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Publié par pascalemmanuel

Deux passages de l'Agenda me posent question. Pour aborder le sujet simplement, l'expression "le coeur a ses raisons que la raison" ignore, évoque le fait que chaque plan de conscience a sa propre façon de voir. Mère a souvent évoqué le fait que, du point de vue de la conscience supramentale, les êtres humains, en particulier le mental, paraissaient stupides et ridicules. 

Soit ! Alors dans notre tentative d'être moins ignorants, nous avons souvent tendance, par exemple, à chercher à mener la vie la plus spirituelle possible, qui parait plus vraie que la vie matérialiste.

Or, ce qui est fort dans les passage ci-dessous, c'est l'affirmation de Mère que même ce qui tourne autour de la vie spirituelle, de recherche du Divin... ce n'est pas ça !

Ainsi, Mère a touché les expériences les plus contradictoires et ces passages rejoignent le sentiment d'inutilité qui me traverse plus régulièrement ces temps-ci. En particulier l'inutilité de parler de toutes ces choses apparemment "spirituelles". 

Dans d'autres passages, Mère reprend l'expression du serpent qui se mord la queue. Alors si ce qui est en haut est aussi en bas, tout à coup je me suis dit que "l'extrême spirituel" devait nécessairement toucher "l'extrême matériel". Ou "l'extrême corporel". Alors, en ce sens, il me semblait comprendre ce que Mère voulait dire quand elle disait que la solution n'était plus d'aller chercher dedans... 

Extrait de l'Agenda du 6 février 1962

Parce que j'ai eu (il y a peut-être un ou deux jours, je ne me souviens plus exactement, c'était assez fugitif mais très intéressant), j'ai eu un moment comme cela pendant que je marchais là-haut (*) : tout d'un coup, cette espèce de certitude absolue que je ne savais rien (ça a duré au balcon aussi) que (il n'y avait pas de «je », pas de je du tout) qu'on ne savait rien – «on», il n'y avait pas de «on», il n'y avait que... Qu'on ne pouvait pas savoir (je suis obligée d'employer des mots), qu'on ne pouvait pas savoir, qu'il n'y avait rien à savoir, que c'était tout à fait inutile, qu'il était tout à fait impossible de rien comprendre, même, même en sortant du mental, qu'aucune formulation n'était possible, qu'il n'y avait aucune possibilité de comprendre.

C'était tellement absolu, n'est-ce pas, qu'alors, aider les autres, faire avancer le monde, la vie spirituelle, la recherche du Divin, tout ça, tout ça, c'était du bavardage et des mots !

Qu'il n'y avait rien, que ce n'était rien, et qu'il n'y avait rien à comprendre, et que c'était impossible de comprendre – il était impossible d'être. Le sentiment d'une incapacité totale. C'était comme un dissolvant.

Tout était comme cela, comme si tout était dissous : le monde, la terre, les gens, la vie, l'intelligence, tout-tout, tout ça était dissous, c'est-à-dire un état absolument négatif.

Et ma solution, toujours la même : quand l'expérience a été bien totale, bien complète, que rien n'est resté, alors l'impression : « Tout ça, je m'en fiche (n'est-ce pas, vraiment ça pouvait se dire avec les mots les plus ordinaires) : je T'adore. » Et le «je » était quelque chose de tout à fait inconsistant : il n'y avait pas de forme, il n'y avait pas d'être, il n'y avait pas de qualité, il y avait : «Je T'adore» – c'était quelque chose qui était je et je T'adore. Simplement, il y avait assez de je pour pouvoir T'adorer.

Et alors, de cette minute, c'était comme une Douceur inexprimable, et là-dedans une Voix... aussi d'une douceur et d'une harmonie ! (il y avait un son, il n'y avait pas de mots, mais ça avait un sens absolument clair pour moi, comme si c'étaient les mots les plus précis) : «Tu viens d'avoir ton moment le plus créateur» !! Ah, bon ! ça va bien ! ! Après ça (riant), j'ai tiré l'échelle.

Avec un sourire ineffable, comme une espèce de... peut-être l'origine même de l'humour ? comme conclusion. Cette espèce d'annihilation, d'annulation de tout, et : «Tu viens d'avoir ton moment le plus créateur. » Alors j'ai ri – c'est tout, je n'avais plus qu'à rire !

(*) Mère parle de faire le japa, les prières de la conscience des cellules, en marchant. (Note personnelle).

Une autre façon d'être...

Extrait de l'Agenda du 13 février 1962

C'est la vision des choses – des MÊMES choses – qui est devenue très-très-très différente. Très différente. C'est tout à fait comme si j'écoutais quelque chose dit par quelqu'un d'autre, ça me transporte dans la conscience d'une autre personne. Mais je comprends bien que c'est accessible, tandis que...

À ce moment-là (1), j'avais conscience d'une «façon supérieure» de vivre ; je faisais une différence entre les modes de vie et il y avait une façon supérieure de vivre. Maintenant, cette soi-disant façon supérieure de vivre me paraît si misérable – si petite, si mesquine, si étroite.

Et alors je me trouve très souvent dans la position de ceux qui disent : « Mais qu'est-ce qu'il y a là-dedans ? » Et je comprends (quoiqu'il y ait en moi la volonté contraire et la vision contraire, de quelque chose qui doit venir, qui n'est pas encore là), je comprends le sentiment de tous ceux qui ont été en contact avec la vie spirituelle et qui ont dit : « À quoi ça sert – à quoi ça sert ? Qu'est-ce qu'il y a là-dedans qui vaut d'être vécu ? » On est NÉCESSAIREMENT dans une étroitesse – vivre dans une étroitesse, une mesquinerie, simplement pour vivre, n'est-ce pas, pour que ce corps continue tous les besoins qu'il a.

Et alors l'effort qu'il faut pour essayer d'amener là-dedans, dans cette pauvreté, une Lumière, une Force, une Réalité, une Puissance, quelque chose enfin, quelque chose de VRAI ! Et avec des efforts constants, une volonté constante, une tension constante, il m'arrive, tout d'un coup, ah ! deux, trois secondes... et puis de nouveau ça retombe.

Et quand on était dans l'illusion antérieure, il y avait les actions nobles, les actions généreuses, les actions grandes, héroïques, tout ça qui, enfin, colorait la vie et pouvait vous faire vivre des heures intéressantes. Maintenant, ça aussi, ça n'existe plus : on regarde ça comme un enfantillage.

1. À l'époque des Entretiens (1951-1958).

Je comprends très bien que cet état-là est nécessaire pour pouvoir en sortir, parce que tant que c'est quelque chose de normal, de naturel, d'acceptable, on n'en sort pas. On a une vie à côté et puis on a « ça » [la vie dans le corps]; c'est ce que tous les gens qui ont vécu la vie spirituelle ont eu : ils ont eu leur vie spirituelle et puis « ça » qu'on continue automatiquement, sans y attacher d'importance – c'est très facile.

Mais vivre à chaque minute la Vérité, quel soulagement !...

Pas encore trouvé le moyen.

Ça viendra.

Voilà, petit.

Mais cette période entre un monde et l'autre, le vieux monde et puis l'autre, est-ce que ça va durer longtemps ? Il n'y a rien entre les deux...

Pour le moment.

Satprem : C'est comme un « no man's land », il n'y a rien. On n'est plus de ce côté-ci et...

...et on n'est pas encore de l'autre côté. Oui, c'est cela.

Alors, n'est-ce pas, on a toujours tendance à se reculer et à entrer au-dedans. Mais ce n'est pas ça ! C'est le mouvement naturel, n'est-ce pas, et je vois très clairement que c'est faux. (*)

Ce matin, il y avait les deux.

Évidemment, il faut avoir beaucoup-beaucoup d'équilibre et de calme intérieur... Il y avait un sentiment aigu de l'absolue mesquinerie, stupidité et manque d'intérêt de toutes les circonstances extérieures, de toute la vie de ce corps dans sa forme extérieure, et en même temps, une grande symphonie de la joie divine. Et les deux étaient comme ça, comme des pulsations.

Mais ça fait tourner la tête. Il faut faire très attention, ça vous... it makes you giddy ! [ça vous donne le vertige.]

(*) Mince ! Ce mouvement de se retirer dedans, c'est en ce qui me concerne, le mouvement le plus naturel et... il semblerait que cela soit faux ! (Note personnelle).

Découvrir que la vie matérielle est une illusion, par rapport à la vie spirituelle, est une chose. Dans ce texte, il est affirmé que par rapport à la vie supramentale, c'est la vie spirituelle telle que nous la connaissons qui devient une illusion. 

Cela secoue un peu et cela mérite qu'on se rappelle à nouveau et encore une fois que depuis le 29 février 1956 les conditions sont changées. 

Pourtant, si nous jetions le bébé avec l'eau du bain, cela serait sans doute tout aussi faux. Pour bien des gens et dans bien des circonstances, les éléments du vieux monde restent tout à fait nécessaires. 

L'utilité de ces deux passages et de nous préparer à quelque chose de tout à fait autre, même de ce que nous considérons le meilleur, le service du prochain, la spiritualité...

Et puis tout de même, le fait que cette conscience regarde les actions que nous appelons "héroïques" comme des enfantillages, devraient nous interpeller et nous rendre au minimum, plus modeste... 

Ainsi, il y a une autre façon de vivre et d'être à trouver, quelque chose de radicalement nouveau et qui n'a rien à voir avec nos matérialismes, nos humanismes, nos spiritualismes...

Admettre que nous ne savons pas ce qu'est cette nouvelle attitude me semble le premier pas nécessaire. 

Et puis avoir l'aspiration à Autre chose et ne plus se reposer sur les vieilles recettes, avoir un certain goût pour l'aventure et le mystère, aimer chercher hors des sentiers battus... 

Mon impression est que, d'une part, cette expérience aussi forte et déroutante soit-elle, n'est qu'une expérience. Mère ne s'est jamais arrêtée nulle part.

Et d'autre part, que mentalement, nous ne pouvons comprendre une telle chose ; le mental ordinaire est incapable de sortir du dilemme et d'harmoniser les contraires. Par contre, avec le coeur, l'intuition, nous pouvons ressentir ce que cela peut être...

Du négatif au positif :

Après les expériences négatives de dissolution de toutes les croyances, toutes les conceptions, Mère évoquera le 12 janvier 1962 l'expérience positive des trois qualités nécessaires pour accéder au monde Supramental :

Capacité d'élargissement indéfini de la conscience sur tous les plans, y compris le matériel.

Plasticité illimitée pour pouvoir suivre le mouvement du devenir.

Égalité parfaite abolissant toute possibilité de réaction d'ego.

*

(Pour les explications, voir le texte intégral ci-dessous)

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