Cet Entretien de Mère du 4 avril 1956 m'a beaucoup amusé, et c'est toujours bon de s'entendre rappeler d'éviter soigneusement toute propagande spirituelle, au cas où.

Au départ de l'Entretien, Mère évoque le cas d'une personne défendant le point de vue de la Guîtâ avec une certaine prétention à convaincre les autres. 

Bénédictions dans le Hall de Méditation

4 avril 1956

Entretien du 4 avril 1956 – (Extrait)

...Mais enfin, c’est un point de vue. Je pense que tous les points de vue sont nécessaires — si chacun se tient à sa place et n’essaye pas d’encombrer les autres. S’il avait simplement ajouté : « Mon expérience est comme cela », c’était très bien ; mais il se servait de cela pour critiquer ce que les autres faisaient. Et là, il avait tort.

Cela veut dire qu’il n’était pas vraiment sincère ?

Pourquoi ? Il était peut-être sincère dans sa propre conviction... Vous voulez dire que, quand on fait de la propagande, on n’est pas sincère ?

Il croit qu’il est sincère.

Non, pardon, il est convaincu....

Si vous arrivez à cette conception que le monde est l’expression du Divin dans toute sa complexité, alors la nécessité de la complexité et de la diversité s’impose, et il vous devient impossible de vouloir convaincre les autres de penser et de sentir comme vous.

Chacun doit avoir son mode propre de penser, de sentir et de réagir ; pourquoi voulez-vous que les autres fassent comme vous et soient comme vous ? Et même en admettant que vous ayez une plus grande vérité que la leur (quoique ce mot ne signifie rien du tout, parce que, d’un certain point de vue, toutes les vérités sont vraies — elles sont toutes partielles, mais elles sont vraies puisque ce sont des vérités), mais de la minute où vous voulez que votre vérité soit plus grande que celle du voisin, vous commencez à sortir de la vérité.

Cette habitude de vouloir obliger les autres à penser comme vous pensez m’a toujours parue bizarre; c’est ce que j’appelle « l’esprit propagandiste », et ça mène très loin. Vous pouvez faire un pas de plus et vouloir que les gens fassent comme vous faites, sentent comme vous sentez, et alors cela devient l’uniformité effroyable.

J’ai rencontré au Japon le fils de Tolstoï, qui parcourait le monde pour le salut de la très grande unité humaine. Et sa solution était très simple : tout le monde devait parler le même langage, mener la même vie, s’habiller de la même façon, manger la même chose...

Et je ne plaisante pas, il disait cela tel quel. Je l’ai rencontré à Tokyo, il disait : « Mais tout le monde serait heureux, tout le monde s’entendrait, personne ne se querelle- rait si tout le monde faisait la même chose. » il n’y avait pas moyen de lui faire comprendre que ce n’était pas très raisonnable! il était parti parcourir le monde pour cela, et comme on lui demandait son nom, il disait Tolstoï — alors Tolstoï, n’est-ce pas... Les gens disaient oh ! (il y avait des gens qui ne savaient pas que Tolstoï était mort) et ils pensaient : « Oh ! quelle aubaine, nous allons entendre quelque chose de remarquable » — et puis il vous sortait cela !

Eh bien, c’est seulement une exagération de la même attitude.

En tout cas, je peux vous assurer qu’il y a un moment où l’on ne sent plus du tout, du tout, la nécessité de convaincre les autres de la vérité de ce que l’on pense.

Quand on critique ce que je suis, la vérité que je réalise, quand d’autres critiquent...

On peut lui dire poliment : mêlez-vous de ce qui vous regarde. Mais ça doit s’arrêter là. Vous voulez convaincre quelqu’un qui critique qu’il a tort de critiquer ! Plus vous lui direz, plus il sera convaincu qu’il a raison !

Pas lui, mais les autres qui suivent ?

Oh ! vous avez peur qu’ils ne fassent de la propagande à l’envers...

Cela ne fait rien. nous avons eu un exemple comme cela, qui était très amusant. Il y a quelqu’un que je ne nommerai pas, qui est venu ici et qui a écrit dans un des grands journaux de France un article absolument imbécile qui était... enfin, qui démontrait la stupidité du monsieur et qui était extrêmement violent contre l’Ashram (ce n’est pas pour cela que je dis qu’il était un imbécile, mais enfin...). Eh bien, le résultat — l’un des résultats — de cet article est que l’on a reçu une lettre de quelqu’un : « J’ai lu l’article, je veux venir à l’Ashram tout de suite. »

Cela peut avoir un effet opposé.

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