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Publié par pascalemmanuel

Un ami m'envoie ce passage du Cycle humain de Sri Aurobindo,  formidablement visionnaire. En effet, comme le mentionne la note de l'Ashram lors de la première édition en anglais, « Les chapitres qui forment ce livre ont paru périodiquement sous le titre “Psychology of social development” dans la revue philosophique Arya, entre le 15 août 1916 et le 15 juillet 1918.

" Nous nous apercevons que la civilisation a créé beaucoup plus de problèmes qu’elle ne peut en résoudre et multiplié des besoins et des désirs excessifs, que sa force vitale ne suffit pas à satisfaire : elle a fait croître une jungle de revendications et d’instincts artificiels où la vie s’égare et perd toute vision de son but.

Les intelligences les plus avancées se mettent à déclarer que la civilisation est en faillite, et la société commence à s’apercevoir qu’ils ont raison.

Mais pour tout remède, il nous est proposé, soit une halte – ou même un retour en arrière, ce qui entraînerait finalement une confusion plus grande, la stagnation et la décadence –, soit un «retour à la Nature», ce qui est impossible ou ne peut se faire que par un cataclysme et une désintégration de la société ; ou même, on prétend guérir en poussant à l’extrême les remèdes artificiels : par une science toujours plus grande, des expédients toujours plus mécaniques, une organisation toujours plus scientifique de la vie ; ce qui suppose que le moteur remplacera la vie, que la raison logique et arbitraire se substituera à la complexité de la Nature et que l’homme sera sauvé par la machine.

Autant dire que la meilleure manière de guérir d’une maladie est de la pousser à son paroxysme.

Cela a été écrit il y a plus de cent ans et cela se déroule sous nos yeux ! Et après le constat, Sri Aurobindo donne l'indication de la solution. 

On pourrait suggérer, au contraire, et avec quelque chance de frapper à la bonne porte, que le défaut radical de tous nos systèmes est d’avoir insuffisamment cultivé ce que la société a justement le plus négligé : l’élément spirituel, l’âme dans l’homme, son être véritable." (Page 282)

Souhaitant voir le contexte dans lequel cette phrase fut écrite, je me suis aperçu que le chapitre pouvait très bien se lire en soi. Un autre passage a beaucoup résonné par rapport à la période que nous traversons qui est marquée par un recul sans précédent des libertés. 

 

"Une vaste liberté, telle sera la loi d’une société spirituelle, et l’accroissement de la liberté sera le signe que la société humaine grandit vers la possibilité d’une spiritualisation véritable.

Mais vouloir spiritualiser de la sorte une société d’esclaves — esclaves du pouvoir, esclaves de l’autorité, esclaves des coutumes et des dogmes, esclaves de toutes sortes de lois obligatoires, et qui vivent sous leur joug plutôt qu’ils ne vivent par elles, esclaves intérieurement de leur propre faiblesse, de leur ignorance et leurs passions et qui cherchent à se protéger ou qui ont besoin d’être protégés des pires conséquences de leur esclavage intérieur par un autre esclavage, extérieur — serait une entreprise vouée à l’échec.

Il faut d’abord que les hommes brisent leurs fers afin d’être capables d’une liberté supérieure." (Page 289)

J'ignore comment cela sera perçu, pour ma part, je trouve super fort !

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M
Merci Pascal<br /> <br /> Ce chapitre et le suivant du cycle humain sont absoluement extraordinaire de justesse et de verite<br /> <br /> A part certains passages des lettres c'est le seul endroit que je connaisse ou SA decrit avec precision en laissant toute la largesse des possibilites ouvertes comment nous devons creer ce nouveau chemin en nous ...malgres tous les echecs , c'est notre seul voie de spiritualiser la vie<br /> <br /> Bon WE
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P
Oui c'est ça, merci Marek, je partage ton impression. Je trouve, en ce qui me concerne, que ce n'est pas si simple que d'imaginer le Nouveau monde. <br /> <br /> Or, pour aider à ce qu'il vienne, ou pour le moins participer à sa venue, encore faut-il qu'il commence à être un peu concret dans notre tête, et que ce que nous imaginons soit à peu près correct et vrai. Parce que, reconnaissons qu'il y a beaucoup d'éléments erronés dans notre façon de penser...<br /> <br /> Ces chapitres aident beaucoup, je trouve, à se faire une idée plus juste...