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Publié par pascalemmanuel

Si nous parvenons à intégrer un peu quelques principes présentés dans ces extraits du chapitre 4 d'Essai sur la Guîtâ de Sri Aurobindo, alors nos vies pourrons sensiblement changer...  

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Nous connaissons l’instructeur divin, nous voyons le disciple humain ; il nous reste à acquérir une idée claire de la doctrine.

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Cette supériorité de l’action faite dans le Yoga à l’inaction du sannyâsa réside dans le vrai renoncement au désir, le renoncement intérieur, par l’égalité d’âme et l’abandon des œuvres au suprême Purusha.

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La Gîtâ garde un équilibre parfait et elle insiste tantôt sur la connaissance, tantôt sur l’action, tantôt sur la dévotion, et cela suivant les besoins de la ligne immédiate de pensée, et non pas pour marquer une préférence envers une voie opposée aux deux autres. Celui en qui toutes trois se rencontrent et s’unissent, celui-là est l’Être suprême, le Purushôttama.

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L’action qu’enseigne la Gîtâ est l’action divine, non l’humaine ; non l’accomplissement de devoirs sociaux, mais l’abandon de tout principe de conduite ou de devoir pour un accomplissement sans égoïsme de la volonté divine opérant par l’intermédiaire de notre nature ; non un service social, mais l’action des meilleurs, des possédés de Dieu, des maîtres hommes, action accomplie impersonnellement pour l’amour du monde et en sacrifice à Celui qui se tient derrière l’homme et la nature. En d’autres termes, la Gîtâ n’est pas un guide de morale pratique, mais de vie spirituelle.

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L’homme divin est, comme l’indique l’instructeur à son disciple, le meilleur, celui qui doit servir de modèle aux autres ; et, en fait, Arjuna a pour mission de vivre selon les plus hauts idéaux de son époque et selon la culture régnante, mais en toute connaissance, avec la compréhension des vérités cachées derrière, et non comme l’homme ordinaire, qui suit simplement les règles et les usages dominants.

Mais le point important ici, c’est que l’esprit moderne a exclu de sa puissance motrice pratique les deux principes essentiels : Dieu (ou l’Éternel) et la spiritualité (ou l’état divin), qui sont les deux conceptions maîtresses de la Gîtâ.

L’homme moderne ne vit que dans l’humain, et la Gîtâ voudrait que nous vivions en Dieu, « quoique dans le monde, mais en Dieu » ; il ne vit que dans sa chair, son cœur et son intellect, et la Gîtâ voudrait que nous vivions dans l’Esprit ; il vit dans l’Être muable qui est « toutes les créatures », mais la Gîtâ voudrait que nous vivions aussi dans l’immuable et le suprême ; il vit dans le cours changeant du temps alors que la Gîtâ demande que nous vivions dans l’Éternel.

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Tout le sujet de l’enseignement, ce qui lui donne naissance et qui force le disciple à chercher le maître, est précisément le conflit inextricable des différentes conceptions apparentées du devoir, conflit qui se termine par l’écroulement de tout l’édifice utilitaire, intellectuel et moral, érigé par l’esprit humain.

Dans la vie humaine, une espèce de conflit s’élève assez souvent, comme par exemple entre les devoirs domestiques et l’appel du pays ou d’une cause, ou encore entre l’appel du pays et le bien de l’humanité ou quelque principe religieux ou moral plus vaste.

Une situation intérieure peut même naître, comme ce fut le cas pour le Bouddha, où tous les devoirs doivent être abandonnés, piétinés et jetés au loin pour suivre l’appel intérieur de Dieu.

Je ne peux pas penser que la Gîtâ eût résolu un pareil problème intérieur en renvoyant le Bouddha à sa femme, à son père et au gouvernement de l’État des shâkyas, ni qu’elle eût ordonné à Râmakrishna de devenir un pandit dans une école de son pays natal pour y enseigner d’une manière désintéressée leurs leçons aux petits enfants ou imposé àVivékânanda de soutenir sa famille et, dans ce but, d’exercer sans passion le droit ou la médecine, ou d’embrasser le journalisme.

La Gîtâ n’enseigne pas l’accomplissement désintéressé des devoirs, mais elle enseigne de suivre la vie divine, d’abandonner tous les dharmas, sarva-dharmân, pour prendre refuge dans le suprême seul ; l’activité toute divine d’un Bouddha, d’un Râmakrishna, d’un Vivékânanda est parfaitement conforme à cet enseignement.

Le Coeur de l'enseignement

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Sans aucun doute, la Gîtâ, comme les Upanishads, enseigne l’égalité d’âme qui s’élève au-dessus du vice et de la vertu, au-delà du bien et du mal, mais seulement, en tant que partie de la connaissance brahmique, pour l’homme assez avancé sur la voie pour suivre la règle suprême.

Elle ne prêche pas l’indifférence à l’égard du bien et du mal dans la vie ordinaire de l’homme, où une pareille doctrine entraînerait des suites les plus pernicieuses ; au contraire, elle affirme que celui qui commet le mal n’atteindra pas Dieu.

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La Gîtâ ne nous enseigne pas à subordonner le plan supérieur au plan inférieur ; elle ne demande pas que la conscience morale qui s’éveille, se suicide sur l’autel du devoir, victime sacrifiée aux lois de l’état social. Elle nous appelle plus haut et non plus bas ; pour sortir de ce conflit des deux plans, elle nous engage à nous élever jusqu’à l’équilibre suprême qui domine à la fois le plan principalement pratique et le plan purement éthique, jusqu’à la conscience brahmique.

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Cette égalité d’âme que prêche la Gîtâ n’est pas le désintéressement, car le grand commandement donné à Arjuna après que les fondements de l’enseignement ont été jetés et la principale structure érigée : « lève-toi, mets à mort tes ennemis et jouis de ton royaume prospère », ne rend pas le son d’un altruisme intransigeant ni d’une abnégation immaculée et sans passion.

C’est un état intime d’équilibre et d’ampleur qui est le fondement de la liberté spirituelle. Dans cet équilibre, dans cette liberté, nous avons à faire « l’œuvre qui doit être faite », phrase que la Gîtâ emploie dans le sens le plus étendu et qui comprend toutes les œuvres, sarva-karmâni, et excède de beaucoup, quoiqu’elle puisse les inclure, le devoir social et l’obligation morale.

Ce n’est pas le choix individuel qui doit déterminer quelle est l’action à faire ; pas davantage le droit à l’action et le rejet de toute prétention à ses fruits ne sont-ils l’ultime parole de la Gîtâ, mais seulement une formule préliminaire qui gouverne le premier état du disciple lorsqu’il commence l’ascension du Yoga.

En fait, cette règle se trouve invalidée à un stade suivant. Car la Gîtâ poursuit en affirmant avec force que l’homme n’est pas l’auteur de l’action qu’il accomplit ; c’est la Prakriti, c’est la Nature, la grande Force en ses trois modes d’action, qui opère par lui et il faut qu’il apprenne à voir que ce n’est pas lui qui agit.

Par conséquent « le droit à l’action » est une idée valable seulement tant que nous restons dans l’illusion d’agir nous- mêmes ; elle doit nécessairement, ainsi que « la prétention aux fruits de l’action », quitter notre esprit dès que nous cessons, à notre propre conscience, d’en être l’auteur. Alors disparaît cette tendance égoïste de tout ramener à soi, qu’il s’agisse du droit à l’action ou à ses fruits.

Mais le déterminisme de la Prakriti n’est pas encore le dernier mot de la Gîtâ.

L’égalité de la volonté et le refus des bénéfices de l’action ne sont que des moyens d’entrer, d’esprit, de cœur et d’intelligence, dans la divine conscience et d’y vivre ; la Gîtâ dit expressément que ce sont les moyens à employer tant que le disciple est par lui-même incapable de vivre ainsi ou même de développer graduellement par la pratique cet état supérieur.

Le Coeur de l'enseignement

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La Prakriti n’est que sa force d’exécution. Le disciple doit s’élever au-dessus de cette force et de ses trois modes ou gunas ; il doit devenir trigunâtîta. Ce n’est pas à elle qu’il doit remettre ses actions, sur lesquelles il n’a plus ni « prétention » ni « droit », mais à l’Être suprême.

Reposant en ce dernier son esprit et son intelligence, son cœur et sa volonté, en toute connaissance de soi, de Dieu et du monde, avec un parfait équilibre, une parfaite dévotion, un complet abandon de soi, il a à accomplir ses œuvres en offrande au Maître de toutes les énergies et de tous les sacrifices, identifié en volonté, conscient de par cette conscience en lui ; Cela prendra la décision et l’initiative de l’action. telle est la solution que le divin instructeur propose à son disciple.

Ce qu’est la grande, la suprême parole de la Gîtâ, son mahâvâkya, nous n’avons pas à le chercher ; car dans sa dernière phrase, note dominante du grand accord, la Gîtâ la révèle elle-même : « De tout ton être, prends refuge dans le seigneur qui siège dans ton cœur ; par sa grâce tu atteindras la paix suprême et l’état éternel. Je t’ai révélé une connaissance plus secrète que la connaissance occulte. Écoute encore ma parole suprême, la plus secrète : l’esprit fixé sur moi, sois-moi dévoué, offre-moi le sacrifice et l’adoration ; infailliblement tu viendras à moi, car tu m’es cher. Renonce à toute règle de conduite et prends refuge en moi seul. Je te délivrerai du péché ; ne t’afflige pas. »

Le système de la Gîtâ se résout en trois degrés par lesquels l’action s’élève du plan humain au plan divin et quitte l’esclavage de la loi inférieure pour la liberté de la loi supérieure.

D’abord, il faut que, par le renoncement au désir et une parfaite égalité d’âme, l’homme, tant qu’il se croit l’auteur de l’acte, accomplisse les œuvres comme un sacrifice, un sacrifice à une divinité qui est le seul et suprême Moi, quoiqu’il ne l’ait pas encore réalisé en lui-même. Tel est le premier degré.

Ensuite l’homme doit abandonner, non seulement le désir du fruit de l’action, mais aussi la prétention d’en être l’auteur, et reconnaître le Moi comme le principe toujours égal, inactif, immuable, et toutes les œuvres comme de simples opérations de la Force universelle, de l’âme de la Nature, de Prakriti, la puissance inégale, active et muable.

Enfin, le suprême Moi doit être vu comme le suprême Purusha gouvernant cette Prakriti, comme le principe dont l’âme dans la Nature est une manifestation partielle et par qui toutes les actions sont régies, en une parfaite transcendance, par l’intermédiaire de la Nature. À lui doivent être offerts l’amour, l’adoration et le sacrifice des œuvres ; l’être humain tout entier doit s’abandonner à lui et la conscience entière doit s’élever jusqu’à vivre dans cette conscience divine, de telle sorte que l’âme humaine puisse participer à sa divine transcendance, au-delà de la Nature et de ses œuvres, et puisse agir en parfaite liberté spirituelle.

Le premier degré est le Karma-Yoga, le sacrifice des œuvres faites sans égoïsme ; et ici la Gîtâ met l’accent sur l’action.

Le second degré est le Jnâna-Yoga, la découverte du Moi et la connaissance de sa vraie nature et de celle du monde ; et ici l’accent est placé sur la connaissance, mais le sacrifice des œuvres reste en vigueur et la voie des œuvres se confond, sans disparaître, avec la voie de la connaissance.

Le troisième degré est le Bhakti-Yoga, l’adoration et la recherche du suprême Moi en tant qu’Être divin. Ici l’accent est sur la dévotion ; pourtant la connaissance ne lui est pas subordonnée ; au contraire par la dévotion elle est surélevée, vitalisée, accomplie, tandis que le sacrifice des œuvres se poursuit ; la double voie devient la triple voie de la connaissance, des œuvres et de la dévotion. Et le fruit du sacrifice est atteint, cet unique fruit qui reste offert au chercheur : l’union avec l’Être divin et l’unité réalisée avec la suprême Nature divine.

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