Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par pascalemmanuel

Pendant cette période sans internet, j'ai été traversé par un questionnement, une exaspération, presque une angoisse : à quoi bon toutes ces expériences qui ne font que passer ?

En effet, je me suis aperçu que depuis plus de 20 ans, presque sans arrêt je suis traversé par ces sortes de minuscules prises de conscience. Il suffit de fermer les yeux, de prendre quelques grandes respirations et de poser l'attention sur ses paumes de mains et on va sentir des picotements, des fourmillements, c'est une expérience. C'est tout à fait normal et naturel, dès que l'attention se pose sur quelque chose, si nous faisons attention il y a une expérience, une expérience mentale, émotionnelle, sensorielle... 

Mère disait qu'en chaque point, il était possible de rencontrer l'Infini. En qi gong et pendant mes "méditations-observations" j'ai souvent remarqué ce phénomène de traverser. On se concentre sur quelque chose, il ne se passe rien, c'est dur, opaque, sombre... et tout à coup, on traverse, on est de l'autre côté avec des sensations d'espace, de vide, des souvenirs qui reviennent à la mémoire, des visions, toutes sortes de choses... C'est arrivé des centaines de fois. Et des milliers de fois aussi, ça ne traverse pas... et c'est très-très énervant ! 😁 Et on est très frustré, on se dit qu'on n'a pas réussi, c'est idiot... 

Mais quand la conscience s'éveille, nous montre quelque chose, le moindre détail parait merveilleux, formidablement intéressant. Des milliers de fois, j'ai eu cet émerveillement, ce "bon sang mais c'est bien sûr...", cette sensation d'avoir touché quelque chose, d'avoir trouvé un truc... et ce sont ces moments-là que j'ai souvent partagé dans mes blogs, celui-ci et les précédents, avant de tout effacer, m'apercevant tout penaud, que tout passe, tout s'efface, disparaît. Même les expériences, apparemment les plus fortes, les plus décisives, au bout de quelques minutes, quelques heures, au mieux quelques jours, disparaissent. Apparemment. 

Alors, saisi par l'incompréhension, la déception, le doute, le chagrin, j'en suis venu à me dire qu'il fallait passer des expériences à l'Expérience. Je me suis demandé s'il y avait UNE expérience décisive qui ne vacillerait pas, qui ne disparaîtrait plus... je ne sais où. 

Et pendant plusieurs jours, plus d'une semaine, j'ai été incapable de rien. J'avais lu avec émerveillement trois fois de suite L'Évolution spirituelle et je n'arrivais même plus à lire deux lignes, comme si j'étais saturé à bloc. Je n'arrivais  même plus à écouter les Entretiens, je commençais une pratique de qi gong que j'arrêtais au bout de 30 secondes, en m'énervant : j'en ai assez de toutes ces pratiques, presque une colère, une exaspération. C'était un peu poignant, presque douloureux...

Un besoin du Divin. Une fois qu'on sera UN avec le Divin, ça ira. Une unité qui ne pourra plus se dissoudre, consciente. Tant qu'on ne sera pas là, cela va continuer à bringuebaler, à tanguer... 

Et puis j'ai décidé de commencer la lecture de L'Espèce nouvelle, tome 2 de la trilogie de Mère de Satprem. Et je trouve ceci, page 3 et 4. Les phrases en italiques sont des citations de Mère issues de L'Agenda. 

« La vérité, c'est que le départ de Sri Aurobindo m'a projetée directement vers le Suprême, sans intermédiaire. C'est Ça ou c'est rien, tout simplement. Rien, ça veut dire la mort. Elle disait « le Suprême », ou Elle disait « le Seigneur », ou « Toi », n'importe, c'était sa façon d'appeler ce quelque chose là qui se moque tout à fait du nom qu'on lui donne, mais qui est la seule chose respirable devant cette intensité de mort partout.

Et au fond, toutes les expériences humaines, toutes, sans exception, habillées de n'importe quelle couleur, n'importe quelle langue, sont faites exclusivement, uniquement, absolument pour conduire chacun à cette seule Seconde où il vire dans ce seul Possible-là : tout d'un coup, on dit ça, ou c'est la mort. On vire dans le Positif, on attrape l'oxygène, on ouvre les mains, et comme un idiot (ou non), on dit : Ça, ça, ça... l'Unique absolu, c'est le Suprême ; l'unique permanence, c'est le Suprême ; l'unique sécurité, c'est le Suprême ; l'unique immortalité, c'est le Suprême.

Et c'est la seule chose qui existe. Autrement c'est la mort debout. Toutes les expériences, toutes, innombrablement, sont faites pour nous conduire . Alors c'est la première seconde de vie dans le règne de la Mort.

Et alors, cela devient une expérience tellement absorbante et tellement absolue... L'incertitude, l'instabilité, le caractère fugitif inconstant, impermanent de toutes choses – on ne peut s'appuyer sur rien, tout s'écroule (1) : que sur le Suprême, parce qu'Il est tout. Il n'y a que le Tout, d'une façon absolue, qui ne faillit pas... Les mots sont imbéciles, mais c'est une expérience. Une fois qu'on a cette expérience-là, c'est fini : tout le reste, c'est seulement ce qui en découle, ce sont les détails.

(1) C'était aussi beaucoup ça mon expérience, que rien ne tient, même nos plus belles prises de conscience, que tout s'écroule. Et ça, dans le monde  extérieur, nous en avons depuis des mois des preuves assez terribles, et constamment. Mais ce qui peut nous rassurer, c'est de profondément comprendre que cet écroulement est FAIT pour nous amener quelque part, et un quelque part merveilleux. 

Ensuite, quelques jours plus tard, je me suis remis à écouter les Entretiens et voici ce j'ai trouvé dans celui du 6 juin 1956

 

Il y a évidemment un phénomène qui paraît indispensable si l’on veut que la réalisation se stabilise... Les expériences arrivent, touchent la conscience, produisent quelquefois de grandes illuminations, puis s’estompent, retournent dans l’arrière-plan et, extérieurement, dans votre conscience ordinaire, vous n’avez pas l’impression qu’il y ait un grand changement, une grande différence. Et ce phénomène-là peut se produire très souvent, se répéter pendant de nombreuses années.

Vous avez tout d’un coup une sorte de révélation, comme une illumination, vous vous trouvez dans la vraie conscience et vous avez l’impression que vous avez attrapé la vraie chose. Et puis, ou lentement ou brusquement, c’est comme si cela s’en allait en arrière de vous, et puis vous cherchez et vous ne trouvez pas qu’il y ait une grande différence en vous... Ces choses-là semblent venir comme des annonciatrices, ou comme des promesses : « Voyez, ça arrivera », ou pour vous dire : « Eh bien, ayez confiance, ce sera comme ça. »

Et cela peut se reproduire très souvent. il y a progrès, évidemment, mais il est très lent et peu apparent.

Si vous voulez lire le texte intégral, voici le Lien vers le PDF des Oeuvres de Mère

Ces deux passages m'ont rassuré et confirmé que j'étais aligné sur le travail et que ce que je ressentais étais juste... même si ma réaction première l'étais moins en ce sens qu'il était inutile de s'affliger pour un processus normal. 

Mimusops elengi – Patience

Pour regarder la question sous un autre angle, Mère rappelait dans l'Entretien du 17 août 1955 que les textes sacrés disait qu'en général il fallait 30 ans pour avoir l'expérience de la Présence divine à l'intérieur de soi. Je publierai prochainement ce passage. En attendant, dans le petit livret Une jeunesse éternelle j'ai trouvé cette citation issue de Mother India de May 1963.

La vieillesse se produit à cause de deux suggestions. La première est une suggestion collective générale : les gens vous disent que vous vieillissez et que vous ne pouvez plus faire telle ou telle chose. Il y a une autre suggestion individuelle qui vous répète : « Je vieillis, je ne dois pas essayer de faire ceci ou cela. »

La vérité est tout autre. Avant trente ans, on dépense son énergie sans compter à cause du jeu des impulsions. Après trente ans, elle se stabilise et on devrait avoir une certaine plénitude d'énergie. À cinquante ans commence l'épanouissement. À quatre-vingt ans on devient capable d'une pleine réalisation.

Ce qui m'a intéressé ici, ce n'est pas tant les propos sur les causes du vieillissement. D'ailleurs, dans L'Agenda, Mère expliquera d'autres phénomènes, entre autre, l'existence d'une incessante trépidation dans la conscience cellulaire amenant l'usure. J'ai surtout noté ici que la pleine réalisation, venait sans doute plus facilement à un âge avancé. Armés de patience et de cette connaissance, nous pouvons continuer plus sereinement notre chemin...

À suivre... 😊

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article