Encore quelques citations du Matérialisme divin de Satprem et un dernier paragraphe du dernier chapitre, terrible, magnifique et sublime. Très fort, à bousculer, réveiller quelque chose de très profond. 

Dernières citations du chapitre 19 :

Que faisait-il, lui, derrière le rideau ?

Nous en savons si peu de choses vraiment ; quand les disciples insistaient et lui demandaient qu’il explique «son» Supramental (avec une petite pointe de je ne sais quoi, où le doute se mêlait à la foi et au goût du miraculeux, et à une méfiance profonde, inavouée, de la Matière, qui se demandait ce qui allait bien lui tomber sur la tête), Sri Aurobindo répondait patiemment : À quoi cela sert ? Combien comprendraient ? D’ailleurs, la tâche actuelle est de faire descendre le Supramental et de l’installer, non de l’expliquer. S’il s’installe, il S’EXPLIQUERA DE LUI-MÊME – sinon, à quoi sert de l’expliquer. J’en ai parlé dans mes anciens écrits, mais sans réussir à éclairer qui que ce soit. Alors pourquoi répéter l’entreprise ? 17

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Mais Sri Aurobindo voyait tellement plus loin, plus profond, par-delà sa personne : il fallait l’installer, ce Supramental : La descente supramentale signifie exactement que le Pouvoir agira dans la conscience terrestre comme une force vivante, tout comme le mental pensant et le mental supérieur y agissent déjà. 18 

Les disciples protestaient et disaient : mais qui peut vous suivre ? Tout le monde ne peut pas faire le yoga ni l’effort de purification nécessaire (avec un soupir). Et Sri Aurobindo de répondre : Mais justement! c’est pour assurer un chemin plus facile à ceux qui suivront que nous portons ce fardeau… c’est pour eux que je mets tout mon effort à faire descendre la Force supramental dans un temps mesurable.19

.../... 

Elle s’expliquera d’elle-même, peut-être (certainement), mais si seulement nous saisissions quelque lueur du mécanisme en dépit de la «discrétion» de Sri Aurobindo, ce serait peut-être hâter le temps – le temps presse. Mais c’est probablement notre erreur et tout va parfaitement comme ça doit aller. Disons que nous pourrions avoir le privilège d’assister consciemment au passage évolutif au lieu d’aller comme le ouistiti, de branche en branche, qui craquent, sans rien comprendre. Les détails et la méthode des derniers stades du yoga traversent des régions peu connues et inexplorées, je ne les ai pas rendus publics et n’ai pas l’intention de le faire pour le moment. 20  

C’était en 1935. Il ne l’a jamais fait. Il est parti avant de nous dire ce qu’il faisait, constatait Mère. 

Il y avait une raison. Mais c’est pour plus tard.

.../...

Il nous faut le secret.

La plus ancienne indication claire du mécanisme nous est donnée dans une conversation de 1923, quand Sri Aurobindo ne s’était pas encore retiré. «Pouvez-vous nous dire l’état actuel de votre sâdhanâ ?», note ce vieux disciple charmant, disparu, qui s’appelait Purani, auquel nous devons la notation de ces «Entretiens du soir».

Sri Aurobindo répond (d’une voix claire mais basse) : Je ne peux pas appeler cela un état ni une condition. C’est plutôt un mouvement complexe. Je suis engagé maintenant à faire descendre le Supramental dans la conscience physique jusque dans le sub-matériel. Le physique est par nature inerte et ne veut pas devenir conscient. Il oppose une grande résistance parce qu’il ne veut pas changer. On a l’impression de «creuser la terre», comme dit le Véda. C’est littéralement comme de creuser du Supramental là-haut au Supramental en bas. L’être est devenu conscient et c’est un constant mouvement de va-et-vient, montée-descente. Le Véda appelle cela «les deux bouts» : la tête et la queue du dragon qui complètent et embrassent la conscience. Je m’aperçois que tant que la Matière n’est pas supramentalisée, le mental et le vital ne peuvent pas l’être pleinement. Le physique doit donc être accepté et transformé… J’essaye d’amener la strate la plus haute du Supramental dans la conscience physique. 21

17. Correspondence with Nirodbaran, 8.10.35

18. On Himself, 26.146

19. On Himself, 26.465

20. On Himself, (5.10.1935) 26.108

21. Purani, Evening Talks, 11.298

Je m'aperçois à l'instant d'une erreur sur le site aurobindo.ru. Le lien ci-dessous affiche, "La mutation de la Mort", alors qu'il nous conduit bien au "Matérialisme divin". 

Première apparition de la pureté dans l'Inconscient

Première apparition de la pureté dans l'Inconscient

Abordons maintenant les passages de ce dernier chapitre Lui et Elle que j'ai trouvé si poignants. 

Il était proche du but, mais les autres, mais le reste ? À quoi sert d’être supramental tout seul. Les autres rebâtissaient leur petit monde, ils faisaient des O.N.U., des plans : le cauchemar était passé – pas pour eux. Ils savaient, ils voyaient tout ce qui allait émerger : Il fallait que certaines possibilités émergent afin que l’on s’en débarrasse si vraiment un monde nouveau et meilleur doit naître.

C’était en 1948. Le lent, long débarras, la lente poussée des bas-fonds dans tous les coins, tous les peuples, toutes les consciences, la dure catharsis du Subconscient avant que le Pouvoir-de-Vérité puisse se répandre «vague après vague». Tout cela était devant lui, les yeux mi-clos ou grands ouverts dans ce fauteuil vert pâle aux petites arabesques blanches, tandis qu’ils jouaient. Il regardait le mur. 

Il y avait un temps où Hitler triomphait partout et il semblait certain que le joug noir du démon allait tomber sur le monde; mais où est Hitler maintenant, où est son règne ? Berlin et Nuremberg ont marqué la fin d’un terrible chapitre de l’histoire humaine… Mais Sri Aurobindo ajoutait : D’autres obscurités menacent de couvrir d’ombre ou même d’engouffrer l’humanité… (*)

C’était en 1946 – 1946 ! aprèsHitler. Et pourtant, toujours, cette vision longue, sereine, inébranlée : Mais elles passeront aussi comme le cauchemar d’Hitler a passé.

Tiendrait-il tout ce temps-là ? La fracture de la jambe droite était déjà comme un coup de glas. Et ils jouaient, ils envoyaient leurs lettres et leurs lettres, et il dictait dictait… Il «allégeait l’Inconscient».

Elle aussi voyait, et avec cette merveilleuse simplicité cristalline – de l’eau de roche pure –, elle disait aux enfants : On s’est débarrassé de Hitler parce qu’il avait derrière lui toute une nation et un pouvoir physique, et s’il avait réussi, cela aurait été un désastre pour l’humanité, mais on ne se faisait pas d’illusions… Cela ne sert à rien, la mort de l’un ou de l’autre [Staline, Hitler], cela ne sert pas à grand-chose – ça s’en va ailleurs. Ce n’est qu’une forme. C’est comme si tu faisais quelque chose de très mal avec une certaine chemise et que tu jettes ta chemise, puis que tu dises: «Maintenant je ne ferai plus de mal» – tu continues avec une autre chemise! 4 

Ça continue avec une autre chemise, la mort n’est pas une solution! Comme ils voyaient bien cela, cette invisible transmigration de la maladie mortelle – jusqu’à ce qu’on frappe à la racine. La racine terrestre. Il regardait cela dans son fauteuil, il pesait sur le Mur, pesait jusqu’au dernier souffle.

Un mur noir, nu

Et derrière,

Le ciel 5

Il y a quelque chose à déraciner de la conscience terrestre, il y a un sinistre mystère à «élaborer», et comme nous sommes puérils là, dehors, avec nos petites panacées et nos miracles diplomatiques… comme ces enfants qui jouaient autour de son fauteuil. Qu’est-ce qu’il faudra pour que nous comprenions que notre part du mystère est là, dans notre corps, et notre part de la victoire, ou de la défaite ? La mort est toute petite, la mort est à chaque instant. 

Le miracle de la terre est dans nos mains, peut-être. Il regardait, creusait, creusait, et plus il creusait, plus la boue jaillissait. You ought to help… Il faudrait aider.

2. On Himself, 26.171

3. On Himself, 26.169

4. Entretiens, 8.3.51,25.11.53

5. Collected Poems, 5.570

La Volonté Divine agissant dans l'Inconscient 

(*) Note personnelle :

La seconde guerre mondiale La Volonté Divine agissant dans l'inconscient est encore toute chaude, le procès de Nuremberg vient à peine de de se terminer, il y a eu des millions de morts, la barbarie des camps et Sri Aurobindo nous dit que... d'autres obscurités menacent encore d'engouffrer l'humanité ! ! ! Mais ça ne cessera donc jamais ? ? ? Ça donne envie de crier, de hurler, ou d'en finir.... mais justement, ils sont venus, Sri Aurobindo-Mère pour annoncer, dire, révéler et surtout, faire en sorte que la Barbarie finisse enfin.

L'important c'est de toucher enfin la racine qui permet tout ça. Regardons d'un peu plus près avec un autre passage. 

Tes servitudes sur la terre sont plus grandes, ô roi

Que toutes les glorieuses libertés du ciel 24

Nous ne savons pas vraiment ce qu’il faisait, nous ne savons peut-être pas l’énormité que représente cette mort consentie dans un corps dont chaque cellule, chaque atome, était conscient – une mort consciente. Une descente consciente dans un cercueil. Conscient, c’est-à-dire que chaque cellule, chaque atome, tout cela qui formait cette majesté de Sri Aurobindo, entrait les yeux ouverts dans la mort. Qui sait ce que cela veut dire ?…

Un jour, nous, simple débutant, quand nous étions encore rattaché au corps par un fil, nous avons eu l’expérience vivante d’entrer là : c’est impensable d’entrer là. Il n’y a pas de pensée là. Il y a un abîme de basalte noir qui est comme une formidable négation suffocante – ce NON terrible et nu au fond du monde. Ce refus atroce qui étrangle tout ce qui touche là. Une sorte de haine nue de la vie. Quelque chose qui ne pardonne pas à la Vie d’être, et qui veut tout annuler dans son noir de pierre. Un abîme de basalte, sans un souffle, étranglant. C’est peut-être ce Non-là, cette racine, cette «inexorable pierre au fond» qu’il voulait affronter avec toute la lumière de ses cellules conscientes. Entrer là entièrement, consciemment. C’est effrayant.

Cet implacable refus muet dans les profondeurs de la Vie

Ce Non ignorant à l’origine des choses 25

Ce grand Non qui se cache un millier de fois derrière tous les petits faux pas, les petites souffrances, les petits mensonges des gestes, des yeux, du corps, ces milliers de racines de mort qui attendent la grande Mort comme un soulagement à cette misère d’être et de vivre – cette volonté de mort au fond parce qu’on n’a pas trouvé la vraie vie ! parce qu’on n’a pas vécu, la vie ne vit pas ! la vie n’est pas encore la vie : c’est de la mort qui se meut. De la mort en hâte d’en finir de toute cette douleur d’être et de n’être jamais ce qu’il faut, jamais ce qu’on est…

Et derrière – derrière, au fond, sous ce roc-là, ce mensonge, ce non rebelle – autre chose, qui attend l’heure. Oui, ce «puits de miel sous le roc», la Vie qui n’est pas encore. C’est cela, le Supramental: la vraie vie. Celle qui respire sans mort. Celle qui est vraiment, sans une ombre. La Vérité, simplement – vivante. Là, sous ce roc. Là, sous les mille petits non d’un millier de pas qui vont et viennent et montent, descendent, sans savoir, sans vouloir même la Vie. Un automatisme de douleur. Quelque chose qui s’accroche à la mort. Et si on presse là-dessus, c’est comme si on vous déracinait tout entier – trois gouttes de ce Rayon-là, et toutes les petites boues ici, boues là, se mettent à faire des révolutions et des protestations: des dizaines de milliers de lettres.

Quel obscur plongeon désespéré allait-il faire là ? Et pourquoi ce Non, pourquoi tout ça ? Qu’est-ce qui s’est faussé tout d’un coup dans cette Vie ?…

Sri Aurobindo ne nous dira plus jamais son mystère, personne ne lui a posé la vraie question. Mais elle est là, debout, farouche, près de lui – elle n’accepte jamais la défaite. Tout son souffle, vingt-trois ans encore, elle l’emploiera à chaque seconde du jour et de la nuit à arracher ce Mystère-là, cette mort-là dans son propre corps – à reconquérir Satyavan pas à pas et sous des milliers de morts et des milliers d’affreux petits mensonges dont elle sera peuplée, entourée, accablée jusqu’au bout – en chacun elle reconquerra Satyavan. En chacun elle affrontera la mort. Nous ne savons pas, nous ne saurons peut-être jamais tout ce qu’elle a fait, elle aussi… à moins que tout cela ne «s’explique de soi-même», un jour, et la vraie vie, délivrée de sa négation, nous saute à la figure et balaye tous nos pygmées dans un grand rire divin.

Un jour, je reviendrai, Sa main dans la mienne

Et tu verras la face de l’Absolu 26

Et nous croyons bien que le grand balayage des pygmées a commencé.

Sri Aurobindo allait peut-être faire ce grand tremblement de terre du fond. Les pygmées font rage dehors, ils ont perdu la partie. Plus ils enragent, plus leur mort est proche : la mort de la mort.

Chacun – nous sommes chacun devant la mort, notre mort, ou la possibilité de la vraie vie. C’est le moment du choix sur la terre. Nous ne comprenons pas à quel point cette heure est fatidique dans toute l’histoire de l’évolution, comme si la terre était en passe de renaître de fond en comble, ou de mourir dans son trou noir de négation.

Et la victoire est en chacun, la défaite est en chacun : une microscopique petite mort à déraciner en chacun. Comme si la victoire tenait à un grain de poussière : une toute petite adhésion au fond, un tout petit oui qu’on promène partout, en montant les escaliers, descendant les escaliers, marchant, mangeant, à travers tout, en dépit de tout, même de nos propres fautes – un oui imperturbable, à ça, qui est la vraie vie.

Et cette vraie vie-là fera son travail automatiquement, si on penche de son côté. Il faut être du bon côté – du bon côté de l’évolution.

Il faut être vrai.

24. Savitri, 11.1.686

25. Savitri, 3.3.317

26. Savitri, 7.4.521

Témoignage personnel

Les prières de la conscience des cellules ont été faites pour établir la connexion entre la conscience divine qui est tout en haut et la conscience des cellules qui est tout en bas. Or, il y a eut une période dans ma vie où je faisais cette pratique de façon intensive, pendant plusieurs heures par jour. Maintenant, ce n'est que de façon occasionnelle, mais à l'époque, pendant plusieurs années, la pratique était quotidienne.

Et c'est à cette époque-là que j'ai eu l'expérience que cette grande Négation cachée dans nos profondeurs étaient bien réelles. Tant que nous vivons, "normalement", à peu près à la surface des choses, que l'on regarde la télé, passe des soirées entre amis, profitons de la belle nature dans de jolies randonnées, etc. j'imagine qu'il est tout à fait possible de passer sa vie entière sans s'apercevoir qu'on porte ça en soit. 

Curieusement, cela m'arrivait aussi bien de toucher ça quand je posais aux beaux arts parce que l'immobilité de la pose était un moment privilégié pour descendre la conscience dans le corps, que dans certaines longues pratiques de qi gong. 

On reproche parfois à Satprem sa négativité, son pessimisme, ce genre de choses. Bien sûr l'expérience des camps a laissé des traces mais je crois surtout qu'il touchait très bien cette Négation cachée. 

Elle est la source secrète, la cause de tous nos malheurs, de toutes nos misères, de nos dépressions et de nos maladies et de nos autodestruction....

Et curieusement, en nous, cela se manifeste par de minuscules points de résistance.

Pendant les prières des cellules, des centaines de fois, il y a eut la perception claire d'un point minuscule, une tête d'épingle, quelque part dans le corps, dans la conscience corporelle, qui ne veut pas de la Lumière, de la Vie et de l'Amour. Et plus le point est petit, plus il refuse de toutes ces forces jusqu'à devenir brûlant. Une sorte d'incapacité viscérale à s'ouvrir, faire confiance etc...

Oh ! Mais la façade sociale, psychologique, relationnelle est sauve, et franchement, réellement, on peut vivre très bien et même rigoler sans savoir que, caché dans nos profondeurs, il y a des points comme cela qui sommeillent. 

Cela a peu à voir avec notre mentalité extérieure, notre psychologie, cela parait si profond que, presque, cela ne semble pas humain, comme une très-très-très vieille mémoire. 

Et si l'on est à peu près centré, équilibré, finalement, cela ne dérange pas trop. Par contre, de l'instant où l'on essaye de purifier-convertir ce point-là, on à l'impression de faire face à toute la résistance du monde. C'est invraisemblable  comment cela résiste et comment cela fait mal, une drôle de douleur à vrai dire. Comment un point si minuscule peut faire si mal ; on a envie de crier, de hurler... je ne compte plus les fois où je constatais cela un peu ahuri, incrédule, et pourtant si fort, si intense, si douloureusement réel, même s'il s'agissait d'une réalité intérieure très profonde, qui, apparemment, ne nous empêche pas de vivre. 

Sauf que ce point minuscule semble désirer la mort, et peut-être comme le dit Satprem parce qu'il est furieux de ne pas réussir à  être, à trouver la vraie vie. Parce que, ce que les gens appellent la vie, aller au restaurant, au cinéma, en boite, avoir des relations mondaines, faire des enfants, et patati et patata.  Pour ce point-là, tout ça, ça ne le comble pas, pour lui, la vraie vie, ce n'est pas ça, cela doit être autre chose... 

Alors, en redécouvrant ce texte, une douleur très profonde a été réveillée, cette profonde négation des choses, d'une certaine façon, je la connais bien, je me suis souvent battu avec elle...

C'est assez difficile de trouver la vibration capable de faire céder ça. Pendant la bataille intérieure, toute sorte d'attitude sont utilisées, toute à peu près aussi inefficace les unes que les autres. Même l'offrande de la difficulté au Divin est parfois inopérante : nous voulons offrir la chose mais la chose elle-même s'accroche, s'incruste, refuse.

Après avoir lu ce chapitre, je me suis réveillé tendu et angoissé et comme souvent dans ces cas-là, je pratique le japa des cellules et au bout d'un certain temps, ça va, c'est nettoyé, clarifié. Là, il m'a fallu deux heures pour que cela s'apaise.

Dans ce japa là, le fait intéressant, est qu'à plusieurs reprises j'ai été traversé par une sorte d'état de conscience, pendant quelques secondes, et je me disais : "ça doit être ça, un état impersonnel, transparent, sans ego..." Alors une réaction égotique, personnelle revenait et je voyais très bien la différence. Un état de conscience sans réaction personnelle ou avec des réactions personnelles. Dans un cas, la conscience personnelle était consciente de ce qui se passait mais indifférente, et dans l'autre, il y avait toute sorte de réactions de l'égo mental, émotionnel, sensoriel.

Et plusieurs fois, j'ai pu comparer les deux états. Et ça fait une grande différence. Le premier donnait aussi une impression d'immensité, de quelque chose de fort, de vaste, de stable, presque puissant, dans son immobilité, et "neutre-pas neutre", parce que tout de même, sans parole, on sentait que cette Force avait une intention, presque immobile. Le second donnait une impression de retomber dans la  petitesse, plus agité, dans lequel il est nécessaire de se battre, les tensions apparaissent.

À d'autres moments pendant ce japa, il y avait la puissante influence du OUI de Satprem et alors, cela avait un effet merveilleux. Au lieu de l'impression de pilonner le point de résistance avec le canon de la conscience, une concentration très focalisée sur le point, d'un seul coup, cela devenait vaste comme le monde avec l'impression de soulever le point sans même chercher à le modifier. 

Je ne veux pas dire que "mon petit moi à moi" devenait vaste comme le monde, cela ne doit pas être ça du tout, mais plutôt, que quand on parvient pendant une seconde ou deux à "s'oublier-sans s'oublier", par ce que le petit "je" ne disparait pas par l'opération du Saint Esprit, alors on sent le monde tel qu'il est vaste, on perçoit la Conscience telle qu'elle est, une et vaste...

Et puis, dans ces moments-là, cela donne l'impression que ces points de résistance sont à la fois personnels et pas personnels, que cela touche des points symboliques dans la façon même dont on est construit.

Les  petits saints humanitaires et philanthropiques et pacifistes et écologiques se perpétuent de générations en générations sans que la racine profonde du malheur ne soit touchée. Alors, cela vaut le coup de suivre l'hypothèse proposée par Satprem. En définitive, il se pourrait que le oui soit le plus puissant mantra de l'humanité.

Est-ce que l'humanité va se suicider, possibilité envisagée même par Sri Aurobindo, désespérée de ne pas trouver le vrai sens de sa destinée magnifique, et continuer de dire non au Divin, non à la Conscience, NON à l'Esprit, non aux choses belles, pures et et vraies.... ou bien va t'elle enfin dire OUI à la vie nouvelle, à l'Avenir, à la conscience-force-de-vérité.... 

J'avais lu Le Matérialisme divin il y a longtemps, je ne me rappelle pas avoir autant été secoué, un peu KO, je vais prendre quelques temps avant de relire le tome deux, L'Espèce nouvelle.

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