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Publié par pascalemmanuel

Le texte ci-dessous est ISSU du Tome 1 du Journal du Yoga de Sri Aurobindo. Ouvrage compliqué, avec beaucoup de mots sanscrits, encore très inaccessible pour moi. Malgré tout, la lecture de cette Tétrade de la paix apporte quelque chose, des informations utiles. En outre, je doute que vous le trouviez nul par sur le net cet extrait. 

TETRADE DE LA PAIX

Équanimité, paix, bonheur, rire : tels sont les éléments de la tétrade de la paix

Samata

Samata est l'assise de la paix intérieure, la capacité de recevoir avec un esprit calme et une âme égale toutes les attaques et l'apparence des choses extérieures, qu'elles soient plaisantes ou déplaisantes, heureuses ou malheureuses, agréables ou douloureuses, qu'elles apportent l'honneur ou le déshonneur, la louange ou le blâme, l'amitié ou l'inimité, le péché ou la sainteté, ou, sur le plan physique, la chaleur ou le froid, etc.

Il existe deux formes de samata, l'une passive, l'autre active : samata face à la réception des choses du monde et samata dans la réaction à ces choses.

1) Samata passive

La samata passive comprend trois éléments : titiksha, udasinata, nati.

Titiksha est la capacité d'endurer, avec fermeté, tout contact plaisant ou déplaisant, la capacité à ne pas être terrassé par ce qui est douloureux ni à se laisser emporter par ce qui est agréable. Recevoir calmement et fermement ces dualités, les contenir et les supporter, être plus grand et plus vaste que tout assaut du monde, tel est la position de titiksha.

Udasinata est l'indifférence aux dwandas ou dualités. Littéralement, ce terme signifie assis au-dessus, dominant tous contacts physiques et mentaux. L'homme udasinata, libre de désir, n'est touché ni par la joie ou le chagrin, ni par le plaisir ou la douleur, ni par la sympathie ou l'aversion, il peut sentir ces choses effleurer son esprit ou son corps, mais non lui-même, car il se sait différent de son esprit et de son corps. Il siège au-dessus.

Nati est la soumission de l'âme à la volonté de Dieu; elle accepte tous les contacts comme venant de Dieu et toutes les expériences comme son Jeu avec l'âme humaine.

Nati peut être accompagnée de titiksha ; elle ressent la tristesse mais l'accepte comme la volonté de Dieu, ou elle peut être accompagnée d'udasinata, c'est-à-dire s'élever au-dessus et observer la joie et la tristesse avec équanimité comme des opérations de Dieu dans ses instruments inférieurs, ou encore être accompagnée d'ananda et recevoir toute chose comme le Jeu de Krishna, et par conséquent, béatifique en soi. Cet état est celui du Yogi accompli, car, par la pratique constante de ce namaskara (1) à Dieu, plein d'une joie permanente, anandamaya, nous parvenons enfin à éliminer la douleur, le chagrin, etc.

Libérés des dwandas (dualités), entièrement débarrassés de la peur et de la souffrance, nous trouvons Brahmanananda (2) dans chaque détail, même les plus banals et les plus apparemment discordants de la vie et de l'expérience dans ce corps humain. Celui qui possède le délice du Brahman ne craint rien de ce monde.

(1) Namaskara : mains jointes en salutations

(Questions personnelles : est-ce à dire que Sri Aurobindo, dans sa pratique personnelle joignait souvent les mains ? Ou que nous-mêmes, "devons" faire cela ? Comment mettre en pratique ce que nous lisons ?) 

(2) Brahmananda : la félicité du Brahman, « Félicité essentielle de l'Esprit, qui ne dépend d'aucun objet ou circonstance »  ; elle « peut être décrite comme une éternité d'extase suprême ininterrompue », une félicité dont « la paix... est le noyau intime et l'essence ».

Certainement devons-nous commencer par titiksha et udasinata, mais c'est l'ananda qui couronne la siddhi (l'accomplissement) de samata.

Le Yogi accueille la victoire et la défaite, le succès et l'échec, le plaisir et la douleur, l'honneur et la disgrâce avec un ananda égal – sama ananda –, d'abord par le buddhiyoga (3) qui le sépare de ses réactions mentales et nerveuses habituelles, puis par vichara (la réflexion intellectuelle) qui l'amène à découvrir la vraie nature de l'expérience, son âme secrètement anandamaya emplit de sama ananda en toutes choses.

Il finit par changer toutes les valeurs ordinaires de l'expérience  ; pour lui, l'amangala (l'adversité) se révèle mangala (bénéfique), la défaite et la mauvaise fortune se révèlent comme l'accomplissement de l'objectif immédiat de Dieu, un pas vers l'ultime victoire, le chagrin et la douleur des formes déguisées et perverties du plaisir.

Il peut même atteindre un stade ou la douleur physique – état le plus difficile à supporter pour l'homme matériel – change de nature et se transforme en ananda physique ; mais cela seulement à la fin du voyage, quand l'homme, prisonnier de la matière, subjugué par son mental, émerge de sa sujétion, conquiert son mental et se délivre totalement dans son corps, réalisant son vrai moi anandamaya dans chaque partie de l'adhara (4).

(3) Buddhi-yoga : « Le Yoga de la volonté intelligente qui se libère elle-même ».

(4) Adhara : véhicule, réceptacle, support ; « cela dans lequel la conscience est actuellement contenue : mental-vie-corps ».

Ibéris - Égalité d'âme

2) Samata active

L'ananda universel ou sama ananda dans toutes les expériences constitue la samata active. Elle comprends trois parties ou stades : le sens subtil de la saveur de chaque chose, le contentement, la béatitude constituent la félicité intégrale.

Rasa est la perception appréciative du guna (trait, qualité), l'aswada (1), le goût et la qualité que l'Ishwara de la lila (le Seigneur du jeu divin) perçoit en chacun des différents objets d'expérience (vishayas) créés par Lui dans sa lila (2).

Pritih est le plaisir que prend le mental dans tout rasa, agréable ou désagréable, doux ou amer.

Ananda est le bhoga (délice) divin, supérieur à tout plaisir mental, avec lequel Dieu goûte le rasa ; dans l'ananda l'opposition des dualités cesse entièrement.

(1) Aswada : le goût (au sens littéral et figuré) ; le sens subtil du goût (rasadrishti).

(2) Lila : jeu ; le monde en tant que jeu du Seigneur ou Ishwara, « dans lequel l'Être divin joue avec les conditions de l'existence cosmique dans ce monde d'une Nature inférieure ».

Shanti

C'est seulement quand la samata est accomplie que shanti (la paix) peut devenir parfaite dans le système. La moindre perturbation, le moindre trouble dans le mental sont les signes certains d'une perturbation ou d'une imperfection dans la samata. Car l'esprit de l'homme est complexe, et même quand, dans la buddhi (3), nous sommes entièrement établis en udasinata ou nati, la révolte, le malaise, les murmures peuvent se manifester ailleurs dans notre être. La buddhi, le manas (4), le cœur, les nerfs (prana), même l'enveloppe corporelle, tous doivent se soumettre à la règle de samata.

Shanti peut-être soit un vaste calme passif fondé sur l'udasinata, soit un vaste calme joyeux fondé sur nati. Le premier est enclin à une tendance à l'inaction ; c'est donc dans le second que notre Yoga doit culminer.

(3) Buddhi : intelligence ; le mental pensant

(4) Manas : le mental sensoriel

Sukha

Sukham est la délivrance et la libération complète de duhkha (l'affliction, la tristesse) et de vishada (le découragement). Elle découle de l'accomplissement de samata et de shanti. Le Yogi accompli n'a jamais en lui la moindre trace de chagrin, la moindre tendance à la dépression, aucune ombre ou plainte intérieures, aucun abattement – il est toujours empli d'aise et de lumière sattwiques. (1)

(1) : Sattwique, de sattwa : l'être ; le plus élevé des trois modes (trigurna) de la prakriti inférieure, le guna de « la semence de l'intelligence », qui « maintient l'équilibre des mouvements de l'énergie ».

Hasya

Hasyam est la face active de sukkham ; c'est un état intérieur et dynamique de contentement et de gaité qu'aucune expérience mentale ou physique adverse ne peut troubler. Sa perfection est la marque et le seau de Dieu dans la siddhi de samata. Hasyam est dans notre être intérieur l'image du sourire de Sri Krishna jouant – balavat (tel un enfant), l'éternel balaka (enfant) et kumara (jeune homme) dans le jardin du monde.

Commentaire personnel

Pour information, le yoga intégral de Sri Aurobindo est composé de 7 tétrades et comme le nom l'indique, chacune est composé de 4 éléments. Ainsi, le yoga de Sri Aurobindo est composé de 28 éléments. 

Le tome 1 présente aussi la Tétrade de la Force que je publierai ultérieurement mais ne fais pas mention précise des autres tétrades. Elles se trouvent sans doute dans le Tome 2. 

Il me semble qu'avoir un aperçu de ces 28 éléments, même de façon tout à fait superficielle peut apporter quelque chose, un aperçu du plan général, de la structure. Après tout, aucune lecture de Sri Aurobindo-Mère n'est vraiment anodine.

Cette première tétrade m'a beaucoup marqué par les réalisations qu'elle évoque. Ce n'est qu'un 7 ème, façon de parler, du Yoga de Sri Aurobindo et déjà, cela me paraissait énorme, presque inaccessible au point que... du tréfonds de la poitrine, j'ai senti quelque chose s'ouvrir et dire : "c'est impossible, la seule solution est de s'abandonner au Divin".

En effet, il y a deux voies principales : soit nous faisons l'effort personnel pour la réalisation, c'est la voie de l'ascèse, de la discipline, soit nous nous donnons au Divin, à la Conscience divine et tout est fait pour nous. C'est la voie de l'enfant qui se laisse porter, la voie ensoleillée. 

Pour nuancer, ce n'est pas l'un ou l'autre mais l'un et l'autre. Entre les deux attitudes, il y a toute une gamme de variations possibles, un apprentissage vers un lâcher prise de plus en plus complet. En attenant, si nous voulons participer à cette oeuvre grandiose et magnifique, et quoi que nous voulions faire dans notre vie, les efforts sont longtemps nécessaires et indispensables, mêmes infructueux. Sans effort, il ne reste que l'avachissement devant Netflix et les distractions et une vie futile sans intérêt... 

Et pourtant, jamais je n'avais senti à ce point au point cette volonté d'abdication qui en outre, semblait venir de loin, des profondeurs de la poitrine, une sorte de conviction intérieure qu'il n'y avait pas d'autres possibilités, que c'était la meilleure solution : se donner au Divin. 

Et puis, ce texte nous montre que ces réalisations existent, que c'est possible, que c'est au moins dans cette direction que nous pouvons orienter nos efforts. Vraiment, cette samata, cette égalité, Sri Aurobindo-Mère y revienne souvent comme une condition INDISPENSABLE. Nous pouvons apprendre, demander cela au Divin, pour nous, pour les autres, pour la conscience collective, être plus têtus qu'une mule... 

Lire et relire ce texte, nous imprègne de la vibration, déjà, il nous met en contact avec la Force qu'il contient...

Quelque jours plus tard, j'ai trouvé d'autres textes de Mère et de Satprem sur cette égalité et.... cela m'a découragé, atristé. Réaction idiote; une fois de plus, j'aurais voulu cerner le sujet, le prendre tout entier dans mes bras, et je me suis aperçu que je n'arrivais pas à les ouvrir assez grand, toujours il y a un élément supplémentaire à rajouter, intégrer... qui vient modifier l'ensemble. 

Ce yoga est si vaste, si vaste, qu'à moins de trouver comment s'élargir, s'universaliser, c'est un autre aspect, j'y reviendrai, c'est impossible...

Encore que, méfions-nous de nos prétendues capacités et incapacités. Mère Elle-même a été confronté à ce problème. Enfin, pas Elle, "son corps", puisque c'est là que le travail se faisait. "Son" corps avait bien vu l'énormité de la tâche et doutait de ses capacités et le Divin lui a répondu : "ce n'est pas ton problème". 

Encore une fois, ce qui nous paraît totalement impossible, inconcevable même, avec nos propres forces, devient possible et même simple, naturel, facile, si nous laissons entrer et agir la Conscience divine, la Conscience-Force, le Divin, la Mère divine...

Trouvons comment nous unir au Divin, dans toutes les parties de notre être, et un grand pas sera fait...

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