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Publié par pascalemmanuel

Depuis quelques temps, j'étais beaucoup centré sur la recherche de l'être psychique et la purification du vital et une personne a laissé un commentaire à propos de certains Entretiens de Mère et... ça m'a cassé la baraque !

C'est un phénomène que j'ai remarqué des dizaines de fois, l'esprit est concentré un temps sur une certaine ligne et puis, quelque chose se passe et envoie tout valdinguer, qui semble tout remettre en question, et on est comme contrait de repartir dans une autre direction...

Il s'agit de l'Entretien du 10 juillet 1957. Je vous propose de le lire ci-dans son intégralité.

Ou de retrouver ci-dessous l'enregistrement audio :

Premier paragraphe :

Il est assez difficile de se libérer des vieilles habitudes d’être pour pouvoir librement concevoir une vie nouvelle, un monde nouveau. Et naturellement, la libération commence sur les plans les plus élevés de la conscience : il est plus facile pour l’esprit ou l’intelligence supérieure de concevoir les choses nouvelles qu’il n’est facile pour l’être vital, par exemple, de sentir les choses d’une façon nouvelle.

Et il est encore plus difficile que le corps ait une perception purement matérielle de ce que sera un monde nouveau. Pourtant, cette perception doit précéder la transformation matérielle ; on doit d’abord sentir, d’une façon très concrète, l’étrangeté des choses anciennes, leur manque d’actualité si je puis dire. il faut avoir l’impression, même matérielle, qu’elles sont périmées, qu’elles appartiennent à un passé qui n’a plus de raison d’être. Parce que les vieilles impressions que l’on avait des choses passées, qui sont devenues historiques (qui ont leur intérêt à ce point de vue et qui soutiennent la marche du présent et de l’avenir), c’est encore un mouvement qui appartient au monde ancien : c’est le monde ancien qui se déroule, qui a un passé, un présent, un futur.

Mais pour la création d’un monde nouveau, il n’y a pour ainsi dire qu’une continuité de transition qui donne l’apparence — l’impression plutôt —, qui donne l’impression de deux choses qui sont entremêlées encore, mais presque décalées, et que les choses du passé n’ont plus le pouvoir ou la force de se perpétuer, avec plus ou moins de changements, dans les choses nouvelles. Cela, cet autre monde, c’est forcément une expérience tout à fait nouvelle.

Déjà là, à mon point de vue, nous avons une indication tout à fait claire et pratique de la nécessité, si nous voulons avoir la grâce de participer un tant soit peu à l'effort évolutif de la Nature, de la Conscience, de lâcher ce qui est périmé en nous.

Et puis, retenons cette importance accordée au fait qu'il est important de d'abord, sentir, percevoir...

Et puis Mère se projette dans le passé et explique ce qu'il a pu se produire au moment du passage évolutif entre l'animal et l'homme.

Ensuite, Elle en vient à parler d'une expérience tout à fait inattendue qui lui a fait sentir de façon très aigu quelque chose de très intéressant par rapport à la relation entre les hommes et les dieux.

...cela m’a mise en rapport avec tout ce monde religieux d’adoration, d’aspiration, toute la relation humaine avec ces dieux, qui était — je parle déjà au passé —, qui était la fleur de l’effort spirituel humain vers quelque chose de plus divin que l’homme, un quelque chose qui était l’expression la plus haute, et presque la plus pure, de son effort vers ce qui lui est supérieur.

Et tout d’un coup, j’ai eu, d’une façon concrète, matérielle, l’impression que c’était un autre monde, un monde qui avait cessé d’être réel, vivant, un monde périmé qui avait perdu sa réalité, sa vérité, qui était dépassé, surpassé par quelque chose qui avait pris naissance et qui commençait seulement à s’exprimer, mais dont la vie était tellement intense, tellement vraie, tellement sublime que tout cela devenait faux, irréel, sans valeur.

Alors, j’ai vraiment compris — parce que compris, non avec la tête, non avec l’intelligence, mais compris avec le corps, vous comprenez ce que je veux dire, compris dans les cellules du corps — qu’un monde nouveau est né, et qu’il commence à croître.

Je relève trois informations majeures :

- La relation telle que les hommes l'avaient avec les dieux est périmé. Ben ça alors ! Ça va grogner dans les chaumières et d'autres seront ravis. 

- Elle a compris avec le corps, avec les cellules du corps, et pas avec la tête. D'ailleurs, dans L'Agenda, Elle a dit un jour qu'en définitive, seul le corps pouvait savoir. Pour ramener sur terre les penseurs éthérés, philosophes et spirituels, y'a pas mieux. 

- Le monde nouveau est déjà né... mais alors, il n'y a plus besoin de le chercher je ne sais où, au 7 ème ciel, dans l'au-delà, au nirvana, à Dharamsala... 

Ensuite, Mère raconte une expérience très forte de 1926 avec les dieux du monde surmental et Sri Aurobindo lui a expliqué que ce n'était pas la vraie chose et qu'il s'agissait avant tout d'établir le principe Supramental. 

Polianthes tuberosa – Mimosa – La Nouvelle Création

Et puis Mère revient sur la naissance de ce nouveau monde :

Eh bien, je vous ai annoncé à tous que ce monde nouveau était . Mais il a été tellement englouti dans le monde ancien que, jusqu’à présent, la différence n’a pas été très sensible pour beaucoup de gens. Pourtant, l’action des forces nouvelles a continué d’une façon très régulière, très persistante, très obstinée et, dans une certaine mesure, très efficace.

Et l’une des manifestations de cette action a été mon expérience, vraiment si nouvelle, d’hier soir. Et le résultat de tout cela, je l’ai noté pas à pas, dans des expériences presque quotidiennes. On pourrait le dire d’une façon succincte, un peu linéaire :

D’abord, ce n’est pas seulement une « conception nouvelle » de la vie spirituelle et de la réalité divine.

Cette conception a été exprimée par sri Aurobindo, je l’ai exprimée moi-même bien des fois, et on peut la formuler à peu près comme ceci : l’ancienne spiritualité était une évasion hors de la vie, vers la réalité divine, laissant le monde là où il était, comme il était, tandis que notre vision nouvelle est au contraire une divinisation de la vie, une transformation du monde matériel en un monde divin. Cela a été dit, répété, plus ou moins compris, enfin c’est l’idée de base de ce que l’on veut faire.

Mais ce pourrait être une continuation avec une amélioration, un élargissement du monde ancien tel qu’il était (en tant que c’est une conception là-haut, dans le domaine de la pensée, au fond ce n’est guère que cela), mais ce qui s’est produit, la chose vraiment nouvelle, c’est que c’est un monde nouveau qui est , , .

Ce n’est pas l’ancien qui se transforme, c’est un monde nouveau qui est .

Et nous sommes en plein dans cette période de transition où les deux s’enchevêtrent ; où l’autre persiste, encore tout-puissant et dominant entièrement la conscience ordinaire, mais où le nouveau se faufile, encore très modeste, inaperçu — inaperçu au point qu’extérieurement il ne dérange pas grand-chose pour le moment, et que même, dans la conscience de la plupart, il est tout à fait imperceptible.

Et pourtant il travaille, il croît. Jusqu’au moment où il sera assez fort pour s’imposer visiblement.

Alors on comprends mieux pourquoi Satprem a pu dire qu'il n'y avait rien à améliorer, qu'on n'améliorait pas la pourriture, qu'il fallait CHANGER.

Pourtant, dans leurs oeuvres, il y a de très nombreux passages où l'on a cette impression qu'il faut grandir, se développer,  s'améliorer, progresser... et parfois, on tombe sur des textes qui donnent presque l'impression que tout ça ne sert à rien et qu'il y a surtout quelque chose de tout à fait nouveau à trouver. Alors on ne sait plus quoi faire. 😊

 

Et puis Mère revient sur le monde des dieux et des religions et renvoies tout cela au monde du passé. C'est une formidable nettoyage... 

En tout cas, on peut dire, en simplifiant, que d’une façon caractéristique l’ancien monde, la création de ce que sri Aurobindo appelle l’« Overmind », le surmental, était un âge des dieux, et par conséquent l’âge des religions. La fleur, comme je l’ai dit, de l’effort humain vers ce qui lui était supérieur a donné naissance à des formes religieuses innombrables, à une relation religieuse entre les âmes d’élite et le monde invisible.

Et au sommet de tout cela, comme un effort vers une réalisation plus haute, est née cette idée de l’unité des religions, de ce « quelque chose d’unique » qui est derrière toutes ces manifestations ; et cette idée a été vraiment, pour ainsi dire, le plafond de l’aspiration humaine. Eh bien, cela, c’est à la frontière, c’est quelque chose qui appartient encore complètement au monde surmental, à la création surmentale et qui, de là, semble regarder le « quelque chose d’autre » qui est une nouvelle création et qu’il ne peut pas saisir — qu’il essaye d’atteindre, qu’il pressent, mais qu’il ne peut pas saisir.

Pour le saisir, c’est un renversement qui est nécessaire. il faut sortir de la création surmentale. il fallait que la nouvelle création, la création supramentale ait lieu.

Et maintenant, toutes ces vieilles choses paraissent si vieilles, si périmées, si arbitraires... un tel travestissement de la vérité vraie. Dans la création supramentale, il n’y aura plus de religions.

Toute la vie sera l’expression, l’épanouissement dans les formes, de l’Unité divine se manifestant dans le monde. Et il n’y aura plus ce que les hommes appellent maintenant des dieux.

Et puis, après un paragraphe ou Mère parle à nouveaux des dieux, nous arrivons au dernier paragraphe de cet Entretien.

Mais tout cela, c’est l’avenir ; c’est un avenir... qui a commencé, mais qui prendra un certain temps pour se réaliser intégralement.

En attendant, nous sommes dans une situation très spéciale, extrêmement spéciale, qui n’a pas eu de précédent. Nous assistons à la naissance d’un monde nouveau, tout jeune, tout faible — non pas dans son essence, mais dans sa manifestation extérieure —, pas encore reconnu, même pas senti, nié par la plupart. Mais il est là. Il est là, faisant effort pour grandir, tout à fait sûr du résultat. Mais le chemin pour y arriver est un chemin tout nouveau qui n’a jamais été tracé auparavant — personne n’est allé là, personne n’a fait ça ! C’est un début, un début universel. C’est par conséquent une aventure absolument inattendue et imprévisible.

il y a des gens qui aiment l’aventure. C’est à eux que je fais appel, et je leur dis ceci : « Je vous convie à la grande aventure. »

il ne s’agit pas de refaire spirituellement ce que les autres ont fait avant nous, parce que notre aventure commence par-delà. Il s’agit d’une création nouvelle, entièrement nouvelle, avec tout ce qu’elle comporte d’imprévu, de risques, d’aléas — une vraie aventure, dont le but est une victoire certaine, mais dont la route est inconnue et doit être tracée pas à pas dans l’inexploré. Quelque chose qui n’a jamais été dans cet univers présent et qui ne sera plus jamais de la même manière. si cela vous intéresse... eh bien, on s’embarque. Ce qui vous arrivera demain, je n’en sais rien.

Il faut laisser de côté tout ce que l’on a prévu, tout ce que l’on a combiné, tout ce que l’on a bâti, et puis... se mettre en marche dans l’inconnu. Et advienne que pourra ! Voilà.

Voilà, la question nous est posée : sommes-nous partant pour cette Aventure-là ? Personne ne peut décider à notre place. 

Trois  choses pour conclure.

D'abord, orienter sa conscience, son aspiration, sur les plans de conscience supérieurs est une chose et c'est sans doute utile, nécessaire... La centrer sur ce monde nouveau qui est déjà né en est une autre et ça fait une différence, ça change la donne, la perception.

Établir le contact, une relation avec quelque chose qui est encore dans le non-manifesté, c'est comme de faire descendre dans le visible quelque chose d'invisible, c'est très dur. Mais si c'est déjà là, imprégnant complètement l'atmosphère terrestre... alors on commence à se dire que c'est peut-être plus accessible qu'on ne le pense, qu'on le croît. 

Cela rejoint d'autres textes qui insistent sur le fait que nous sommes formidablement stupides,...😊. Il faudra que je les publie, ça fait du bien, ça remet un peu les pendules à l'heure...

Ensuite, cet Entretien date de 1957 et ce serait formidable de savoir ce que Sri Aurobindo-Mère-Satprem dirait aujourd'hui de l'état de la France et du monde...

Et enfin, les indications par rapport au corps, aux dieux et à la naissance de ce nouveau monde, m'a rappelé L'Agenda du 17 octobre 1957 sur la liberté du corps :

Et cette vibration nouvelle dans le corps m’a permis de comprendre le mécanisme de la transformation. Ce n’est pas quelque chose qui vient avec une Volonté supérieure, pas une conscience supérieure qui s’impose au corps : c’est le corps lui-même qui s’éveille dans ses cellules, c’est une liberté des cellules elles-mêmes, une vibration toute nouvelle, et les désordres se réparent – des désordres même antérieurs à la manifestation supramentale.

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