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Publié par pascalemmanuel

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir...

Alors....tu seras un homme, mon fils.

Ces quelques vers du poème de Rudyard Kipling sont très célèbres...

Combien de fois me suis-je jeté dans une voie avant de me dire : c'est pas ça et de tout envoyer valdinguer ? Je ne compte plus les fois où j'ai vendu toutes mes affaires pour m'installer ailleurs,  20 fois ? 30 fois ? Et repartir de rien ou presque. Parfois nous traversons des moments de remise en question qui ressemblent à cela.

Cette image du Cercle des poètes disparus aussi est très célèbre Ô Capitaine mon Capitaine...

Ô Capitaine ! mon Capitaine ! fini notre effrayant voyage,
Le bateau a tous écueils franchis, le prix que nous quêtions est gagné,
Proche est le port, j'entends les cloches, tout le monde qui exulte,
En suivant des yeux la ferme carène, l'audacieux et farouche navire ;

Depuis peut-être un mois, je sentais de temps en temps une sorte de pression-invitation à changer de position ; traduit en mots, cela disait de m'asseoir ailleurs.

Nous avons toute notre géographie intérieure encore largement mystérieuse et nous pouvons nous asseoir en nous dans bien des endroits pour observer...mais ce n'est pas vraiment de cela qu'il s'agit en ce qui me concerne.

Une chose peut nous arriver et le point de vue devient tout différent. Une toute petite prise de conscience, un changement de position et tout le panorama est différent. Et ce que je disais hier, ma foi, c'était hier.

Et ce que je me dit aujourd'hui, c'est que vouloir guider les autres, aider l'humanité, c'est de la vanité prétentieuse. 

Évidemment, si l'on en fait une vérité révélée éternelle, immuable et universelle, cela ne tient pas debout. Cela ne concerne que moi et ceux qui s'y reconnaissent. Personne ne peut décider à notre place ce que nous devons faire et comment le faire. 

Au mieux, si quelqu'un nous demande aide et conseil, après l'avoir bien écouté, après avoir ressenti les choses en son âme et conscience, peut-être, peut-être que nous saurons dire quelque chose de pas trop stupide.

La première chose est de savoir où est-ce que l'on veut aller, ce que l'on veut réaliser.

Mère a raconté avoir rencontré beaucoup de yogi ayant réalisé le Divin, mais de façon un peu floue, un peu flottante ajoutait-Elle. Par contre, une réalisation claire, absolument précise, une vision de cristal et une précision jusque dans l'atome disait-Elle, Elle ne l'a vue que chez Sri Aurobindo. 

Lorsque nous lisons les livres de Sri Aurobindo on s'aperçoit très vite, même si nous ne comprenons pas bien, qu'il a une vision extrêmement claire, limpide des choses.

Le flou artistique ne nous suffit plus, nous voulons la clarté, quand il y a un flou, c'est qu'il y a un loup, et nous voulons la lumière à tous les étages et dans tous les recoins et dans tous les placards. 

L'autre chose qui m'est venue, c'est que je ne serai complètement satisfait que lorsque je serai complètement consacré. Ces choses ne peuvent être faites à moitié, comme ça, en dilettante. Besoin de m'y concentrer et consacrer encore davantage. De façon exclusive. Entier cela veut dire entier. Que rien ne soit laissé de côté. 

C'est une grâce d'être amené à l'entièreté de ce que nous sommes, de ce que nous voulons. Peut importe notre chemin, peu importe notre passion, cela peu être le cheval ou la peinture ou la littérature ou n'importe quoi, mais il faut y aller à fond.

Le yoga de Sri Aurobindo-Mère est si vaste qu'il est possible d'y entrer par toutes sortes de portes, le tout est de trouver la sienne. Toute la vie est yoga et n'importe quelle pratique menée vers sa perfection peut nous amener sur l'échelon suivant. 

Le tout est de ne pas être paresseux. Il faut aimer étudier. Ou alors aller à fond dans la paresse et adopter l'attitude la plus difficile de toute : celle de ne vraiment rien faire. Alors c'est la vie, le Divin, la Conscience en nous qui fera tout.  Mais en nous, c'est terriblement agité et nous ne savons pas encore passer de l'immobilisme à l'immobilité. Si nous savons rester immobile, je m'avance un peu, mais c'est possible que cela soit l'une des meilleures choses que nous puissions faire pour le monde. 

Longtemps, nous tournons en rond avant de trouver quelque chose qui vaille vraiment le coup. Quelque chose qui nous anime vraiment. Cela me donne l'impression d'une spirale. Peut-être qu'à force de tourner autour du pot, il arrive le moment où enfin on y entre.

Pour aller au coeur des choses, pour trouver le chemin vers le coeur des choses, peut-être faut-il écouter son coeur. Peut-être qu'il n'y a que le coeur pour nous mener au coeur... 

Sans doute que cette histoire de coeur violent, d'audace, d'audace, d'audace... a enclenché quelque chose...

Il ne faut pas se moquer de l'apparence que prenne les choses dans la conscience, elles peuvent même prendre l'apparence d'un dragon ou de n'importe quoi qui fait rigoler les gens, une voix intérieure, une vision, une idée bizarre qui sort du cadre de référence habituelle, une émotion qui nous met la larme à l'oeil... comme cette image du film avec ces jeunes qui se révoltent contre l'Ordre établi.

Et j'ignorais que le poème de Walt Whitman concernait un bateau. Jamais eu la curiosité d'aller y voir. Je connaissais juste le titre évoqué dans le film Ô Capitaine mon Capitaine...

Pourquoi ces mots me touchent tant ? Ils me déchirent et me tordent les boyaux. Peut-être parce que cela me renvoie à des questions  bêtes qui m'angoissent depuis plusieurs mois à propos du fameux bateau supramental de Mère.

De quoi s'agit-il ? Procédons par étape avec quelques extraits choisis. 

Agenda du 3 février 1958

Entre les êtres du monde supramental et les hommes, il existe à peu près la même séparation qu’entre les hommes et les animaux. Il y a quelque temps, j’ai eu l’expérience de l’identification à la vie animale, et c’est un fait que les animaux ne nous comprennent pas : leur conscience est ainsi construite que nous leur échappons presque totalement. J’ai connu, cependant, des animaux familiers – des chats et des chiens, mais surtout des chats – qui faisaient un effort de conscience presque yoguique pour nous rejoindre. Mais généralement, quand ils nous regardent vivre, agir, ils ne comprennent pas, ils ne nous voient pas tels que nous sommes, et ils souffrent par nous. Nous sommes pour eux une énigme constante. Seule, une partie très infime de leur conscience a un lien avec nous.

Et c’est la même chose pour nous quand nous essayons de regarder le monde supramental. C’est seulement quand le lien de conscience sera établi que nous le verrons – et encore, seule la partie de notre être qui aura ainsi subi la transformation, sera capable de le voir tel qu’il est – , sinon les deux mondes resteraient séparés comme le monde animal et le monde humain.

L’expérience que j’ai eue le 3 février en est une preuve. Avant, j’avais eu un contact individuel, subjectif, avec le monde supra-mental, tandis que le 3 février, je m’y suis promenée concrètement, aussi concrètement que je me promenais à Paris autrefois, dans un monde qui existe en soi, en dehors de toute subjectivité.

C’est comme un pont qui est en train d’être jeté entre les deux mondes. (*)

(*) Note personnelle :

Par la suite, Mère a souvent expliqué que, dans le monde subtil, tout un monde intermédiaire était en train de se construire pour établir la jonction entre le monde tel que nous le connaissons, et le monde de vérité, le monde supramental.

Elle expliquait aussi que cette jonction permettait un phénomène qu'elle a appelé perméation, qui est une infiltration constante des vibrations supramentales dans notre monde.

Pour le dire autrement, en clair, notre monde de mensonge est constamment infiltré par les vibrations de vérité et ce phénomène ne s'arrêtera jamais. Nous irons donc, que cela nous plaise ou non, vers une vérité progressive. C'est une conquête progressive et inéluctable des vibrations de vérité. 

Si nous restons accroché au mensonge, tant pis pour nous. 

Voyons maintenant l'expérience de Mère proprement dite :

 

Le monde supramental existe d’une façon permanente et je suis là d’une façon permanente dans un corps supramental. J’en ai eu la preuve aujourd’hui même quand ma conscience terrestre est allée là et y est restée consciemment entre deux et trois heures de l’après-midi.

Maintenant, je sais que ce qui manque pour que les deux mondes se joignent dans une relation constante et consciente, c’est une zone intermédiaire entre le monde physique tel qu’il est et le monde supramental tel qu’il est. C’est cette zone qu’il reste à construire, à la fois dans la conscience individuelle et dans le monde objectif, et qui est en train de se construire. Quand je parlais autrefois du monde nouveau qui est en train de se créer, c’est de cette zone intermédiaire que je parlais.

Et de même, quand je suis de ce côté-ci, c’est-à-dire dans le domaine de la conscience physique, et que je vois le pouvoir supramental, la lumière et la substance supramentales pénétrer constamment la matière, c’est la construction de cette zone que je vois et à laquelle je participe.

Je me trouvais sur un immense bateau, qui est une représentation symbolique de l’endroit où ce travail est en train de s’accomplir. Ce bateau, aussi grand qu’une ville, est entièrement organisé, et certainement il fonctionnait déjà depuis un certain temps car son organisation était complète.

C’est l’endroit où l’on forme les gens destinés à la vie supramentale.

Ces gens (ou du moins une partie de leur être) avaient déjà subi une transformation supramentale parce que le bateau lui-même et tout ce qui était à bord, n’était ni matériel ni physique-subtil, ni vital ni mental : c’était une substance supramentale.

Cette substance elle-même était du supramental le plus matériel, la substance supramentale la plus proche du monde physique, la première à se manifester. La lumière était un mélange d’or et de rouge, formant une substance uniforme d’un orange lumineux.

Tout était comme cela – la lumière était comme cela, les gens étaient comme cela – , tout avait cette couleur, avec des nuances variées, cependant, qui permettaient de distinguer les choses les unes des autres.

L’impression générale était d’un monde sans ombres : il y avait des nuances, mais pas d’ombres.

L’atmosphère était pleine de joie, de calme, d’ordre ; tout marchait régulièrement et en silence.

Et en même temps, on pouvait voir tous les détails d’une éducation, d’un entraînement dans tous les domaines, grâce auquel les gens du bord étaient préparés.

Mes questions bêtes...

1) Généralement nous parlons de nous comme d'une entité unique, d'une entièreté. Mais nous ne sommes pas comme ça, nous sommes loins d'avoir unifiés toutes les parties de notre être autour de notre centre divin, nous sommes morcelés et Mère évoque ici que seule la partie de notre être déjà en contact avec le supramental peut avoir l'expérience du supramental. 

Ainsi certaines parties de nous peuvent être en avance, à ce stade, alors que d'autres sont tout à fait à la traine et encore dans des niveaux de conscience tout à fait.... insuffisants, ignorants, mensongers.

C'est à méditer. En tout cas moi, ça m'interpelle, même si je ne sais pas encore trop quoi faire de cette information, comment l'utiliser, quelles conséquences en tirer.

Il y a vaguement l'idée que cela pourrait nous servir de harpon.

Si une partie de notre conscience est déjà tournée vers le supramental, et bien, concentrons-nous sur cette partie-là avec l'idée qu'elle pourrait aspirer les autres parties de notre être, de notre nature. Continuons avec d'autres passages :

Cet immense navire venait juste d’arriver au rivage du monde supramental et un premier groupe de gens qui étaient destinés à devenir les futurs habitants de ce monde supramental devait descendre. Tout était arrangé pour ce premier débarquement.

Au débarcadère, se trouvaient postés un certain nombre d’êtres de très haute taille. Ce n’étaient pas des êtres humains, ils n’avaient jamais été hommes auparavant. Ce ne sont pas non plus les habitants permanents du monde supramental. Ils avaient été délégués d’en haut et postés là pour contrôler et surveiller le débarquement. J’avais la direction de tout cet ensemble depuis le début et tout le temps. J’avais moi-même préparé tous les groupes. Je me tenais en haut de la passerelle sur le bateau, appelant les groupes un à un et les faisant descendre au rivage.

Les êtres de haute taille qui étaient postés là passaient en revue, pour ainsi dire, ceux qui débarquaient, autorisant ceux qui étaient prêts et renvoyant ceux qui ne l’étaient pas et qui devaient poursuivre leur entraînement à bord du navire. 

…/...

Ceux qui étaient renvoyés pour un nouvel entraînement n’étaient pas d’une couleur uniforme : c’était comme si leur corps avait des taches d’une opacité grisâtre, d’une substance qui ressemblait à la substance terrestre ; ils étaient ternes, comme s’ils n’avaient pas été entièrement imprégnés par la lumière, pas transformés. Ils n’étaient pas partout comme cela, mais par endroits.

Mes questions se précisent :

2) Mère parle de ceux qui sont prêts et peuvent débarquer dans le monde supramental. Mais la question qui me brûle : avant de descendre du bateau, encore faut-il y monter.

Je suppose que la plupart des gens s'en ficheraient complètement, d'être ou non sur le bateau. Pour moi, c'est devenue une question angoissante. 

Si l'on croit qu'il suffit de lire quelques livres de Sri Aurobindo et de faire quelques pratiques pour y être, c'est possible, j'ai quelques doutes, mais je n'en sais rien. Une croyance ne me suffit pas. Je n'ai absolument rien qui me permettent de dire : j'y suis. Et encore moins : j'y suis, j'y reste. C'est là que je veux être, comme Morphéus le dit à Néo, pour s'entrainer.

Nous sommes tous des M. Anderson, certains aspirent à devenir des Néo, quelques-uns préfèrent rester branchés sur la Matrice des vieux fonctionnements.

Et sur ce bateau, il y a nos vrais frères d'armes et d'âmes... 

3) Ceux qui sont renvoyés à l'entrainent ont des tâches dans leur substance corporelle. Dans un autre passage Elle explique même que le critère de sélection n'est absolument pas psychologique et qu'il relève vraiment de la qualité de la substance.

...le jugement, était basé exclusivement d’après la substance qui constituait les gens, c’est-à-dire s’ils appartenaient complètement au monde supramental, s’ils étaient faits de cette substance si particulière. Le point de vue adopté n’est ni moral ni psychologique. Il est probable que la substance dont leur corps était fait était le résultat d’une loi intérieure ou d’un mouvement intérieur qui, à ce moment-là, n’était pas en question. Du moins il est tout à fait clair que les valeurs sont différentes.

Changer nos idées, changer nos sentiments, purifier nos énergies, modifier plus ou moins nos comportements en fonction de nos conceptions de la morale, de l'éthique, du bien, du beau, du vrai... tout cela est possible et c'est la routine "psycho spirituelle" depuis des millénaires. C'est sans doute en grande partie très nécessaire sauf que là nous sentons bien qu'il s'agit d'autre chose puisqu'il est question de notre substance...

Si nous trouvons ce que Mère veut dire avec cette loi intérieure, un grand pas sera fait... Ce ne peut-être évidemment qu'une sorte de loi nouvelle et ce ne peut-être une loi morale, psychologique... Cela pourrait être ce fameux soleil caché dans l'obscurité, ce nouveau soleil... mais toutes nos spéculations ne servent à rien, il faut en avoir l'expérience. 

Un jeu de mots m'est venu, pour se détacher peut-être faut-il se détacher...

Avec le décodeur : pour enlever les tâches, se détacher, peut-être est-il nécessaire de cultiver le détachement de beaucoup d'éléments périmés, erronés, mensongers... de notre nature.

Comment purifier notre substance ? Et cela n'a rien à voir avec les notions habituelles de la purification. Satprem fumait de temps en temps son petit cigare avec un petit verre de Brandy. Ce qui n'est pas non plus une invitation à fumer et picoler car alcool et tabac véhiculent des énergies qui perturbent le jeu naturel de la conscience. Tant que nous ne sommes pas AU-DESSUS de ce que ces énergies véhiculent, elles peuvent encore nous dominer. 

Je n'ai partagé ici que quelques extraits, pour le texte intégral, voir le lien ci-dessous :

En continuant mes recherches sur le Bateau Supramental, je trouve ce passage intéressant par rapport aux forces adverses :

Chacun promène avec soi, dans son atmosphère, ce que Sri Aurobindo a appelé les «Censeurs» ; ce sont en quelque sorte des délégués permanents des forces adverses. Leur rôle est de critiquer impitoyablement chaque acte, chaque pensée, le moindre mouvement de la conscience, et de vous mettre devant les ressorts les plus cachés de votre conduite, de mettre en évidence la moindre vibration inférieure qui accompagne vos pensées ou vos actes apparemment les plus purs, les plus hauts.

Mais ce qui donne une coloration adverse à ces êtres, c’est qu’ils sont d’abord et avant tout des défaitistes. Ils vous présentent toujours le tableau sous son jour le plus noir, au besoin ils défigurent vos propres intentions. Ce sont vraiment des instruments de sincérité. Mais ils oublient toujours une chose, volontairement, quelque chose qu’ils rejettent loin derrière comme si cela n’existait pas : c’est la Grâce divine. Ils oublient la prière, cette prière spontanée qui jaillit tout d’un coup du fond de l’être comme un appel intense et qui fait descendre la Grâce, et qui change le cours des choses.

Et chaque fois que vous avez accompli un progrès, que vous êtes passé à un niveau supérieur, ils vous remettent en présence de tous les actes de votre vie passée, et en quelques mois, quelques jours ou quelques minutes, ils vous font repasser tous vos examens, à un niveau supérieur. Et il ne suffit pas d’écarter la pensée, de dire : «Oh! je sais», et de jeter un petit manteau pour ne pas voir. Il faut faire face et vaincre, garder sa conscience pleine de lumière, sans le moindre tremblement, sans rien dire, sans la moindre vibration dans les cellules du corps, et alors l’attaque se dissout.

Voilà, nous devons conquérir. Pas à l'extérieur : en soi. Quand la chose est conquise à l'intérieur, alors seulement nous avons la force ou le pouvoir ou la connaissance ou la capacité de le conquérir à l'extérieur. Commençons par nous-mêmes. Comme quoi, la métaphore de la paille et de la poutre a encore de beaux jours devant elle.

Et puis Mère revient sur son expérience du Bateau Supramentale et dit des choses de façon plus percutante que dans le texte précédent, à mon goût :

Satprem : L’autre jour aussi, dans ton expérience supramentale, tu disais que les valeurs morales avaient perdu tout leur sens.

Mais nos conceptions du Bien et du Mal sont tellement dérisoires ! tellement dérisoire notre idée de ce qui est proche du Divin ou loin du Divin ! L’expérience de l’autre jour (3 février), a été pour moi révélatrice, j’en suis sortie complètement changée. J’ai compris tout d’un coup quantité de choses du passé, des actes, des parties de ma vie qui restaient inexplicables – en vérité, le plus court chemin d’un point à un autre n’est pas la ligne droite que les hommes imaginent!

Et tout le temps qu’a duré cette expérience, une heure (une heure de ce temps-là, c’est long), j’étais dans un état de gaieté extraordinaire, presque en état d’ébriété...

La différence entre les deux consciences est telle que, quand on est dans l’une, l’autre semble irréelle, comme un rêve.

Quand je suis revenue, j’ai été tout d’abord frappée par la futilité de la vie ici : nos petites conceptions d’en bas semblent tellement risibles, tellement comiques...

Nous disons de certaines gens qu’ils sont fous, mais leur folie est peut-être une grande sagesse, d’un point de vue supramental, et leur conduite est peut-être proche de la vérité des choses – je ne parle pas des fous obscurs qui ont eu un accident au cerveau, mais de beaucoup d’autres fous incompréhensibles, les fous lumineux : ils ont voulu franchir la frontière trop vite et le reste n’a pas suivi.

Quand on regarde le monde des hommes depuis la conscience supramentale, le trait dominant est un sentiment d’étrangeté, d’artificialité – un monde absurde parce qu’il est artificiel.

Ce monde est faux parce que son apparence matérielle n’exprime pas du tout la vérité profonde des choses.

Il y a comme une dislocation entre l’apparence et l’intérieur.

Ainsi, un homme qui a un pouvoir divin au fond de lui-même peut se trouver sur le plan extérieur dans une situation d’esclave. C’est absurde !

Tandis que dans le monde supramental, c’est la volonté qui agit directement sur la substance, et la substance est obéissante à cette volonté.

Vous voulez vous couvrir : la substance dans laquelle vous vivez prend immédiatement la forme d’un vêtement pour vous couvrir. Vous voulez vous déplacer d’un endroit à un autre : votre volonté suffit à vous transporter sans avoir besoin d’un véhicule, d’un artifice quelconque.

Ainsi, le bateau de mon expérience n’avait besoin d’aucun mécanisme pour se mouvoir : c’était la volonté qui modifiait la substance suivant ses besoins. Quand il a fallu débarquer, le débarcadère a été formé de lui-même.

Quand j’ai voulu faire débarquer les groupes, ceux qui devaient débarquer le savaient automatiquement sans que j’aie besoin de dire un mot, et ils venaient à tour de rôle. Tout se passait dans le silence, il n’y avait pas besoin de parler pour se faire comprendre ; mais le silence lui-même, à bord du bateau, ne donnait pas cette impression artificielle qu’il donne ici.

Ici, quand on veut le silence, il faut se taire: le silence, c’est le contraire du bruit. Là-bas, le silence était vibrant, vivant, actif et compréhensif, compréhensible.

L’absurdité ici, ce sont tous les moyens artificiels dont il faut user. N’importe quel imbécile a plus de pouvoir s’il a plus de moyens pour acquérir les artifices nécessaires.

Tandis que dans le monde supramental, plus on est conscient et en rapport avec la vérité des choses, plus la volonté a de l’autorité sur la substance. L’autorité est une autorité vraie. Si vous voulez un vêtement, il faut avoir le pouvoir de le faire, un pouvoir réel. Si vous n’avez pas ce pouvoir, eh bien, vous restez nu. Aucun artifice n’est là pour suppléer au manque de pouvoir. Ici, pas une fois sur un million l’autorité n’est une expression de quelque chose de vrai. Tout est formidablement stupide.

Quand je suis redescendue («redescendue», c’est une façon de parler, car ce n’est ni en haut, ni en bas, ni dedans, ni dehors, c’est... quelque part), il m’a fallu un certain temps pour me réajuster. Je me souviens même d’avoir dit à quelqu’un : «Maintenant, nous allons retomber dans notre stupidité coutumière.» Mais j’ai compris beaucoup de choses et je suis revenue de là avec une force définitive. Maintenant, je sais que notre façon d’évaluer les choses ici-bas, notre petite morale, est sans rapport avec les valeurs du monde supramental.

J'ignore pourquoi, ce passage m'a toujours touché très fort. Peut-être parce que je m'y reconnais, en particulier cette formidable stupidité humaine, notre bonne volonté imbécile dira parfois Mère. Nous pataugeons dans l'ignorance, nous barbotons dans notre bocal de plus en plus marécageux sans trouver la vraie sortie. Enfin, avec Sri Aurobindo-Mère-Satprem, on a au moins la grâce incomparable de SAVOIR qu'il y a une sortie, une vraie sortie vers un vrai AUTRE CHOSE.

🪷

Le salut est physique, seul le corps peut comprendre... deux paroles de Mère qui m'habitent beaucoup.

Ailleurs, Mère a dit aussi que c'était lorsque nous sommes au niveau du corps, ou des cellules je ne sais plus, que l'invitation de la Guîtâ a lâcher tout désir de résultat que cela prenait tout son sens. J'en ai parlé déjà parlé parce que l'espace d'un instant, j'ai touché ça et depuis j'ai oublié.

Il m'est revenu la même sensation. Cette fois-ci je le note pour en laisser une trace.

Si l'on étudie le processus de transformation raconté par Mère et Satprem, il y a une multitude d'informations. Mais comme c'est du vécu, quand nous vivons la même chose, quelque chose pas nécessairement de même ampleur, de même intensité, mais de même nature, alors nous le reconnaissons.

Mère a souvent dit que dès qu'il y avait un petit mouvement de "retour sur soi", c'était fichu, cela abîmait tout.

Et puis Satprem a dit, je suis moins imprégnés par les Carnets alors c'est plus flou, d'autant que l'expérience est arrivée hier... disait que s'il y avait le moindre mouvement d'ego, de "moi,  moi, moi..." cela devenait impossible, la force fracassait...Le souvenir de l'idée est clair, celui des mots, beaucoup moins.

J'étais allongé dans une relaxation-intériorisation très profonde, très tranquille et j'observais, ressentais une force travailler en moi.

Et tout à coup, j'ai perçu quelque chose qui m'a rappelé exactement tout cela, c'était très très clair de perception.

Dans l'univers tout entier, il y a un bain constant d'énergies, d'ondes de vibrations...

Alors, pendant quelques secondes j'ai eu la perception de deux attitudes différentes :

- si j'étais focalisé sur moi, le corps, ce fameux "retour sur soi" dont parle Mère, alors la vibration, cette force semblait rebondir sur le corps... Le corps représentait une résistance, un obstacle...

- et si en quelque sorte j'oubliais le corps, la vibration, la force traversait sans difficulté... alors c'est comme si à cet endroit, le corps devenait transparent, vide, pas le corps, la conscience corporelle...

Mais le corps contient des milliers (millions ?) de points à dissoudre. Ce sont des points de fausse identification et l'une des clefs est l'impersonnalisation, rien de personnel. Pas facile, nous sommes terriblement attaché à notre petite personne, illusoire en plus...  

Alors ma façon de percevoir cette micro expérience et de la retranscrire est sans doute très... approximative. C'est la première fois que j'observe-ressens-comprends quelque chose comme ça...mais, sur le moment, cela paraissait très évident que je touchais quelque chose du processus...

Il faudra voir si cela se reproduit et si ça mène quelque part... 

À suivre...

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