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Publié par pascalemmanuel

Ci-dessous, la retranscription d'un paragraphe extraordinaire de L'Espèce nouvelle de Satprem (page 397).  

La vibration de ce texte tellement forte et tellement belle en même temps que ça me donne presque envie d'en pleurer, une énième pépite dans cette grande aventure de la création-manifestation d'une espèce nouvelle. Cela touche quelque chose de très profond dans la conscience... 

Rien qu'avec ce que dit Mère sur l'inutilité du but et les prétendues lois de cause à effet, toute notre compréhension traditionnelle du monde s'envole, ou plutôt s'écroule, et je ne parle pas du reste : je vous laisse découvrir et savourer... 

Cattleya – Orchidée – Le but de l'existence est réalisé

Parmi ces milliers d’expériences ou d’opérations, il est bien difficile de dire celle qui compte, car elles comptent toutes pour quelque chose que nous ne connaissons pas. C’est un véritable carnet de laboratoire, cet Agenda, et nous pensons à ces physiciens des métaux qui jetaient leurs échantillons inutiles dans la cour du laboratoire, jusqu’au jour où, au milieu de ce tas de rouille, l’un d’eux s’aperçut d’un échantillon qui brillait, intact : c’était de l’acier inoxydable. Toutes nos vraies découvertes sont comme par mégarde, parce que nous ne savons pas ce qu’il faut découvrir. Nous prions Mère de ne pas nous laisser jeter le Pérou pardessus bord, pensant que c’est encore un morceau de forêt inutile. Et au fond, Mère faisait une découverte un peu semblable : une découverte de la non-découverte, si l’on peut dire.

Quelque chose d’encore imperceptible s’était glissé en elle avec cette sorte de changement de temps ou d’état d’«immobilité massive» qui semblait avoir des propriétés bizarres : une autre Vibration, qu’elle appelait la Vibration Droite ou la Vibration de l’Amour Suprême, ou… Une autre manière d’être de la vie. 

À n’importe quel niveau, il y a toujours un but. Nous, nous parlons de «réalisation supramentale». Mais tout dernièrement, je ne sais pas ce qui s’est passé, quelque chose a comme pris possession de moi avec cette perception que le Suprême est tout, partout, fait tout, ce qui a été, ce qui est, ce qui sera, ce qui se fait, tout, tout n’est-ce pas. Et puis, tout d’un coup, il y a eu une sorte de… (ce n’est pas une pensée, ce n’est pas une sensation, c’est plutôt comme un état) : l’irréalité du but. Pas l’irréalité : l’inutilité. Pas même l’inutilité : l’inexistence du but.

Et même cette volonté qui reste dans le corps de faire l’Expérience, même cela c’est parti ! C’est quelque chose… je ne sais pas. C’est comme un ressort qui existait et qui avait sa raison d’être (et c’est pour cela qu’il persistait) : faire ceci pour arriver à cela, et ceci mène à cela (mais c’est encore plus subtil que cela), et ce ressort, tout d’un coup, semble être inexistant, parce que inutile. Maintenant, c’est une sorte d’absoluité dans chaque, chaque seconde, chaque mouvement, depuis le mouvement le plus subtil, le plus spirituel, jusqu’au plus matériel.

C’est cet enchaînement qui a disparu. L’enchaînement a disparu : ça, ce n’est pas la «cause» de ça, et ça, ce n’est pas fait «pour» ça – on ne va pas «là». Tout cela parait… C’est peut-être comme cela que voit le Suprême ? C’est peut-être cela, la perception suprême – un absolu. Un absolu innombrable et perpétuel, simultané…

C’est comme ces pulsations de l’expérience d’il y a deux ans [1962], les pulsations d’Amour qui éclataient et qui produisaient le monde. Et qui se suivaient mais qui n’avaient pas de cause et d’effet: une pulsation n’était pas le résultat de la précédente ni la cause de la suivante – pas du tout–, chacune était un tout en elle-même. Chaque instant du Seigneur est un tout en lui-même…

Le sens de connexion est parti, le sens de cause à effet est parti – tout cela, ça appartient au monde de l’espace et du temps. Chaque… (chaque quoi ? qu’est-ce que c’est que «ça» ? On ne peut pas dire un «mouvement», on ne peut pas dire un «état de conscience», on ne peut pas dire une «vibration», tout cela appartient encore à notre mode de perception – alors on dit «chose»: chose ne signifie rien), chaque «chose» en elle-même porte sa loi absolue.

C’est-à-dire que tout ce qui fait la base et l’enchaînement de nos lois de la Matière disparaissait. Nos «lois» sont la conséquence déduite de la répétition d’un même phénomène : il n’y a pas de même phénomène ! Il y a un phénomène toujours nouveau. Chaque «seconde» [si l’on peut parler de seconde] a sa loi propre.

Mais c’est un univers merveilleux ! chaque seconde est neuve ! chaque seconde est libre ! Il n’y a pas de «j’ai quatre-vingt-neuf ans demain» : j’ai zéro an à chaque «instant» ! Il n’y a pas de «j’ai la tuberculose pour quatre ans» : je suis guéri de la tuberculose avant de l’avoir attrapée ! ou en même temps que je l’attrape : ça n’existe pas. Toutes les maladies sont des maladies du temps. Notre temps est très malade.

Comme dit Mère : La solution  précède le problème.

Il n’y a pas : ce genre de connexion comme cela [horizontal] n’existe pas. C’est comme cela [et Mère faisait un geste vertical]… Quelque chose qui n’a ni cause ni effet ni prolongement, ni intention – intention de quoi ! il n’y a rien qui soit «à faire» ! C’est comme cela [et Mère faisait ce même geste vertical].

Un temps vertical.

Mais ce qui est très important, c’est que cette expérience est une expérience du corps, de la conscience du corps – si c’était dans le mental là-haut, le Mental peut tournicoter sans fin dans l’éternel sans temps et continuer d’avoir quatre-vingt-neuf ans + 1 jour en bas + 2 jours + la tombe.

Mais si le corps sent ça, vit ça…? Probablement était-ce l’expérience en cours. Il fallait que le corps vive ça, continûment, sans «bascule» d’une chambre à l’autre, d’un état à l’autre, d’une vibration droite à une vibration tordue, d’un temps sans temps à un temps malade. Parce que, évidemment, si le corps, si la Matière peut vivre ça… ça bouleverse tout.

Mère allait commencer à être de plus en plus «bouleversée» – et curieusement (ou non) la terre avec elle. Les êtres humains, disait-elle encore, font toujours quelque chose POUR quelque chose, avec un but, une raison, un mobile ; même la vie spirituelle, même l’effort spirituel, c’est POUR le progrès de la conscience, POUR arriver à la vérité, pour… c’est une vibration qui a toujours une queue – une queue en avant. Et ces cellules se sont aperçues que si l’on arrive à avoir la vibration sans la queue, la puissance est décuplée – «décuplée» ce n’est rien! parfois c’est fantastique, la différence.

Et dans ce «temps vertical», la Matière commençait à être très… glissante, ou bizarre – fluide. C’est là où cet Agenda commence à devenir une forêt magique. Mais une microscopique magie, ou plutôt l’envers d’une magie : comme un formidable Maléfice qui se défait, minusculement. Ce n’est pas que les «miracles» arrivent, c’est que le Maléfice s’en va, sur un point ou un autre. Alors c’est tout naturellement miraculeux.

Il n’y a rien à «faire», il n’y a qu’à être… naturellement. Mais notre corps n’est pas naturel du tout, voilà. Être Ça. Et quand on est Ça, alors tout change, mais pas subjectivement : objectivement, matériellement. Ce sont ces microscopiques phénomènes, jour après jour, par dizaines et centaines, qui font une forêt avec d’incroyables précipices de lumière, et quelquefois d’effarants points d’interrogation. Ces petites «pincées» de miracle, n’est-ce pas, ou ces trous dans le Maléfice, ça se passe dans le corps… mais le corps, c’est beaucoup de monde, c’est peut-être bien tout le monde.

Alors ?… C’est la grande Trame. Défaire la trame du monde ? C’est peut-être cela que Mère regardait, un jour, les yeux clos, penchée sur elle-même, une main sur sa bouche comme il lui arrivait souvent, tandis que nous étions assis à ses pieds sur ce grand tapis jaune doré ; tout d’un coup, elle nous a regardé sans nous voir, avec ce grand regard bleu d’infini comme les yeux de Sri Aurobindo vers la fin, et elle s’est mise à parler en anglais (Si souvent, j’entends Sri Aurobindo parler), c’était Sri Aurobindo qui parlait : After some time I will be able to say… [et Mère restait longtemps à regarder devant elle, peut-être ce flamboyant aux fleurs jaunes par la grande baie ouverte] what is meant exactly by the irreality of this apparent matter. «Dans quelque temps, je pourrai dire… en quoi consiste exactement l’irréalité de cette Matière apparente.»

Puis elle ajoutait, encore après ces longs silences qui semblaient si substantiellement faits d’infini, comme si l’infini était là, vécu, une qualité de l’air, mais un air si léger : J’ai l’impression… l’impression d’être sur le point d’avoir une clef (une clef ou un procédé, je ne sais pas comment dire, tout cela ce sont des vulgarisations), mais quelque chose qui, si on le possède sans être totalement du côté vrai… en une seconde on pourrait être l’occasion d’une catastrophe effroyable. Et c’est pour cela que la préparation intégrale de la conscience doit se faire en même temps que la perception du Pouvoir. Et ce sont des différences si subtiles que… il semblerait qu’un tout petit mouvement de rien du tout, presque imperceptible, pourrait amener la catastrophe. Quelle catastrophe ? Je ne sais pas… comme une dissolution du monde.

La dissolution du monde ou de la Trame ? L’«irréalité» de notre Matière apparente? La vraie Matière dévoilée ?

Et alors on est là, comme sur une ligne de démarcation invisible, avec un Pouvoir extraordinaire, tout-puissant, qui en même temps vous fait connaître et vous empêche de connaître, avec des petites subtilités de mouvement extraordinaires, pour que rien ne se produise trop tôt, c’est-à-dire avant que TOUT ne soit prêt.

C’était en 1967, la première guerre d’Israël et la première explosion thermonucléaire en Chine.

Il semble que nous soyons au cœur du problème.

Il n’y a qu’un corps.

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