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Publié par pascalemmanuel

Ce  chapitre X d'Essai sur la Guîtâ, le Yoga de la Volonté intelligente, est vraiment très intéressant, nous y trouvons des indications assez concrètes sur notre processus de libération. J'en viens à me demander s'il ne pourrait pas se lire et s'étudier sans même avoir lu les chapitres précédents. Dans le lien vers le PDF, ci-dessous, il s'agit des pages 112 à 124. Ces 12 pages peuvent changer bien des choses dans nos vies. 

Revoir l'article sur les premiers paragraphes

Pour rappel :

Pourousha représente l'Esprit, l'âme ; l'être essentiel qui soutient le jeu de la Prakriti ( la nature).

Les gounas représentent les trois modes de la nature. Il y a : sattwa, le principe de lumière ou d'équilibre ; radjas, le principe d'énergie ; tamas, le principe d'inertie, d'obscurité et d'ignorance.

Voyons maintenant la suite de ce chapitre. Dans les deux paragraphes suivants, Sri Aurobindo explique en quelque sorte comment notre mental est construit avec la volonté, l'intelligence, le mental sensoriel, les sens, et comment ces éléments s'articulent entre eux, la relation qu'ils ont avec l'objectivité et la subjectivité, leur place par rapport à l'évolution et au Pourousha. 

Et voici, comment il continue son propos :

Dans l’évolution de l’âme retournant de la Prakriti au Pourousha, il faut prendre l’ordre inverse de celui de l’évolution de la Nature à l’origine, et c’est ainsi que les Upanishads et la Guîtâ, qui suit et cite quasiment les Upanishads, exposent l’ordre ascendant de nos pouvoirs subjectifs.

« Suprêmes, disent-elles, par-delà leurs objets sont les sens, suprême par rapport aux sens le mental, suprême par rapport au mental la volonté intelligente ; ce qui est suprême par rapport à la volonté intelligente, cela, c’est lui » — c’est le moi conscient, le Pourousha.

Par conséquent, dit la Guîtâ, c’est ce Pourousha, cette cause suprême de notre vie subjective que nous devons comprendre et dont nous devons prendre conscience par l’intelligence ; en cela il nous faut fixer notre volonté.

Gardant ainsi en un ferme équilibre notre moi subjectif inférieur dans la Nature, l’ayant ainsi tranquillisé par le moi plus grand et réellement conscient, nous pouvons détruire l’ennemi agité, toujours actif, de notre paix et de notre maîtrise de nous-mêmes, le désir du mental.

Commentaire :

Ainsi, les sens sont supérieurs aux objets, le mental supérieur aux sens, la volonté supérieure au mental et le Pourousha supérieur à tout. Cela paraît tellement aller de soi que je n'y avais jamais vraiment pensé consciemment. Cela amène de la clarté. Et puis surtout, la conclusion de ce paragraphe est sans ambiguïté ; cela vaut le coup d'écouter ce qu'il a à nous dire. Voyons le paragraphe suivant.

Car il y a évidemment deux possibilités pour l’action de la volonté intelligente. Elle peut s’orienter vers le bas et l’extérieur dans le sens d’une action vagabonde des perceptions et de la volonté en le triple jeu de la Prakriti, ou bien elle peut s’orienter vers le haut et l’intérieur dans le sens d’une paix et d’une égalité bien établies en la calme et immuable pureté de l’âme consciente et silencieuse qui n’est plus soumise aux di- versions de la Nature.

Dans le premier cas, l’être subjectif est à la merci des objets des sens, il vit dans le contact extérieur des choses. Cette vie est la vie de désir. Car les sens excités par leurs objets créent une perturbation fiévreuse ou souvent violente, un mouvement puissant, voire impétueux vers l’extérieur pour capturer ces objets et en jouir, et ils emportent le mental sensoriel « comme les vents emportent un navire sur la mer » ; le mental soumis aux émotions, aux passions, aux appétits, aux impulsions qu’éveille ce mouvement des sens vers l’extérieur emporte pareillement la volonté intelligente, qui perd dès lors son pouvoir de calme discrimination et de maîtrise.

La soumission de l’âme au jeu confus des trois gounas de la Prakriti dans l’éternel écheveau de leur entrelacement et de leur lutte, l’ignorance, une vie fausse, sensuelle, objective de l’âme, l’asservissement au chagrin et à la colère, à l’attachement et à la passion sont les résultats de cette tendance descendante de la bouddhi — c’est la vie inquiète de l’homme ordinaire, sans lumière ni discipline.

Ceux qui, à l’image des védavâdis (*), font du plaisir des sens l’objet de l’action, et de son obtention le plus haut but de l’âme, sont des guides qui égarent. La joie en soi, la joie intérieure et subjective, la joie indépendante des objets est notre but véritable et la haute et vaste assise de notre paix et de notre libération.

(*) Glossaire d'Essai sur la Guîta :

Véda : le livre de la connaissance , la plus ancienne Écriture de l'Inde ; comprend quatre sections : le Rig-Véda, le Yadjour-Véda, le Sâma-Véda, l'Atarva-Véda.

Védavâda : évangile du rituel védique. 

Védavâdis : adeptes du Védâvada.

Commentaire :

Voilà une description limpide sur les conséquences de l'agitation des sens et à vrai dire, nombreux doivent s'y reconnaitre. Comme un médecin qui analyse correctement la vraie cause des maladies, Sri Aurobindo pointe ici un point absolument central dont nous sommes nombreux à ne pas avoir clairement conscience. Combien feraient le lien entre le résultat de ne pas être en paix et une perturbation des sens ? Voyons la suite. 

 

Par conséquent, c’est l’orientation ascendante et intérieure de la volonté intelligente qu’il nous faut résolument choisir avec une concentration et une persévérance assurées, vyavasâya ; nous devons l’établir fermement dans la calme connaissance de soi du Pourousha.

Notre premier mouvement doit évidemment être de nous débarrasser du désir qui est toute la racine du mal et de la souffrance ; et afin de nous débarrasser du désir, nous devons mettre fin à la cause du désir, à la ruée des sens pour s’emparer et jouir de leurs objets.

Nous devons les rappeler quand ils tendent ainsi à se précipiter au-dehors, les écarter de leurs objets — de même que la tortue rentre ses membres dans la carapace, de même réintègrent-ils leur source, reposant dans le mental, le mental reposant dans l’intelligence, l’intelligence reposant dans l’âme et sa connaissance de soi, observant l’action de la Nature, mais sans y être soumise, sans rien désirer de ce que peut donner la vie objective.

Commentaire :

J'ignore si nous mettrons en pratique cette invitation au retrait des sens et à "établir notre volonté dans la calme connaissance de soi du Pourousha".

Et quand bien même nous le souhaiterions, si nous y parviendrons. Cela suppose sans doute du temps, de la persévérance, une certaine méthode. Les paragraphes suivants donnent des indications supplémentaires. En attendant, l'image de la tortue est très parlante, le pouvoir de notre conscience bien réel. Par l'intention, la concentration sur l'idée, nous pouvons certainement toucher quelque chose de cette idée. Sans oublier que  l'aide invisible est toujours là. 

En tout cas, Sri Aurobindo pose un diagnostic sans concession de notre état intérieur agité et offre clairement une solution : nous avons une porte de sortie. 

Dans les paragraphes suivants Sri Aurobindo explique qu'il s'agit d'un renoncement intérieur et non extérieur et met en garde contre l'ascétisme, mais nous verrons cela plus tard. Rien qu'avec cela, pour ma part, j'ai assez à "manger" pour observer, expérimenter plusieurs jours 😊 ; c'est de la bonne nourriture spirituelle. 

Je me permets juste un bond dans le texte pour cette parole que j'ai trouvé formidable :

L'égalité est le grand signe de l'âme libérée...

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