Je viens à l'instant d'écouter un Entretien de Mère et j'ai trouvé si joli que je le publie. C'est d'abord pour ceux qui ont des enfants, mais même pour les adultes, il nous reste peut-être 10-20-50 ans devant nous, et nous pouvons apprendre ce qui est dit là, c'est tellement joli.   Voyons ça de plus près. 

Cassia fistula L. (Fabaceae ; Alt. Caesalpiniaceae) – Bâton casse

Entretien du 18 avril 1956 (Extrait)

Aussitôt après, Sri Aurobindo écrit : « À mesure que la vision occulte se développe chez le chercheur, il perçoit des mondes au-delà où la conscience et la personnalité tiennent une place énorme et assument une valeur de première importance... »

(La Synthèse des Yogas, vol. i, p. 140)

Et alors, qu’est-ce que vous voulez ? Nous avons parlé de cela je ne sais combien de fois. Qu’est-ce que vous voulez à ce sujet ? Vous voulez la description de ces mondes, ou le moyen d’y aller — lequel des deux ?

Le moyen d’y aller.

Le moyen d’y aller, oh ! oh ! savez-vous vous extérioriser ? savez-vous seulement ce que c’est que de s’extérioriser ? Pas philosophiquement ou psychologiquement, je veux dire occultement. Êtes-vous conscient dans votre extériorisation, la faites-vous volontairement ? savez-vous quitter votre corps et vivre dans un corps plus subtil, puis encore quitter ce corps-là et vivre dans un autre corps plus subtil, et ainsi de suite ? savez- vous faire tout cela ? L’avez-vous fait ? Non.

Alors, nous en reparlerons un autre jour.

Ça arrive, Mère, en rêve.

En rêve ? Vous savez où vous êtes dans vos rêves ?

Un petit peu.

Un petit peu ? Cela devient intéressant ! Et où allez-vous dans vos rêves ?

Souvent dans des régions...

Quelles régions ?

Des régions vitales.

Oh ! Oh ! Vous allez dans le monde vital — et il ne vous arrive rien de désagréable ?

Si, le plus souvent.

Ah ! Et comment est-ce que vous vous tirez d’affaire ?

S’enfuir dans le corps !

C’est là que se borne votre connaissance ?

Non. Quelquefois il y a un appel, et là on voit que l’on n’a pas besoin de s’enfuir. Mais ça ne reste pas longtemps.

Ça ne dure pas. Mais vous entrez, vous sortez à volonté ?

Pas à volonté.

Vous pouvez retourner à un endroit que vous avez déjà fréquenté auparavant ?

Non, Mère.

Vous ne retrouvez pas le même endroit plusieurs fois ?

Pas à volonté.

Ah ! Mais il y a des enfants qui savent cela, ils continuent leurs rêves. Tous les soirs quand ils vont se coucher, ils retournent au même endroit et ils continuent leur rêve.

Quand j’étais enfant, je faisais cela.

Vous n’êtes plus un enfant, c’est dommage !

Parce que je n’étais pas préoccupé alors.

Eh bien, redevenez un enfant et vous saurez le faire encore. Voilà.

Il n’y a rien de plus intéressant. C’est une occupation pour les nuits, qui est tout à fait agréable. Vous commencez une histoire, puis, quand il est temps de se réveiller, vous mettez un point à la dernière phrase et vous rentrez dans votre corps. Et puis la nuit suivante, vous repartez, vous rouvrez la page et vous recommencez votre histoire pendant tout le temps que vous êtes sorti ; et puis vous arrangez bien les choses — il faut que ce soit bien arrangé, que ce soit bien joli. Et quand c’est le moment de revenir, vous mettez encore un point final et vous dites aux choses : « restez bien tranquilles jusqu’à ce que je revienne ! » Et vous rentrez dans votre corps. Et vous continuez cela tous les soirs, et vous écrivez un livre de contes de fées merveilleux — à condition que vous vous souveniez quand vous vous réveillez.

Mais cela dépend d’une condition tranquille dans la journée, n’est-ce pas ?

Non, cela dépend de la candeur de l’enfant. Et de la confiance en ce qui lui arrive, de l’absence de sens critique mental, et d’une simplicité de cœur, et d’une énergie jeune et active — ça dépend de tout cela, d’une sorte de générosité vitale intérieure : il ne faut pas être trop égoïste, il ne faut pas être trop avare, il ne faut pas être trop pratique, trop utilitaire — enfin, il y a toutes sortes de choses qu’il ne faut pas être, comme les enfants.

Et puis, il faut avoir un pouvoir d’imagination vivant, parce que, j’ai l’air de vous raconter des bêtises, mais c’est tout à fait vrai, il y a un monde où vous êtes le suprême formateur : c’est votre monde vital à vous. Vous êtes le suprême formateur et vous pouvez faire une merveille de votre monde si vous savez vous en servir. si vous avez une conscience d’artiste, de poète, si vous aimez l’harmonie, la beauté, vous bâtirez là une chose merveilleuse qui aura tendance à pousser dans la manifestation matérielle.

Quand j’étais petite, c’est ce que j’appelais « se raconter des histoires ». Ce n’est pas du tout se raconter avec des mots, dans sa tête; c’est s’en aller dans cet endroit, qui est vierge, et... y bâtir une histoire merveilleuse.

Et quand vous savez vous raconter une histoire comme cela, qu’elle est vraiment belle, vraiment harmonieuse, vraiment forte et vraiment coordonnée, cette histoire se réalisera dans votre existence — peut-être pas exactement sous la forme où vous l’avez créée, mais comme une expression physique plus ou moins déformée de ce que vous aurez fait.

Cela prendra peut-être des années ; mais votre histoire aura tendance à organiser votre existence.

Mais il y a très peu de gens qui savent raconter une belle histoire; et puis ils y mélangent toujours des horreurs, qu’ils regrettent après.

Si l’on pouvait faire une histoire magnifique, sans aucune horreur dedans, rien que de la beauté, cela aurait une influence considérable sur l’existence de chacun. Et cela, on ne le sait pas.

Si l’on savait utiliser cette puissance, cette puissance créatrice dans le monde des formes vitales, si l’on savait utiliser cela quand on est un enfant, un petit enfant... parce que c’est à ce moment-là que l’on construit son destin matériel.

Mais généralement, les gens qui vous entourent, quelquefois même vos petits camarades, mais surtout les parents et les professeurs, ils barbotent là-dedans et vous abîment tout, si bien qu’il y a très peu de fois où la chose peut réussir totalement.

Mais autrement, si c’était fait comme ça, avec la candeur spontanée d’un enfant, vous pourriez vous organiser une existence merveilleuse (je vous parle du monde physique).

Les rêves de l’enfance sont les réalités de l’âge mûr.

 

L'imagination est une énergie fondamentale de la conscience, et cette énergie merveilleuse, indomptable, œuvre sans se soucier d'être utilisée, mal utilisée ou pas utilisée du tout ; elle existe simplement pour la joie de sa propre existence.

Sri Aurobindo - Kena and Other Upanishads

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