Trois Entretiens de Mère m'ont beaucoup touché. Ils parlent de la nécessité de faire confiance, de s'abandonner et de la foi. Dans la situation actuelle, indépendamment même de la démarche spirituelle, cela me semble important et utile de les partager.

Je vous invite aussi à écouter l'enregistrement audio du second audio parce que la voix de Mère ajoute vraiment quelque chose, une dimension émotionnelle, affective très forte. Si on ne sent pas l'Amour en les écoutant, ben alors, la situation est désespérée 😁

Extrait de l'Entretien du 10 février 1951 - Page 100 (Lien)

S'il faut trente-cinq ans pour changer son caractère, comment peut-on, dès maintenant, faire sa soumission totale au Divin ?

Cela peut aller plus vite, vous savez ! Cela dépend du chemin que l'on suit.

Vous vous rappelez que nous avions parlé de l'attitude du petit chat et du petit singe (1). Si l'on consent à être comme un petit chat docile (il y a aussi des petits chats qui sont très indisciplinés, je les ai vus), comme un petit enfant docile, cela peut aller très vite.

(1) Shrî Râmakrishna disait que le disciple peut choisir entre deux attitudes : la confiance passive du petit chat qui se laisse porter par la mère (c'est la voie de la soumission, la plus sûre) et l'attitude active du petit singe qui se cramponne à la mère (c'est la voie de l'effort personnel).

 

Avec le petit chat et le petit singe, il y a encore une autre façon de se laisser porter avec ce petit cygne. Merci à mon ami Jean-Pierre en vacances en août avec moi pour cette photo délicieuse...

Suite de l'Entretien :

Notez que c'est très facile de dire : "Choisissez l'attitude du petit chat", mais ce n'est pas si facile à faire. Il ne faut pas croire que d'adopter l'attitude du petit chat, vous dispense de tout effort personnel. Parce que vous n'êtes pas un petit chat, les êtres humains ne sont pas des petits chats !

Il y a en vous d'innombrables éléments qui ont l'habitude de n'avoir confiance qu'en eux-mêmes, qui veulent faire leur propre besogne, et il est beaucoup plus difficile de contrôler tous ces éléments que de se laisser aller en toutes circonstances. C'est très difficile.

D'abord, il y a toujours ce merveilleux travail de la pensée qui aime tant observer, critiquer, analyser, douter, essayer de résoudre le problème, dire : "Est-ce bien comme cela ?", "Ne serait-ce pas mieux comme ceci ?" et ainsi de suite. Alors ça marche et ça marche, et où est le petit chat ?... Car le petit chat ne pense pas ! il est libre de tout cela et c'est pour cela que c'est beaucoup plus facile.

Quel que soit le chemin que vous suiviez, l'effort personnel est toujours nécessaire, jusqu'au moment de l'identification. À ce moment-là, tout effort tombe de vous comme un manteau usé, vous êtes une autre personne; ce qui vous était impossible devient non seulement possible mais indispensable, vous ne pouvez pas faire autrement.

Il faut être attentif, silencieux, attendre l'inspiration intérieure, ne faire rien par des réactions extérieures, être mis en mouvement par la lumière qui vient d'en haut, constamment, régulièrement, n'agir que sur l'inspiration de cette lumière-là et pas autre chose. Ne jamais penser, ne jamais questionner, ne jamais se demander : "Faut-il faire ceci ou cela ?", mais... savoir, voir, entendre. Agir avec une certitude intérieure sans question et sans doute, parce que la décision ne vient pas de vous, elle vient d'en haut.

Eh bien, cela peut venir très vite, ou il faut attendre peut-être longtemps — cela dépend de la préparation antérieure, cela dépend de beaucoup de choses. Jusque-là, il faut vouloir et vouloir avec persistance, et surtout ne jamais perdre patience ni courage. Si nécessaire, il faut répéter la même chose mille fois, en sachant que peut-être la millième fois vous arriverez au résultat.

Vous n'êtes pas fait d'un seul morceau. Votre corps actuel est parfois un accident. Si vous avez au-dedans de vous une âme consciente qui a influencé la formation de votre corps, vous êtes infiniment plus préparé que quelqu'un, une âme, qui tombe la tête la première dans un corps sans savoir où il va ; dans ce cas, il faut beaucoup travailler pour relever la conscience qui est ainsi tombée dans l'obscurité.

La préparation intérieure peut venir de vies antérieures ou de la vie actuelle; ou bien vous êtes arrivé à un tournant de votre développement universel et vous êtes en relation exacte avec les circonstances nécessaires pour faire un dernier pas. Mais cela ne veut pas dire que vous n'ayez pas vécu un millier de fois avant d'arriver à ce tournant.

Entretien du 26 mars 1958 – Page 336

« On a suggéré pertinemment que si un tel sommet évolutif [l’être supramental] est prévu et que l’homme doive être le moyen de l’atteindre, seul un petit nombre d’êtres humains spécialement évolués formeront le nouveau type et avanceront vers la vie nouvelle.

Ceci fait, le reste de l’humanité se laissera retomber de son aspiration spirituelle qui ne sera plus nécessaire pour le but de la Nature, et restera tranquillement à son état normal.

On peut aussi soutenir que l’échelon humain doit être maintenu s’il y a vraiment, par la réincarnation, une ascension de l’âme à travers les divers degrés de l’évolution jusqu’au sommet spirituel; car autrement, le plus nécessaire des échelons intermédiaires manquerait.

Convenons tout de suite qu’il n’y a pas la moindre probabilité, ni même la moindre possibilité, pour que l’espèce humaine tout entière s’élève en bloc jusqu’au niveau supramental.

Nous ne suggérons rien d’aussi étonnant, d’aussi révolutionnaire, mais seulement la possibilité pour la mentalité humaine, quand elle a atteint un certain niveau ou un certain point de tension dans son élan évolutif, de pousser en avant vers un plan supérieur de conscience et de l’incarner dans l’être.

Par cette incarnation, l’être subira nécessairement un changement par rapport à la constitution normale de sa nature; certainement un changement dans sa constitution mentale, émotive et sensorielle; il y aura aussi, dans une grande mesure, un changement dans la conscience corporelle et le conditionnement physique de notre vie et nos énergies.

Mais le changement de la conscience sera le facteur principal, le mouvement initial, tandis que la modification physique sera un facteur subordonné, une conséquence.

Cette transmutation de la conscience demeurera toujours possible pour l’être humain si la flamme de l’âme, l’embrasement psychique, devient puissant dans le cœur et le mental et si la nature est prête.

L’aspiration spirituelle est innée chez l’homme; car, à l’encontre de l’animal, il est conscient des imperfections et des limitations, il sent qu’il lui faut atteindre quelque chose par-delà ce qu’il est maintenant; il est donc peu probable que cette incitation à se dépasser soi-même s’éteigne jamais complètement dans l’espèce.

Le statut mental humain existera toujours, mais il sera là, non comme un simple degré dans l’échelle des renaissances, mais comme une étape tournée vers le statut spirituel et supramental. »

(L’Évolution spirituelle, p. 23-24)


Commentaire de Mère :

Il est évident que ce qui caractérise spécialement l’humanité, c’est cette capacité mentale de se regarder vivre. L’animal vit spontanément, automatiquement, et s’il se regarde vivre, ce doit être à un degré tout à fait infime et sans importance, et c’est pour cela qu’il est paisible, qu’il ne se tourmente pas. Même si un animal souffre parce qu’il lui est arrivé un accident ou qu’il est malade, cette souffrance est réduite au minimum par le fait qu’il ne l’observe pas, qu’il ne la projette pas dans sa conscience et dans l’avenir, qu’il ne se fait pas des idées sur sa maladie ni sur son accident.

Avec l’homme, a commencé ce souci perpétuel de ce qui va arriver, et ce souci est la cause principale, sinon unique, de son tourment. Avec cette conscience qui s’objective, a commencé l’anxiété, les imaginations douloureuses, le souci, le tourment, cette prévoyance des catastrophes futures qui fait que la majorité de l’humanité — et non la moins consciente : la plus consciente — vit dans un tourment perpétuel. Il est trop conscient pour être indifférent, il n’est pas assez conscient pour savoir ce qui se passera. Vraiment on pourrait dire sans se tromper que de toutes les créatures terrestres, il est la plus misérable. L’être humain est habitué à être comme cela parce que c’est un état atavique qu’il hérite de ses ancêtres, mais c’est vraiment une condition misérable.

Et c’est seulement avec cette capacité spirituelle de s’élever à un niveau supérieur et de remplacer l’inconscience de l’animal par une super-conscience spirituelle, que s’introduit dans l’être non seulement la capacité de voir le but de l’existence et de prévoir l’aboutissement de l’effort, mais aussi une confiance clairvoyante en une puissance spirituelle supérieure à laquelle on peut s’abandonner, se confier, donner la charge de sa vie et de son avenir, et ainsi abandonner tout souci.

Il est évidemment impossible pour l’homme de redescendre au niveau de l’animal et de perdre la conscience qu’il a acquise; par conséquent, pour lui, il n’y a qu’un moyen, un chemin pour sortir de la condition que moi j’appelle misérable, dans laquelle il se trouve, et surgir dans un état supérieur où le souci est remplacé par l’abandon confiant et la certitude de l’aboutissement lumineux — ce moyen, c’est de changer de conscience.

À vrai dire, il n’est pas de condition plus misérable que d’être responsable d’une existence dont on n’a pas la clef, c’est-à-dire dont on ne possède pas les fils qui peuvent conduire et résoudre les problèmes.

L’animal ne se pose pas de problèmes : il vit. Son instinct le pousse, il dépend d’une conscience collective qui a une connaissance innée et qui est supérieure à lui-même, mais c’est automatique, spontané, il n’a pas besoin de le vouloir et de faire effort pour que ce soit, c’est tout naturellement comme cela; et comme il n’est pas responsable de sa vie, il ne se fait pas de souci.

Avec l’homme, naît ce sens d’avoir à dépendre de soi-même, et comme il n’a pas la connaissance nécessaire, il s’ensuit un tourment perpétuel. Ce tourment ne peut cesser qu’avec la soumission totale à une conscience supérieure à la sienne, à laquelle on peut se confier totalement, remettre le souci de soi-même et laisser le soin de diriger la vie et de tout organiser.

Comment résoudre un problème quand on n’a pas la connaissance voulue ? Et le malheur est que l’homme croit qu’il a à résoudre tous les problèmes de sa vie, et il n’a pas la connaissance nécessaire pour le faire. C’est la source, l’origine de tous les tourments. Cette question perpétuelle : «Qu’est-ce qu’il faut faire ?... » à laquelle s’ajoute une autre encore plus aiguë : « Qu’est-ce qui va arriver ? », et en même temps, plus ou moins, l’incapacité de répondre.

C’est pour cela que toutes les disciplines spirituelles commencent par la nécessité d’abandonner toute responsabilité et de s’en remettre à un principe supérieur. Autrement la paix est impossible.

Et pourtant, la conscience a été donnée à l’homme pour qu’il progresse, pour qu’il découvre ce qu’il ne sait pas, pour qu’il développe ce qu’il n’est pas encore ; et ainsi, on peut dire qu’il y a un état supérieur à celui d’une paix immobile et statique : c’est une confiance suffisamment totale pour que l’on puisse garder cette volonté de progrès, conserver l’effort de progrès, en le débarrassant de toute anxiété, de tout souci des résultats et des conséquences.

C’est cela qui est un pas en avant sur les méthodes que l’on pourrait appeler « quiétistes », qui se basent sur le rejet de toute activité et l’immersion dans une immobilité et un silence intérieur, qui abandonnent toute vie parce qu’il avait été senti tout de suite que sans la paix on ne peut pas avoir une réalisation intérieure, et tout naturellement on a pensé que l’on ne pouvait pas avoir la paix tant que l’on vivait dans les conditions extérieures, dans cet état d’anxiété du problème qui se pose et que l’on ne peut pas résoudre parce que l’on n’a pas la connaissance pour le faire.

Le pas de plus, c’est de faire face au problème, mais avec le calme et la certitude d’une confiance absolue en la Puissance suprême qui sait, et qui peut vous faire agir. Et alors, au lieu d’abandonner l’action, on peut faire l’action dans une paix supérieure qui est forte et active.

C’est ce que l’on pourrait appeler un nouvel aspect de l’intervention divine dans la vie, une nouvelle forme de l’intervention des forces divines dans l’existence, un nouvel aspect de la réalisation spirituelle.

Commentaire personnel :

L'autre jour, je lisais le début du Journal du Yoga de Sri Aurobindo, et d'un même élan j'ai reposé le livre en me disant : "c'est trop difficile, il faut s'abandonner, c'est la meilleure solution...". Ce qui m'a surpris c'est que cette parole a jailli du centre de la poitrine et semblait venir d'un tout petit point, profond....

C'est cela, soit nous faisons des efforts personnels, et j'en fais un certain nombre et si se transformer était simple, cela se saurait depuis le temps, et le monde ne serait pas dans cet état. Ou alors, on apprends à se donner au Divin, à s'abandonner à la Mère divine, à la Conscience divine, à lâcher prise, à redevenir des petits enfants comme disait l'autre...

Le truc, c'est que nous ne voulons pas attendre les bras ballants, nous voulons participer à la création de ce nouveau monde...

Un autre aspect de la même chose m'a interpellé. Sri Aurobindo-Mère parlent beaucoup de la soumission au Divin. Il parait qu'en anglais le mot surrender ajoute quelque chose qui relève plus du don de soi, je ne sais pas. Mais ce qui m'a surpris c'est que dans les deux derniers chapitres de La Vie Divine, quand Sri Aurobindo parle de l'être supramental, de l'être gnostique, la soumission au Divin est encore là et Il explique même qu'elle est la condition de... la liberté absolue. 

Comment une absolue soumission peut-être être la condition d'une liberté absolue ? ? ?

Si nous ne comprenons pas c'est qu'il y a quelque chose à comprendre. C'est un point clef, absolument central, cela vaut le coup de chercher à y voir plus clair, d'y passer du temps pour bien comprendre...  

Mère, dans un autre Entretien apporte un élément de réponse en disant qu'au niveau supramental, il n'y a plus la nécessité de l'obéissance car la volonté divine se réalise automatiquement, de façon naturelle et spontanée par ce que nous sommes dans l'unité parfaite avec le Divin. 

Nous pouvons aussi descendre plus bas et regarder aborder un autre aspect de la question, plus simple. 

En France, par exemple, paraît-il que nous voulons pas de la soumission, que nous serions un peuple ingouvernable, que nous serions sans arrêt à grogner, ce genre de choses. Il y aurait même, la belle rigolade, la France Insoumise. 

En fait, si nous avons envie de morceaux de chocolat, d'une pâtisserie, d'une clope, d'un verre d'alcool, d'une relation sexuelle, d'une soirée télé, de toutes sortes de choses, nous parfois complètement soumis à nos petits esclavages, nos petites dépendances alimentaires, affectives etc. 

Et puis, il y a toutes les soumissions professionnelles et sociales avec le port du masque etc. etc. etc. C'est absolument terrible ce qu'il se passe dans la société, tout le monde le voit et le sait.

L'idée simple qu'il est très facile de comprendre, puisque la soumission fait partie de notre nature, de notre comportement, il faut remplacer la soumission à la nature inférieure par la soumission à la nature supérieure, spirituelle. Il faut remplacer la soumission aux autorités extérieures, fausses, artificielles et mensongères, par la soumission à l'Autorité intérieure. Et cette autorité intérieure, naturelle et vraie, ne peut être que la présence divine, le Soi, le Moi supérieure, la Conscience divine, la conscience suprême en nous... peu importe les noms.

Si au moins nous intégrions cela, ce serait un bon début... 

Mais les gens n'en veulent pas de l'Autorité intérieure, cela ne les intéresse pas, alors ils sont soumis aux autorités extérieures. Cela me semble aussi évident que... des vases communicants.

Il y a là, à mon sens, une clef vers une sorte de transfert de pouvoir, une issue possible. Si nous nous tournons vers cette Autorité intérieure, cette Autorité est si grande, si puissante.... qu'elle saura nous guider avec les autorités extérieures, nous libérer des autorités extérieures.

Voilà, je voulais partager ces points, il me semble que cela apporte quelque chose d'utile...

Quand au troisième Entretien sur la Foi, je trouve qu'il est une aide absolument FORMIDABLE..... Combien d'erreurs aurions-nous évités si nous avions appris cela étant jeune ? Beaucoup de temps gaspillé et d'énergie perdue,  alors utilisons mieux le temps qui nous reste.  

Entretien du 9 juillet 1958

« La religion s’est d’elle-même exposée au démenti par sa prétention à décider de la vérité par autorité divine, par inspiration, par une souveraineté sacro-sainte et infaillible qui lui aurait été octroyée d’en haut.

Elle a cherché à s’imposer sans question ni discussion à la pensée, aux émotions, à la conduite humaine.

Or c’est une prétention excessive et prématurée, bien qu’en un sens elle s’impose à la pensée religieuse par le caractère impérieux et absolu des inspirations et des illuminations qui sont sa garantie et sa justification, et par la nécessité de la foi qui, au milieu de l’ignorance, des doutes, des faiblesses et des incertitudes du mental, joue le rôle de lumière et de pouvoir occultes venant de l’âme.

La foi est indispensable à l’homme, car sans elle, il ne pourrait pas progresser dans son voyage à travers l’inconnu.

Mais elle ne doit pas être imposée; il faut qu’elle vienne comme une libre perception ou comme une direction impérative de l’esprit intérieur.

On ne pourrait légitimement exiger de l’homme une adhésion sans discussion que s’il était déjà parvenu au terme de sa progression, grâce à l’effort spirituel, et avait atteint la plus haute Conscience-de-Vérité, une conscience totale et intégrale, libre de tous les mélanges de l’ignorance mentale et vitale.

Tel est bien notre but final, mais il n’a pas encore été atteint, et les prétentions prématurées de la religion ont obscurci l’œuvre véritable de l’instinct religieux dans l’homme, qui est de le conduire vers la Réalité Divine, de donner forme à tout ce qu’il a déjà accompli dans cette direction et d’apporter à chaque être humain le moule d’une discipline spirituelle, un moyen de chercher la divine Vérité et de s’en approcher et de la toucher, un chemin qui soit conforme aux potentialités de sa nature. »

(L’Évolution spirituelle, p. 49-50)

Douce Mère, peut-on augmenter la foi par un effort personnel ?

La foi est certainement un cadeau que nous fait la Grâce divine. C’est comme une porte qui s’ouvre soudain sur une vérité éternelle et par laquelle nous pouvons la voir, presque la toucher.

Comme toute chose dans l’ascension humaine, il y a (surtout au début) la nécessité d’un effort personnel.

Il se peut qu’en certaines circonstances exceptionnelles, pour des raisons qui échappent totalement à notre intelligence, la foi arrive comme un accident, d’une façon tout à fait inattendue, presque sans avoir été jamais sollicitée; mais dans les cas les plus fréquents, c’est toujours une réponse à un désir, un besoin, une aspiration, quelque chose dans l’être qui cherche et qui veut, même si ce n’est pas d’une façon très consciente et systématique. Mais en tout cas, quand la foi a été octroyée, quand on a eu cette illumination soudaine et intérieure, pour la conserver d’une façon constante dans la conscience active, l’effort individuel est tout à fait indispensable.

Il faut tenir à sa foi, vouloir sa foi, il faut la rechercher, la cultiver, la protéger. 

Il y a, dans le mental humain, une habitude morbide et déplorable de doute, de discussion, de scepticisme. C’est que doit s’exercer l’effort humain : le refus de les admettre, le refus de les écouter, et encore plus le refus de les suivre.

Il n’est pas de jeu plus dangereux que de jouer mentalement avec le doute et le scepticisme. Ce ne sont pas seulement des ennemis, ce sont des pièges terribles, et une fois que l’on y est tombé, on a une difficulté formidable à s’en extraire. 

Il y a des personnes qui pensent que c’est d’une très grande élégance mentale de jouer avec les idées, de les discuter, de contredire sa foi, que cela vous donne une attitude très supérieure, que vous êtes ainsi au-dessus des « superstitions » et des « ignorances » ; mais en écoutant les suggestions du doute et du scepticisme, c’est que l’on tombe dans l’ignorance la plus grossière et que l’on s’éloigne du droit chemin.

On entre dans la confusion, dans l’erreur, dans un méandre de contradictions... On n’est pas toujours sûr de pouvoir en sortir. On s’éloigne tant de la vérité intérieure qu’on la perd de vue, et que parfois aussi on perd tout contact possible avec son âme.

Certainement, il faut un effort personnel pour conserver sa foi, pour la laisser grandir en soi. 

Plus tard, beaucoup plus tard, on peut un jour, en regardant en arrière, voir que tout ce qui est arrivé, même ce qui nous paraissait le pire, était une grâce divine pour nous faire avancer sur le chemin ; et alors on s’aperçoit que l’effort personnel était aussi une grâce. Mais avant d’en arriver là, il faut beaucoup marcher, beaucoup lutter, parfois même beaucoup souffrir.

S’asseoir dans une passivité inerte et dire : « si je dois avoir la foi, je l’aurai, le Divin me la donnera », est une attitude de paresse, d’inconscience, et presque de mauvaise volonté.

Pour que la flamme intérieure brûle, il faut l’alimenter, il faut surveiller le feu, il faut y jeter les combustibles de toutes les erreurs dont on veut se débarrasser, de tout ce qui retarde la marche, de tout ce qui obscurcit le chemin.

Si l’on n’alimente pas le feu, il couve sous les cendres de votre inconscience et de votre inertie, et alors, ce ne sont plus des années, ce sont des vies, des siècles qui passeront avant que vous n’arriviez au but.

On doit veiller sur sa foi comme on veille sur le berceau d’une chose infiniment précieuse, et la protéger très soigneusement de tout ce qui peut l’altérer.

Dans l’ignorance et l’obscurité du début, la foi est l’expression la plus directe du Pouvoir divin qui vient pour lutter et conquérir.

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