L'homme est un être de transition nous as dit Sri Aurobindo et parmi toutes les sagesses spirituelles, bien peu évoquent le fait que l'homme tel qu'il est aujourd'hui n'est qu'un maillon de la longue histoire évolutive de l'humanité. Et si nous demandions aux religieux de notre monde de nous dire comment sera l'homme de demain, j'imagine que beaucoup seraient très embêtés. Sri Aurobindo-Mère savaient mieux car ils y ont consacré leur vie entière et ils ont beaucoup de choses à nous dire sur le monde de demain. 

Encore faut-il que cela nous intéresse car finalement, le concept même de transformation de la nature humaine en nature divine a été souvent perçu comme suspect, sans doute parce que les régimes totalitaires s'en sont souvent emparés. Même si évidemment, le surhomme de Nietzsche n'a rien à voir avec le surhomme de Sri Aurobindo-Mère. Dans un cas il s'agit de l'exaltation de la force vitale et de pousser au maximum des capacités humaines "telles qu'elles sont", et dans l'autre, il s'agit d'opérer un changement de conscience pour découvrir une nouvelle façon d'être et de fonctionner, un changement de relation, une perception radicalement nouvelle des choses... 

La transformation pour "Les religions" cela se limite à peu près  à prêcher l'amour du prochain, la compassion, la purification de notre mental, de notre coeur, etc.  Et si ces aspects psycho-spirituels sont importants et font partie du chemin, nous ne sommes pas encore au coeur des choses. Nous comprenons mieux pourquoi Sri Aurobindo nous a dit que son yoga commence où les autres s'arrêtent... 

La transformation, la manifestation d'une nouvelle espèce humaine sur terre, je comprends que peu de personnes comprennent ce que cela veut dire ou même croient cela possible. Satprem en parlait de manière simple et saisissante en disant que l'homme en complet veston n'était pas l'apogée de l'évolution humaine. Ou alors, les gens pensent que c'est pour loin-loin dans le temps et ils ne savent pas que demain se prépare aujourd'hui. 

Et si nous étions à une croisée des chemins, quelle direction souhaiterions-nous donner à notre vie ? 

Collectivement, nous sommes dans une transition, une mutation, plus ou moins confortable. Dans l'avenir disait Mère, cela sera plus simple et les êtres choisiront de naître dans le nouveau système ou de rester dans l'ancien. Mais en attendant, nous sommes en plein dans une sorte de mutation plus ou moins profonde, selon nos capacités, notre aspiration, selon...

Nous avons 99 % des gênes en commun avec les grands singes et pourtant la différence est considérable. La clef ne se situe donc pas sur le plan physique, matériel mais sur le plan de la conscience et de son organisation. 

Mère dans son exploration continuelle et minutieuse de la nouvelle conscience a souvent remarqué que des changements FORMIDABLES commencent dans l'infiniment petit de la conscience des cellules, que le nouveau monde commençait par de minuscules changements dans notre conscience corporelle. 

Au départ de la courbe, les différences entre Homo Habilis et Homo Erectus devait sembler bien insignifiantes... et pourtant, ce tout petit changement dans la position était prometteur de toute une lignée. Mais la croisée des chemins que nous vivons est infiniment plus radicale que cela au point que Mère a dit que la différence entre les êtres supramentaux et les êtres humains était encore plus grande que la différence entre les êtres humains et les animaux. 

Évidemment, pour le moment, nous n'en voyons rien et tout cela reste fort mystérieux puisque nous sommes en plein dans un processus, dont Mère Elle-même, a mis des années à découvrir certaines clefs décisives. 

Pourquoi parler de cela ?

Parce que j'ai le sentiment que les extraits de Mère que je publie ne peuvent être compris que si l'on prend en compte ce processus évolutif de l'humanité. Je veux dire que pour un "pur bouddhiste", ou un "pur chrétien", etc.... ce concept de transformation est inutile car pour eux, l'important n'est pas de ce transformer mais d'établir le contact avec le Bouddha intérieur, d'obtenir l'éveil, de réaliser le Christ intérieur. Pour eux, établir le contact avec la divinité bouddhique, christique, avec le Soi... et vivre dans cette conscience est le but alors que pour Sri Aurobindo, ce contact est au mieux un moyen pour nous transformer de fond en comble. 

Pour le dire autrement, certaines découvertes de Mère vont à l'encontre des "règles" spirituelles habituelles. Par exemple, je publiais dans un article récent, qu'Elle dit que la vie spirituelle telle qu'elle était vécue dans le passé était aussi une illusion, que ce n'était pas ça...  

J'imagine que pour un adepte d'une école spirituelle traditionnelle, cela ne doit pas être très agréable à entendre. Le comble, Mère avait l'expérience de toutes les réalisations spirituelles traditionnelles. Dès 1910 Elle avait même réalisé l'union compète de sa volonté avec la volonté divine et Elle avait aussi un contact conscient avec tous les dieux dont nous avons entendu parler.  

Et pourtant, à partir de la première descente de la Force supramentale du 29 février 1956, a renoncé à tous ses pouvoirs de "là-haut" pour trouver le secret au coeur même de la matière et du corps. Le salut est physique disait-Elle. Dès lors, Elle n'a cessé de nous dire qu'il y a Autre chose, quelque chose de Nouveau. Nous pouvons marcher dans ses pas et en avoir l'expérience, au moins un peu.  Mais c'est un choix personnel et d'autres sont sans doute venus expérimenter le chemin bouddhiste, ou soufi, ou taoïste, chrétien ou athée ou n'importe quel chemin... du moment qu'il est suivi avec sincérité. 

Certes je vois dans les paroles de Sri Aurobindo-Mère-Satprem des clefs de compréhension et d'action pour les épreuves que nous traversons dans notre monde tourmenté mais ce n'est qu'un aspect des choses. Leurs paroles sont surtout faites pour les personnes qui veulent avancer dans le chemin de transformation, pour rappeler que toutes les expériences de Mère, apparemment sans rapport les unes avec les autres, vont toutes dans la direction du changement de conscience pour la transformation. Autant le savoir. Avant de s'embarquer, c'est mieux de connaître un peu le plan de vol.

Je dis cela pour les gens qui ne veulent pas entendre parler de transformation, qui ne croient pas qu'un changement de conscience est en cours, qui ne veulent même pas essayer ou envisager que c'est possible...

Maintenant, il me parait assez évident aussi que nous ne pouvons faire cela pour un motif égoïste. Je ne sais comment dire. Disons que je ne me fais pas beaucoup d'illusions sur notre capacité à nous transformer complètement en cette vie car le processus est complexe, subtil, un peu difficile et je doute que cela soit pour nous personnellement.

Par contre, je suis certain qu'aucun de "nos efforts" n'est perdu et que cela aide à faire advenir ce nouveau monde, pas tellement pour nous, encore que très certainement cela a aussi des répercussions positive sur l'instant présent sur terre. Surtout pour les générations futures car en essayant d'incarner la possibilité nouvelle, nous l'aidons à advenir. Ce que nous sommes aujourd'hui, nous dit Sri Aurobindo, est le fruit de ce que nous avons tentés dans nos vies antérieures et aussi le fruit du travail de nos ancêtres.

Commencer par le début...

Sri Aurobindo-Mère ont été les pionniers et pendant longtemps leur vrai travail, ce travail-là, est resté secret, inconnu du grand public. Et puis Satprem a popularisé, expliqué et poursuivi cette oeuvre. 

Même si nous prenons la date de naissance de Sri Aurobindo-Mère, (1872 et 1878), à l'échelle de l'histoire humaine, c'est tout récent. Nous fêtons cette année le 150 ème anniversaire de la naissance de Sri Aurobindo et il se pourrait que... ce soit une année bénie, finalement. Et si nous situons le début à l'expérience décisive du 29 février 1956, c'est encore plus récent. 66 ans !

Après des années de relatif anonymat, il me semble que le moment est venu que nous, humanité moyenne, participions à ce travail de façon plus consciente.

Et comme toute chose nouvelle, je ne vois qu'un moyen, se mettre en contact avec ceux qui ont fait le chemin avant nous. Chaque progrès dans notre compréhension est un progrès pour tous car la conscience est une... c'est toute l'utilité de lire, étudier, s'imprégner de leurs oeuvres. 

Faire de la politique, imaginer une meilleure répartition des richesses, instaurer le RIC, et toutes sortes de choses sont à notre portée pour améliorer, réorganiser même de fond en comble la vie humaine. Ça, nous savons faire et nous avons des tas d'idées, mais fabriquer une espèce nouvelle, effectuer un saut évolutif, qui sait comment faire ? Est-ce qu'il y a des gens qui ont un peu étudié cela ? 

Sur ce sujet, je ne vois que deux chemins. Le plan du diable imite le plan du divin. Il y a les totalitaires transhumanistes (et paresseux) qui prétendent réaliser cela avec la science et la technologie alors que la méthode divine se fait par un changement de conscience. 

Maintenant, je voudrais partager quelques extraits de L'espèce nouvelle de Satprem que j'ai trouvé particulièrement forts. Ils me paraissent contenir des clefs formidables pour notre évolution, notre transformation. Ou même simplement pour une compréhension plus profonde des événements du monde, donc pour y agir. 

Et une fois encore, même Mère elle-même admettait souvent ne pas savoir, ne pas comprendre ce changement de conscience jusqu'au moments où Elle trouvait une clef et puis une autre et ainsi de suite. Alors si les extraits ci-dessous semblent aller dans tous les sens,  derrière, c'est la même force évolutive et si nous nous mettons en contact avec ça, alors cela nous aidera beaucoup. 

Lien vers le PDF

Extraits Espèce Nouvelle

Chapitre 12 : L'infiltration

Paragraphe : L'impersonnalisation

Alors on comprend vraiment que le monde est au bord d’un miracle qui dépend… de quelque chose qui est encore un mystère, mais que l’on sent comme un infime mystère, un «rien» – un rien formidable. Quelque chose de formidable et qui a l’air imbécile, disait Mère tout à fait vers la fin. Peut-être allons-nous buter dessus, si Mère nous tient bien la main de l’autre côté du voile.

/...

La seule chose que je fais, c’est ça [et Mère ouvrait ses mains sur ses genoux, ses mains très blanches avec des petites veines violettes, on aurait dit que c’était translucide], tout le temps ça, de partout, dans les pensées, dans les sentiments, dans les sensations, dans les cellules du corps, tout le temps : «À Toi, à Toi, à Toi. C’est Toi, c’est Toi, c’est Toi.» C’est tout. Et puis rien d’autre. C’est-à-dire un consentement de plus en plus total, de plus en plus intégral et de plus en plus comme ça [et elle faisait le geste de se laisser porter] ; c’est là qu’on a l’impression qu’il faut être tout à fait comme un enfant. Si on commence à penser : oh ! je voudrais être comme cela, oh ! il faudrait être comme cela, on perd son temps.

Chapitre 15 : La première sortie de la trame

Paragraphe : Une ondulation

C’est une espèce d’état très impersonnel où toute cette habitude de réaction aux choses extérieures, environnantes, a complètement disparu. Mais ce n’est remplacé par rien. C’est… une ondulation. C’est tout.

Elle partait dans l’ondulation. 

Alors quand est-ce que ça se changera en autre chose ? Je ne sais pas. On ne peut pas, on ne peut pas essayer ! on ne peut pas faire un effort, on ne peut pas chercher, parce que immédiatement intervient cette activité intellectuelle qui n’a rien à voir avec ça. Et c’est pour cela que j’en conclus que c’est quelque chose qu’il faut devenir, être, vivre – mais comment ? et de quelle façon ? Je n’en sais rien.

On ne peut pas essayer de devenir l’espèce nouvelle! parce que c’est la vieille espèce qui essaye avec ses super-vieux moyens. Il n’y a pas de moyens ! On ne peut pas essayer de devenir ce qui n’est pas (ou apparemment pas), et comment ferait-on ? On peut essayer de devenir mathématicien ou poète, ou même yogi dans la conscience cosmique, mais comment essayer ce qui n’est nulle part ? Il n’y a pas de chemin, personne n’est allé là ! Alors elle vivait cette ondulation entrecoupée de brutaux retours à la cage.

Commentaire :

Si nous ne pouvons pas essayer, nous pouvons tout de même nous rendre disponible, ou non, pour que la force évolutive agisse en nous, dans notre environnement, notre univers, ou pas. Si nous sommes calmes, recueillis, concentrés, silencieux, intériorisés, offerts, tournés vers le Divin, etc., il me semble que cela nous rend plus disponible à faire l'expérience de la transformation que si nous sommes pris dans le flot continuel des activités du monde et de leurs distractions. 

Paragraphe : Les grandes pulsations

Il faut accepter d’être imbécile – es-tu prêt ?

Commentaire :

Il me semble me rappeler que Mère a dit qu'il n'y avait pas une personne sur un million pour accepter cela. Rapporté à la population française, cela nous met à une soixantaine de personnes dans tout le pays. Espérons que les choses aient évolués depuis cette parole. Encore que Sri Aurobindo pour faire son oeuvre ne demandait que 100 personnes libérées de leur petit ego et soumises à la shakti divine.

Chapitre 17 : Mais où est la mort

Paragraphe : L'état sans mort

Une «Harmonie» qui n’a évidemment pas grand-chose à voir avec ce que nous entendons par ce mot – les animaux comprendraient mieux ce que cela veut dire, mais s’ils étaient en état de comprendre, ce serait instantanément fichu ! C’est ce qui nous est arrivé. Cet état d’Harmonie, c’est justement l’état supramental.

Il faut sortir de l’état de «compréhension» mentale, qui ne comprend pas grand-chose à vrai dire (qui individualise plus qu’il ne comprend, ou qui encage), pour entrer dans la super-compréhension totale qui «comprend» parce qu’elle est l’objet qu’elle veut comprendre – et elle n’a même pas besoin de chercher à comprendre : elle est simplement, alors elle sait automatiquement. Et parce qu’elle sait, elle fait automatiquement, sans erreur. C’est l’Harmonie. 

Oh ! maintenant, je fais une distinction constante entre… (comment dire ?) la vie en ligne droite et en angle droit, et la vie ondulatoire. Il y a une vie qui est comme cela, hachée, où tout est coupant, dur, angulaire, et puis on se cogne partout ; et il y a une vie ondulatoire, très douce, très charmante – très charmante. Mais pas, pas trop solide ! 

[En effet, Mère ne tenait pas trop sur ses jambes à ce moment-là.] 

C’est curieux, c’est tout à fait un autre genre de vie… L’art de se laisser porter par le Suprême dans l’Infini. Mais c’est dans l’Infini du DEVENIR. Mais sans aucune des duretés et des chocs de la vie telle qu’on la sent d’ordinaire. L’art de se laisser porter par le Suprême dans le Devenir infini…

Tout ce qui vient de là [et Mère touchait son front], c’est dur, c’est sec, c’est froissé – c’est violent, c’est agressif. Même les bonnes volontés sont agressives, même les affections, les tendresses, les attachements – tout ça, c’est agressif comme tout. C’est comme des coups de bâton. Au fond, toute la vie mentale est dure…  C’est ça, c’est ÇA qu’il faut attraper : une sorte de cadence, un mouvement ondulatoire, qui est d’une ampleur, d’une puissance ! – c’est formidable, n’est-ce pas. Et ça ne dérange rien. Ça ne déplace rien, ça ne heurte rien. Et ça emporte l’univers dans son mouvement ondulatoire – si souple !… 

Cette impression qu’on n’existe pas, et que la seule chose qui existe, c’est-à-dire qu’on a l’habitude d’appeler «soi-même», c’est quelque chose qui grince et résiste.

C’est ce que Mère appelait le «vêtement aux épines». La vieille espèce périmée.

Chapitre 18 : Le changement de temps

À chaque instant, je m’attrape à être ceci, à être cela, à faire ceci, à faire cela – toutes les choses que l’on ne doit pas être ! Tout me vient sous cette forme-là, comme si c’était dans moi, et je m’attrape à être comme ceci, comme cela…

Alors quelque chose dit (tout cela, dans la conscience du corps), le corps dit : «Ah ! je suis encore comme cela, quelle misère !» Et la réponse immédiate : «Mais tu ne vois pas, tu ne vois pas l’utilité de cela ?»

Et alors on me montre tout un enchevêtrement de mouvements, de vibrations, de réactions, d’actions… Tout s’explique, tout est à sa place ! On voit tellement que c’est l’égoïsme ; l’égoïsme qui veut la perfection individuelle personnelle : au lieu de vouloir le progrès global, qui veut le progrès personnel et qui, encore, fait des coupures là où il n’y en a pas, des séparations là où cela n’existe pas, et comme il faut accepter qu’un mouvement passe [à travers le corps] pour que le TOUT suive sa route – c’est très-très intéressant.

Mère vous disait cela très froidement quelques minutes après avoir «basculé» dans quelque chose qui nous épouvanterait. Et elle ajoutait : Il faut que le tout marche en même temps, on ne peut pas séparer un morceau comme cela et le rendre parfait – cela ne se peut pas! Ce n’est pas possible. Ce n’est pas que cela ne doit pas : ça ne PEUT PAS. Tout se tient

Mais c’est un travail innombrable.

Commentaire :

Vouloir le progrès global voilà une autre clef très importante. Et puis, depuis des millénaires nous avons appris les connaissances et les lois de la séparation, de la division. Maintenant, il s'agit de revenir à la source des choses et de toute chose et de comprendre la connaissance et les lois de l'unité. C'est la base même de toute notre construction qui est en train de vaciller, de s'écrouler, de changer, c'est considérable, c'est astronomique... 

Paragraphe : L'autre chambre

Je me trouve dans une position où tout cela coule, coule comme une rivière de paix, tranquille – c’est vraiment merveilleux : toute la création, toute la vie, tous les mouvements, toutes les choses, et tout cela COMME UNE SEULE MASSE ; et ce corps au milieu de tout cela fait une partie très homogène, et ça coule comme une rivière de paix, paisible, souriante, à l’infini.

Et puis, tout d’un coup, clac! on trébuche. Alors on est de nouveau SITUÉ : on est quelque part, c’est un moment quelconque. Et alors, une douleur ici, une douleur là, une douleur… 

Ce «situé» nous rappelle bien la cage. Et cette cage aussi a l’air d’être liée à une certaine perception du temps. Si on pouvait trouver le mécanisme! s’écriait Mère… 

/...

Après un temps de réflexion, Mère a soudain dit : Je crois que c’est la connaissance matérielle, c’est-à-dire l’usage supérieur du Mental physique, qui empêche d’entrer dans la vraie chambre. Parce que, moi, je disais simplement: JE VEUX ALLER LÀ (c’est-à-dire que c’était une volonté cristalline, claire, impérative). Il faut que je dise: JE VEUX ALLER – pas ça, pas tes moyens !

Le Mental physique qui fait basculer dans la chambre mortelle.

Paragraphe : La joie des cellules

C’est comme quelque chose de gluant qui vous entoure, qui vous touche partout : on ne peut pas avancer, on ne peut rien faire sans rencontrer ces doigts noirs et gluants du Mensonge. C’était une impression très triste. Et cette nuit, c’était comme la Réponse. C’était comme si l’on me faisait vivre le MOYEN de changer ce Mensonge en Vérité, et c’était si joyeux !…

C’est-à-dire que c’est une vibration analogue à la joie qui est capable de dissoudre et de surmonter la vibration de Mensonge.

C’était très clair : ce n’est pas l’effort, ce n’est pas la rectitude, ni le scrupule, ni la rigidité, rien de tout cela ; cela n’a aucun effet sur cette tristesse (c’est une tristesse) du Mensonge, c’est quelque chose de si triste, de si IMPUISSANT, c’est si misérable… 

La formidable impuissance fondamentale de cette énorme Mécanique qui a enveloppé le monde, comme un paralytique qui s’invente toujours de nouvelles jambes et de nouveaux bras pour remplacer ce qu’il a perdu ; il essaie même de se fabriquer des codes génétiques améliorés. C’est triste, c’est dérisoire partout. 

Et ce n’est qu’une vibration de Joie qui peut changer cela. C’était une vibration qui coulait comme de l’eau argentée. C’est-à-dire que l’austérité, l’ascétisme, même l’aspiration intense et sévère, toute sévérité, tout cela: aucune action – le Mensonge reste là, derrière, sans bouger. Il ne peut pas résister au pétillement de la Joie.

Et Mère poursuivait : Il y avait même la vision du genre de vibration dans les cellules : c’étaient des vibrations tout argentées, pétillantes, frémissantes, mais très régulières, et précises. Comment dire?… c’était, dans les cellules, la contradiction du Mensonge. C’était comme des petits éclatements de lumière argentée.

Commentaire :

Face au déferlement de mensonges depuis 2019, l'arme principale semble avoir été d'utiliser la raison, parce que justement nous avons souvent eu l'impression que les gens l'avait perdue. Nous avons parfois utilisé l'arme redoutable de l'humour mais celle de la joie, je crois que nous n'y avons pas pensé.

Qui aurait cru que la joie avait ce pouvoir ? Pourtant, dès 1954 Mère avait dit que les cellules qui pouvaient recevoir et conserver la joie divine était des cellules régénérées en passe de devenir immortelles. 

Hélas, le temps entre le moment où l'information est entendue et où elle est intégrée, réalisée peut parfois mettre des années. 

Paragraphe : La trépidation mortelle

La réalité physique est devenue seulement un champ de vibrations, qui s’entremêlent, et qui malheureusement s’entrechoquent aussi, sont en conflit; et le choc, le conflit est un paroxysme de ce genre de trouble, de désordre et de confusion que créent certaines vibrations, au fond qui sont des vibrations d’ignorance (c’est parce que l’on ne sait pas) et trop petites, trop étroites, trop limitées – trop courtes.

Ce n’est plus du tout le problème vu à un point de vue psychologique : c’est seulement des vibrations. Et cette connaissance vibratoire (je ne peux pas dire «froidement scientifique» parce que cela introduit des notions mentales) est d’une sagesse ! d’une sagesse et d’un calme, d’une tranquillité si imperturbable, et absolument libre de toute notion de bien, de mal, de divin, de bon, de mauvais, tout cela, absolument indépendante, purement matérielle… 

Et Mère ajoutait avec un sourire si charmant: Mais c’est tellement plus merveilleux quand on sait que c’est Toi !… Peut-être que l’esprit scientifique moderne qui a étudié les atomes comprendrait mieux. C’est le même genre de compréhension que celle du savant qui analyse la constitution de la Matière – toute explication psychologique n’a pas de sens.

Mais tous les problèmes (que ce soient des problèmes psychologiques, des problèmes purement matériels, des problèmes chimiques), tout le problème se réduit à cela : ce ne sont rien que des vibrations.

Et il y a la perception de cet ensemble de vibrations et de ce que l’on pourrait appeler, d’une façon très grossière et approximative, la différence entre les vibrations constructrices et les vibrations destructrices.

Nous pourrons (c’est une façon de parler simplement) dire que toutes les vibrations qui viennent de l’UN et expriment l’Unité sont constructrices, et toutes les complications de la conscience ordinaire séparatiste mènent à la destruction. Et on voit cela pour tout, depuis la plus petite chose jusqu’à des choses même terrestres.

Une fois, nous nous souvenons même avoir été très frappé d’une remarque de Mère à propos de quelqu’un qui avait laissé tomber un objet : C’est un frétillement continu, c’est effroyable quand on s’en aperçoit ! une espèce de petite trépidation, oh ! quelle horreur…

Et c’est la MÊME CHOSE POUR TOUT :  les tremblements de terre et les raz de marée, les éruptions de volcan, les inondations, ou bien les guerres, les révolutions, les gens qui se tuent sans même savoir pourquoi… 

La même chose, la même vibration, qui fait trébucher sur un trottoir ou déferler les foules. Alors vraiment nous pouvons pincer la Mort dans un petit geste – cette Mort qu’elle poursuivait partout, à chaque minute, depuis le départ de Sri Aurobindo. Nous sommes complètement trompés par les apparences grandioses ou infimes des choses...

Commentaire

Nous avons souvent entendu que le gouvernement ne cessait de diviser les français. Nous le constatons pas nous-mêmes. Avec ces extrait nous avançons d'un pas en comprenant que derrière la séparation, la division, c'est une force de destruction. C'est très intéressant. Et même pour nous, dans nos vies personnelles, nous pouvons nous en inspirer. 

La méthode de transformation de Sri Aurobindo -Mère fut de tout prendre en eux et de l'offrir au Divin. Et curieusement, la dernière vidéo de Sadhguru se termine en disant que le point décisif pour l'avenir de l'humanité sera de savoir si nous serons exclusif ou inclusif.

Lien vers la vidéo

Je suis en train d’étudier la manière dont la Matière, le corps, peut être constamment en Harmonie avec la Présence divine, et c’est tellement intéressant : ce n’est pas du tout une opposition, c’est une toute petite microscopique déformation.

Si l’on veut employer des mots qui grossissent beaucoup le phénomène, parce qu’il est très minuscule, on pourrait parler d’une hâte dans la Matière (ou dans une certaine Matière). 

Une impatience de sortir du moment présent pour le moment immédiat, et en même temps une incertitude de ce que ce moment immédiat va apporter, et cela fait une vibration de «restlessness» [agitation fébrile?]…

J’attrape tout le temps mes cellules à être comme cela. Naturellement je réagis, mais c’est un état très normal pour elles : toujours tendues vers le moment d’après, jamais la tranquillité du moment présent.

Et cela se traduit (les mots que l’on emploie donnent une allure très concrète à quelque chose qui est assez fluide) par le sentiment d’avoir à supporter, endurer, et la hâte d’être sorti de cette endurance, avec un espoir (très faible et très inconsistant) que le moment suivant sera meilleur. Et c’est comme cela de moment en moment, de moment en moment… 

Naturellement il ne s’agit pas du tout de cette sorte d’agitation propre à nos vies désaxées, mais c’est l’origine de cela: la pincée de mort. 

Commentaire :

Mère est souvent revenue sur les effets négatifs de cette trépidation... et que si nous parvenions à la remplacer par une vibration de paix, de nombreux  désordres seraient résolus. Avec cette autre clef nous pouvons sans doute faire un pas vers une  vraie guérison. 

Et puisque nous avons vu plus haut que nous ne pouvons rien faire  (c'est seulement un aspect des choses) nous pouvons nous asseoir et ne vraiment rien faire qu'entrer, descendre dans l'instant présent, traverser de façon imperturbable toutes les agitations qui vont monter à la conscience jusqu'à que nous touchions ça...

Chapitre 19 : La fausse matière

Paragraphe : La maladie de la terre

Il y a toutes sortes de choses ; l’une par exemple que j’ai souvent observée : une maladie se déclenche, ou un désordre se déclenche, disons qu’un ensemble de cellules flanche ; pour une raison quelconque, elles subissent le désordre – obéissent au désordre – et il y a un POINT qui devient «malade» ; mais cette intrusion du Désordre se fait sentir partout, elle a des répercussions partout : partout où il y a un point plus faible ou moins résistant à l’attaque, cela se manifeste.

Par exemple, prends quelqu’un qui a l’habitude d’avoir mal à la tête, ou mal aux dents, ou une toux, n’importe quoi, un tas de petites choses comme cela, qui vont, viennent, croissent, diminuent. Mais s’il y a une attaque de Désordre quelque part, sérieuse, tous ces petits troubles réapparaissent immédiatement, ici, là, là…

Et le mouvement contraire suit le même schéma : si l’on arrive à apporter à l’endroit attaqué la vraie Vibration – la Vibration d’Ordre et d’Harmonie – et que l’on arrête le Désordre… toutes les autres choses se remettent en ordre, comme automatiquement.

Et je parle ici des cellules du corps, mais c’est la même chose pour les événements extérieurs, jusqu’aux événements mondiaux.

C’est même remarquable au point de vue des tremblements de terre, des éruptions de volcan, etc… Il semblerait que la terre tout entière soit comme le corps, c’est-à-dire que si un point fléchit et manifeste le Désordre, tous les points sensibles subissent le même effet.

Au point de vue humain, dans une foule, c’est extraordinairement précis, la contagion d’une vibration – surtout les vibrations de désordre (mais les autres aussi). Et c’est une démonstration tout à fait concrète de l’Unité. C’est très intéressant. C’est une chose que j’ai observée au point de vue des cellules du corps des centaines de fois.

Et alors, on n’a plus du tout cette impression mentale d’un «désordre qui s’ajoute à l’autre ce qui rend le problème plus difficile» – ce n’est pas du tout cela, c’est… si l’on touche au centre, tout le reste naturellement rentrera dans l’ordre. Une démonstration tout à fait concrète de l’Unité. Et c’est par cette connaissance de l’Unité qu’on a la clef.

On se demande, par exemple, comment l’action d’un homme ou d’une pensée peut remettre les choses en ordre – c’est comme cela. Non pas qu’il faille penser à tous les endroits troublés, non : il faut toucher le centre.

Et la maladie de la terre sera guérie.

Commentaire :

Mince ! 😊 Je pensais qu'il était plus facile de s'occuper d'un point puis d'un autre. Sans doute jusqu'à un certain point, il est possible de faire ainsi. De quel centre s'agit-il ? Le centre dans la tête ? Dans le coeur ? Ou un autre ? Le centre de l'être ? Le centre divin ? Mais comme le divin est partout et qu'en n'importe quel point il est possible de le trouver... Mère parle sans doute du centre du désordre... En ce cas, le centre pourrait bien être dans le subconscient, ou ailleurs, car je me souviens avoir lu que l'origine de nos maux physiques étaient à chercher dans notre mental. 

Par rapport à quelques désagréments habituels je me suis concentré avec l'intention de travailler sur le centre réel de la douleur et à ma grande surprise je sentais les énergies travailler au-dessus de ma tête. C'était assez fort et je n'ai pas réussi à garder ma concentration très longtemps, comme si chaque fois que l'on approche un peu sérieusement d'un vrai noeud, l'intensité de la résistance augmente, et alors, il faut tenir, ne pas flancher...

Paragraphe : Une petite pelure

Ce «centre», on avait de plus en plus l’impression qu’il était là, à cette lisière des cellules, ce moment de passage d’un état à l’autre: 

Naturellement, quand nous commençons à penser à toutes les zones, tous les plans de conscience universels, et que c’est tout au bout, tout au bout là, alors cela devient très loin, très loin, très loin ! disait-elle en riant. 

Mais quand nous pensons qu’Il est en toutes choses, qu’Il est partout, que c’est Lui qui est tout, et que c’est seulement notre perception qui nous empêche de Le voir et de Le sentir, mais que nous n’avons qu’à faire comme cela [et Mère faisait basculer sa main dans un sens ou dans l’autre], c’est un mouvement très concret : on fait comme ça, tout devient artificiel, dur, sec, faux, mensonger ; on fait comme ça [Mère renverse la main], tout devient vaste, tranquille, lumineux, paisible, immense, joyeux.

Et c’est seulement ça, ça – comment ? où ? Cela ne peut pas se décrire, mais c’est seulement – seulement – un mouvement de conscience, pas autre chose. Et la différence entre la conscience vraie et la conscience fausse devient de plus en plus… précise et en même temps MINCE – il n’y a pas de «grandes choses» à faire pour sortir de ça.

Avant [avant 1962] on avait l’impression que l’on vivait dans quelque chose et qu’il fallait une grande intériorisation, concentration, absorption, pour sortir de ça ; mais maintenant l’impression : c’est quelque chose qu’on accepte, qui est comme une petite pelure mince, très dure (très dure mais malléable), mais très-très sèche, très mince, très mince, quelque chose comme si l’on se mettait un masque – et puis on fait comme ça [Mère renverse sa main], ça disparaît… On prévoit le moment où il ne sera pas nécessaire de prendre conscience du masque.

Mais c’est cela ! il y a quelque chose en nous qui prend conscience de la mauvaise manière : une prise de conscience qui est comme la prise de la maladie, du mensonge, du désordre, de la mort – pas un seul microbe! Un microbe de conscience, ou une conscience microscopique, quelque chose de très microscopique et de très mince, mais collant.

Et Mère ajoutait : Ce sera tellement mince qu’on pourra voir, sentir, agir au travers, sans avoir besoin de remettre le masque. C’est ce qui commence à se faire.

Commentaire :

C'est une grande aide de savoir, qu'Il est là, qu'Il n'est pas loin, et que viendra le moment ou tout le monde pourra le percevoir... alors, comme le dit Sri Aurobindo dans Savitri, sans s'y attendre la terre deviendra divine.

Paragraphe : L'illusionnisme à l'envers

J’ai été comme plongée dans le bain de l’Amour du Suprême. [Pour le corps, c’est un bain, ce n’est pas un sentiment.] Et c’est une sorte de masse vibratoire homogène, immobile, et pourtant avec une intensité de vibration sans pareille, qui peut se traduire par une lumière chaude, dorée.

Et alors, c’est partout à la fois, partout identique à soi-même, sans alternances de haut et de bas, sans changement, dans une intensité de sensation qui est invariable.

Et ce «quelque chose» est à la fois immobilité absolue et intensité vibratoire absolue. Et Ça… ça aime. Il n’y a pas de «Seigneur» et il n’y a pas de «choses» ; il n’y a pas de «sujet», il n’y a pas d’«objet». Et Ça aime. Et comment dire ce que c’est que Ça ?… c’est impossible. Et Ça aime partout et tout, tout le temps, en même temps.

Alors une fois que l’on a vécu Ça, on devient si irrévocablement conscient que tout dépend de la perception individuelle, entièrement, et cette perception individuelle dépend, naturellement, de l’insuffisance, l’inertie, l’incompréhension, l’incapacité du fait que les cellules ne peuvent pas contenir ni garder la Vibration, enfin de tout ce que l’homme appelle son «caractère» et qui provient de son évolution animale. 

Mais Lui, Il est là, Il est là, là ! Il est en permanence – c’est LA permanence. 

Cette Permanence que le Bouddha a cherchée, elle est là. Lui, prétend l’avoir trouvée dans le Nirvâna – elle est là, dans l’Amour. C’est là, c’est là, c’est là – c’est là.

Et ce sont les choses elles-mêmes qui sont dans l’impossibilité d’en sentir plus qu’elles ne peuvent en supporter. C’est le monde de demain ou d’après-demain. C’est une gloire inexprimable…

Je ne sais pas si ce monde (je ne parle pas de la terre seulement, je parle de l’univers actuel), si ce monde sera suivi d’autres ou si lui-même continuera, ou si… mais Ça, dont je parle, et que j’appelle Amour, c’est le Maître de ce monde-ci.

Le jour où la terre (parce qu’on nous l’a promis, et ce ne sont pas des promesses vaines), le jour où la terre manifestera Ça, ce sera une gloire…

C’est assez curieux : le monde vital est magnifique, le monde mental a ses splendeurs, le monde des dieux (qui sont des êtres existants, que je connais bien), c’est vraiment très beau ; mais figure-toi, depuis que j’ai ce Contact-là, tout cela parait creux – ça parait creux et… il manque là-dedans l’essentiel. Et cette chose essentielle est en principe ici, sur la terre.

C’est une expérience corporelle, des cellules.

Retour à l'accueil