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Publié par pascalemmanuel

Suite et fin des extraits du chapitre 15 du Matérialisme divin de Satprem :

L’homme divin

Car le Supramental est un fait évolutif aussi inévitable que l’apparition du végétal ou de l’animal sur la terre, et même si personne n’y croyait, tout le monde irait là. C’est bien la première fois sur la terre qu’un de ceux que nous appelons les «pionniers» de l’évolution venait pour faire, ouvrir le chemin, non pour enseigner, prêcher, révéler. Ici, le chemin s’ouvre dans le corps, non dans la pensée. S’il s’ouvre dans un corps humain, il s’ouvrira dans le corps de la terre, automatiquement.

Et toutes les paroles n’y changeront rien. Mais nous pouvons comprendre, fût-ce dans notre mental, nous pouvons accélérer le processus évolutif – raccourcir la misère. Et peut-être, même, pouvons-nous trouver un intérêt tout nouveau au monde et voir dans une multitude de détails microscopiques, matériels, se dérouler la formidable transition que les précédentes espèces ont vécue dans l’ignorance.

Mais cette fois, une bien plus formidable transition que celle du singe à l’homme puisqu’il s’agit de sortir de l’évolution animale : ce n’est plus la Matière qui va créer de nouvelles formes par tâtonnements successifs, c’est la Conscience elle-même qui va directement créer ses formes, cette Conscience enfouie dans la Matière et qui a pris tant de millions d’années et d’instruments innombrables pour affleurer dans un corps humain.

Au lieu d’un cerveau, elle va se servir d’autre chose. C’est la fabrication de cette «autre chose» qui est en cours – il n’y a rien à enseigner, rien à croire, il y a à voir. Seulement il faut regarder dans le bon sens. Alors notre cerveau pourra utilement remplir sa tâche observatrice qui est sa vraie fonction évolutive, jusqu’à ce que nous passions radicalement dans une autre forme.

Les milliers de pages de Sri Aurobindo, au fond, nous invitaient à jouir du spectacle au lieu d’être ballottés sans rien comprendre et de colmater des vieilles fissures qui sont aussi incolmatables qu’un tremblement de terre. Nous sommes dans le grand tremblement de Conscience dans la Matière.

…/...

Et Sri Aurobindo soulignait bien que l’«Aryen» est avant tout un conquérant de soi (la racine ar veut dire labourer, combattre) : L’Aryen est celui qui combat et surmonte tout ce qui, en lui-même ou hors de lui-même, fait obstacle au progrès humain. La conquête de soi est la première loi de sa nature – et en effet, il s’agit de conquérir quelque chose de très difficile sur sa propre matière contre des millénaires d’habitudes évolutives. C’est un yoga fait pour les conquérants et les héros.

…/...

Et Sri Aurobindo, dans ce premier numéro de l’Arya, énumérait ainsi les trois conquêtes de l’Aryen, dans l’ordre : 

Il triomphe de la matière et du corps et n’accepte pas, comme l’homme ordinaire, leur inertie, leur pesanteur, leur routine mortelle et leurs limitations…

Il triomphe de la vie et des énergies vitales en refusant d’être dominé par leurs appétits, leurs désirs, et asservi par des passions…

Il triomphe du mental et de ses habitudes ; il ne vit pas dans une coquille d’ignorance, de préjugés héréditaires, d’idées communes et d’opinions agréables… Tout un programme.

Dans un pays voué depuis deux mille cinq cents ans à la contemplation extatique, Sri Aurobindo apportait l’épée, comme il l’avait apportée aux pacifiques congressistes qui cherchaient l’indépendance par des discours politiques. La «révolution armée», il la transportait dans son yoga; l’«indépendance», il la cherchait jusque dans le corps.

Après cinquante ans de «non-violence» dont on nous a rebattu les oreilles comme de la suprême panacée, nous voyons aujourd’hui, jusque dans l’Inde, nos prétendus pacifismes nous sauter à la figure du fond d’entrailles obscures vêtues de lin immaculé, parce que nous n’avons pas eu le courage de descendre jusque là pour porter la guerre jusque là.

Non, ce n’est pas la non-violence qui a libéré l’Inde, jamais, c’est la Force même mise en branle par Sri Aurobindo au début du siècle, et en dépit de la non-violence.

Encore un «mythe sacré» que l’on n’ose pas trop dire à une époque où les pygmées spirituels sont rois. 

Il ne peut pas y avoir de vraie paix tant que le cœur de l’homme ne méritera pas la paix : la loi de Vichnou [le dieu d’amour] ne peut prévaloir tant que la dette de Roudra [le dieu de la destruction] ne sera pas payée.

Alors se détourner pour prêcher la loi de l’unité et de l’amour à une humanité encore non évoluée ?

Des instructeurs de la loi de l’amour et de l’unité, il faut qu’il y en ait, certes, car c’est par cette voie que viendra l’ultime salut. Mais tant que l’Esprit des Temps ne sera pas prêt dans l’homme, la réalité ultime et intérieure ne peut pas prévaloir sur la réalité immédiate et extérieure.

Le Christ et le Bouddha sont venus et partis, mais c’est Roudra qui tient toujours le monde dans le creux de sa main. En attendant, le féroce labeur de progrès d’une humanité tourmentée et opprimée par des pouvoirs qui sont les profiteurs et serviteurs. 27

Quand son Ashram n’était pas même encore fondé, au milieu de la Grande Guerre, Sri Aurobindo déclarait : J’ai besoin d’hommes forts. Je n’ai pas besoin d’enfants émotifs. 28 

Et en effet, il faut être bien trempé pour descendre dans les secrets du corps.

Et l’immobilité absolue. Rien ne bougeait dans Sri Aurobindo, pas un frisson de pensée, pas une vibration émotive – Sri Aurobindo c’était l’impersonnalité complète, comme l’air d’une haute montagne, pur, cristallin.

Et là-dedans, ce volcan. Un volcan immobile. Vraiment l’union des deux pôles: le dynamisme absolu dans l’immobilité absolue, comme si ce Dynamisme même naissait de cette Immobilité même. Car telle est la conscience supramentale : tous les contraires se changent en une troisième chose qui est leur force vraie. 

…/...

Dans une lettre de 1915, Sri Aurobindo écrivait : Mon «enseignement» maintenant est que le monde se prépare à un nouveau progrès, à une évolution nouvelle. Quelle que soit la race, quel que soit le pays qui saisira la ligne de cette évolution nouvelle et la réalisera, sera le conducteur de l’humanité. 34 

Il pensait à l’Inde, bien entendu, s’ils ne copient pas purement et simplement la politique européenne, mais il pensait aussi à la France à laquelle il se sentait «attaché comme à un deuxième pays». 35

Avec la qualité intellectuelle de la France, la qualité de son esprit, disait Mère, le jour où elle sera vraiment touchée spirituellement, ce sera quelque chose d’exceptionnel. Sri Aurobindo aimait beaucoup la France. Je suis née là-bas – il y a certainement une raison. Pour moi, je sais très bien: c’était la nécessité de la culture, de l’esprit clair, précis, du raffinement de la pensée, du goût, de la clarté d’esprit – il n’y a pas de pays au monde comme cela. Il n’y en a pas. Et Sri Aurobindo aimait la France à cause de cela aussi, beaucoup, beaucoup. Il disait que pendant toute sa vie en Angleterre, il aimait beaucoup plus la France que l’Angleterre !… Il y a une raison. (*)

Peut-être la France saura-t-elle trouver la raison et «saisir la ligne» de cette évolution nouvelle.

Alors nous retrouverons peut-être ce que nous avons oublié depuis certaine révolution qui a changé la face de l’Europe et qui était vraiment le premier lointain carillon du monde nouveau. Car il semblerait juste que le pays de l’intelligence claire soit le premier à avoir assez de clarté pour détrôner le roi caduc du Mental et faire la révolution de la conscience.

Et la face du monde en serait changée.

Un seul peuple qui ait le courage de faire la grève du Mental et de ses moyens et de ses institutions.

Quand il a lancé l’Arya, Sri Aurobindo prévoyait mille exemplaires pour l’Inde, et il cherchait 250 souscripteurs pour la France.


Notes :

27. Essays on the Gita, 13.372

28. Early Letters, 27.480

34. Early Letters, 27.475

35. On Himself, 26.7

(*) Agenda du 3 juillet 1963)
 

Si la France comprenait...

Dans la crise actuelle, si la France pouvait comprendre la nature de la crise que nous traversons, certainement cela pourrait accélérer sa résolution...

Une nouvelle conscience est à l'oeuvre, non pour restaurer ou même améliorer l'ancien mais pour élaborer une nouvelle création, une nouvelle façon d'agir, de vivre et d'être...

Se tourner résolument vers cette nouvelle conscience, s'y ouvrir et la recevoir et la laisser travailler en nous, dans notre mental, notre coeur, nos énergies, notre corps est l'une des clefs décisive pour notre avenir...

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