 

« Chaque fois que la nature extérieure se purifie, l'être intérieur acquiert une plus grande capacité à se révéler, à se libérer et à s'ouvrir à la conscience supérieure. »

*

Si la conscience demeure tranquille, c'est un fait que le psychique sortira de plus en plus des profondeurs intérieures pour se manifester, et un clair sentiment de ce qui est vrai et spirituellement juste, et de ce qui est erroné ou contraire à la vérité, apparaîtra; il apportera aussi le pouvoir de rejeter ce qui est hostile, erroné ou contraire à la vérité.

Votre expérience du Feu est tout à fait juste ; c'est le grand feu de la purification et de la concentration (celle-ci consiste à rassembler la conscience et à l'orienter fixement vers le Divin), le feu que tous doivent traverser pour rejoindre la Mère et s'unir à elle en permanence et totalement.

*

« Je suppose que cette expression ["plasticité intérieure"] désignait la plasticité psychique qui rend possible la consécration, ainsi qu'une libre ouverture au Divin qui agit d'en haut. La plasticité intérieure est le contraire de la rigidité qui s'obstine à conserver ses propres idées, ses sentiments, ses modes habituels de conscience, en s'opposant aux choses supérieures qui descendent ou viennent du psychique au-dedans. »

6) Avec ça, nous commençons à avoir un peu fait le tour de la question. Il reste encore deux points à aborder, la question d'Agni et du feu psychique.

Agni : Dieu du feu, Volonté divine inspirée par la divine sagesse et une avec elle, pouvoir actif et réalisateur de la Conscience-de-vérité

*

« Le feu psychique est le feu de l'aspiration, de la purification et de la tapasyâ; il vient de l'être psychique. Ce n'est Pas l'être psychique, c'est un pouvoir de l'être psychique.

L'être psychique est un Pourousha, non une flamme; le feu psychique n'est pas l'être, c'est quelque chose qui lui est propre. »

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« C'est le feu d'Agni que vous sentez. Agni est, tout à la fois, un feu d'aspiration, un feu de purification, un feu de tapasyâ, un feu de transformation. »

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« Le feu constant de l'aspiration doit être allumé, c'est vrai, mais ce feu est celui du psychique et il s'allume ou s'enflamme et grandit à mesure que le psychique se développe au-dedans, et pour que le psychique se développe, la tranquillité est nécessaire. »

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« Cette sensation de chaleur dans le cœur vient tantôt de approche du feu d'Agni, tantôt de celle de l'amour ou de l'Ânanda, tantôt simplement d'un contact de la Force. »

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« La crainte de ce feu que vous avez vu n'est pas fondée, car c'est le feu purificateur d'Agni que vous voyez brûler et il est inoffensif; il ne fait que déblayer ce qui ne doit pas être là. C'est pourquoi il est suivi d'une sensation de légèreté et de vide. Vous n'avez qu'à rester calme et à laisser le feu accomplir son œuvre. La chaleur que l'on ressent à ce moment-là n'est pas celle de la fièvre, ni une chaleur maladive. Ensuite, comme vous l'avez senti, tout devient frais et léger. »

*

« Tout ce que vous ressentez est simplement le feu d'Agni brûlant dans diverses parties de l'être qu'il prépare à la transformation. L'émergence du psychique est tout autre chose et se révèle par des indications psychologiques. »

*

« C'est la Force de la Mère qui agit dans Agni. »

Agni

Agni

7) Dernières remarques

L'être psychique étant l'étincelle divine en nous,  la Présence divine en nous sensée nous ouvrir les portes de la plus ineffable béatitude nous pouvons être surpris de lire qu'il peut être triste et faible. Voyons cela de plus près. 

«... lorsque l'être psychique vient à la surface, il se sent triste si l'être mental ou vital se conduit sottement. Cette tristesse est la pureté offensée. »

.../...

« La tristesse psychique est, elle aussi, différente de l'insatisfaction mentale, de la tristesse vitale ou de l'abattement physique.

Si l'être psychique est fort, il fait peser sa pression sur l'être mental ou vital et les contraint, les force à changer. Mais s'il est faible, les autres parties en profitent et utilisent la tristesse psychique à leur avantage.

Il arrive parfois que l'être psychique, en venant à la surface, bouleverse l'être mental ou vital et mette tout en désordre. Mais si le mental ou l'être vital est plus fort que le psychique, celui-ci ne fait que projeter une influence de temps en temps et se retire peu à peu à l'arrière-plan. Il ne fait que crier dans le désert, et l'être mental ou vital continue son train-train. »

« L'âme renferme en elle toute la force possible, mais presque toute cette force est cachée derrière le voile et la différence vient de ce qui se révèle dans la nature. Chez certains, l'élément psychique est fort, chez d'autres il est faible ; chez certains, le mental est la partie la plus forte et domine, chez d'autres le vital est le plus fort et guide ou entraîne. Mais par la sâdhanâ, l'être psychique peut être amené de plus en plus au premier plan et finit par prédominer et gouverner le reste. S'il gouvernait déjà, les luttes et les difficultés du mental et du vital n'auraient pas du tout ce caractère d'âpreté ; car chacun, dans la lumière du psychique, verrait et sentirait la vérité et la suivrait de plus en plus. »

*

« Pendant un millier de vies vous avez laissé le psychique à l'arrière-plan et vous vous êtes abandonné au vital. C'est pourquoi le psychique n'est pas vigoureux. »

Et puis, dans une dernière lettre, Sri Aurobindo pose le problème d'une façon presque poignante, nous avons un Guide sûr et magnifique en nous et nous l'envoyons promener... 

« L'âme est le témoin, ce qui soutient, ce qui a l'expérience, mais elle n'est le maître qu'en théorie ; en fait elle est le non-maître, anīśa, tant qu'elle accepte l'Ignorance. Car son consentement est général, ce qui signifie que la Prakriti gambade avec le Pourousha et en fait à peu près ce qu'elle veut.

Quand il veut recouvrer sa maîtrise, mettre la théorie en pratique, il lui faut beaucoup de tapasyâ pour y parvenir.

Le psychique a toujours été voilé, consentant au jeu du mental, du physique et du vital, dépendant d'eux pour tout connaître à la manière ignorante du mental, du vital et du physique. Pourquoi donc seraient-ils obligés de changer dès qu'il prend tout juste la peine de murmurer ou de dire : "Que la Lumière soit" ? Ils ont un pouvoir de négation formidable, ils peuvent refuser, et ne se privent pas de refuser catégoriquement.

Le mental résiste en persévérant avec obstination dans ses arguments et en semant sans cesse la confusion dans les idées,

le vital résiste par une mauvaise volonté acharnée, appuyée sur les raisonnements obligeamment fournis par le mental ;

le physique résiste par une inertie obstinée et une fidélité crasse aux vieilles habitudes, et quand ils en ont fini, la Nature générale apparaît et dit : "Comment, vous ne pensiez tout de même pas vous libérer de moi si facilement ! Vous allez voir !", et elle vous assiège et vous fait rendosser la nature que vous aviez rejetée, autant de fois et aussi longtemps qu'elle peut.

Et vous, vous dites que c'est l'âme qui veut continuer à "prendre du bon temps" et qui va, toute réjouie, en redemander ! »

Conclusion par la pratique

J'ai lu tout cela, médité, plus relu encore, et encore médité et je me suis aperçu que certaines paroles, en tout cas sur moi, avaient plus d'impact que d'autres.

Trois éléments ont été plus forts que les autres.

D'abord aspirer-concentrer, aspirer et concentrer l'attention sur le centre de la poitrine, rassembler la conscience dans la poitrine, profond... 

Aspiration psychique

Rien de très concluant, comme si la concentration durcissait quelque chose. Alors ensuite est venu le fait de lâcher prise avec les mobiles égoïstes, vitaux et mentaux, mais surtout vitaux. Là, c'était plus efficace, des éléments psychologiques étaient balayés pour rester centré sur le fait de devenir l'enfant de Mère, de se consacrer au Divin... 

Et bien que je sentais un travail se faire, je trouvais cela encore trop confus et plutôt laborieux, assez difficile, qu'il ne se passait pas grand chose de vraiment marquant, significatif. Et puis tout à coup, quelque chose s'est enclenché et cela m'a surpris car je ne pensais pas que cela allait... partir de là.

Sri Aurobindo avait bien évoqué l'existence d'un mental intérieur, d'un vital intérieur, d'un physique intérieur... mais je n'y avais pas prêté plus d'attention que cela. Et tout à coup, j'ai senti que le vital intérieur s'ouvrait au psychique, en tout cas il s'ouvrait.

À la fois il y avait une sensation d'ouverture au centre du ventre et la compréhension de ce qu'il se passait. Parfois au niveau du plexus solaire, parfois au niveau du nombril et parfois au niveau du bas ventre, mais toujours à l'intérieur du corps, sur l'axe du périnée au sommet de la tête. 

Alors les mouvements d'énergie ont commencé à devenir forts et puissants. Un grand ménage qui a duré un bonne demi heure. La plupart du temps, des désirs vitaux surgissaient comme sortis de l'inconscient pour être évacués et parfois il s'agissait de très vieux souvenirs. 

Au bout d'un moment, je me suis demandé si le mental intérieur pouvait s'ouvrir de la même façon, et j'ai senti qu'un travail commençait, mais il était en quelque sorte un peu contraint par l'intention que j'avais posé alors qu'au niveau du vital, ce fut spontané, indépendant de ma volonté consciente.

C'est comme si, puisque je n'ai pas réussi à avoir un contact direct avec le coeur, le psychique, est passé par un être intérieur. Et là, dans ma perception, c'était beaucoup plus facile. 

 Cette expérience est évidemment très partielle mais je voulais la partager pour dire que si l'on s'imprègne de ces paroles de Sri Aurobindo, qu'on médite dessus, il est possible qu'il se passe quelque chose.  D'autant qu'il ne s'agit que d'une dizaines de pages, au demeurant très faciles à lire. Et cette transformation psychique est si importante...

Encore que, peut-être que cette méditation-là ressemble plus à un moment calme et tranquille à l'écoute du ressenti profond du coeur... 

Si nous ne percevons pas notre être psychique c'est parce que les voiles du mental, de l'émotionnel, de l'énergie vitale, nerveuse, sensorielle... sont trop épais, trop agités... Si nous parvenons à simplement à amener un peu de calme dans toutes ces couches, un peu de silences, alors une certaine transparence peut commencer à se faire. Alors, à défaut de voir et d'entendre, encore que cela puisse arriver, on peut commencer à ressentir des indications sur comment faire, comment être... 

Mais au départ, il faut se tromper, tâtonner, se débrouiller comme on peut, accepter de passer un bon moment dans la nuit de l'incompréhension, et continuer encore, malgré tout, et s'y coltiner à nouveau, y consacrer du temps... 

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