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Publié par pascalemmanuel

Puisque le hasard m'a attiré vers le Livre IV de Savitri, Le Livre de la Naissance et de la Quête, en voici quelques extraits qui m'ont touché.

Avant tout, il est utile de rappeler Mère qui a expliqué que si le style de Savitri était poétique, ce n'était absolument pas de la poésie mais la vision de Sri Aurobindo, résumée de façon magistrale par Satprem : Jamais tant de secrets n'ont été dits avec tant de beauté. 

Extrait du chant 1 –

La Naissance de l'Enfance et de la Flamme

Celle-ci, qui avait anciennement lutté contre notre nuit et notre douleur,

Revenait des plans transcendants

Pour porter de nouveau le fardeau du souffle mortel ;

Une fois encore, elle reprenait sa tâche divine inachevée :

Survivante de la mort et des âges de l’univers,

Une fois de plus son cœur insondable affrontait le Temps.
 

De nouveau se renouvelait, de nouveau se révélait

Cette ancienne intimité cachée par la vision terrestre,

Ce contact secret brisé par le Temps,

La consanguinité de la terre et des cieux

De cette parcelle humaine qui peine ici

Et d’une Force sans limites, mais pas encore née.
 

De nouveau, la hasardeuse tentative mystique commençait,

La gageure audacieuse du jeu cosmique.
 

Car, depuis la première fois

Sur ce globe aveugle et tournoyant

Où le plasma terrestre a tressailli sous la lumière mentale

Et la vie envahi l’enveloppe matérielle

Affligeant l’Inconscience du besoin de sentir,

Depuis que s’est éveillée une voix dans le silence de l’Infini,

Une Mère de sagesse œuvre dans la poitrine de la Nature

Pour faire couler la joie sur ce cœur de peine et de soif

Et pousser la perfection des pouvoirs chancelants de la vie,

Imposer la sensibilité des cieux à l’abîme obscur

Et rendre cette Matière muette consciente de son Dieu.
 

Quand bien même notre mental déchu oublie de grimper,

Quand bien même notre substance humaine résiste ou se brise,

Elle garde sa volonté et son espoir de diviniser cette boue ;

L’échec ne l’arrête point, la défaite ne peut l’abattre ;

Le Temps ne peut pas la lasser ni le Néant la dompter,

Les âges n’ont pas diminué sa passion :

Elle n’admet pas la victoire de la Mort ni du Destin.
 

Toujours, Elle pousse les âmes à une nouvelle tentative,

Toujours, son infinitude magique

Oblige les éléments inertes et bruts à aspirer ;

Comme l’une qui a tout l’infini à perdre

Elle sème la semence de l’énergie de l’Éternel

Dans un moule à demi animé et qui s’émiette,

Plante le délice des cieux dans la bourbe passionnée du cœur,

Lance la poursuite de la divinité dans la carcasse brute de la bête

Cache l’immortalité sous un masque de mort.
 

Une fois de plus, cette Volonté prenait une forme terrestre.

Extraits du chant 2 –

La Croissance de la Flamme

(Savitri grandissante retrouve sa parenté avec les mondes de beauté et les sources de notre inspiration humaine, mais tout cela ne pouvait pas remplir la vastitude de son être.

Puis elle tente de partager ce qu'elle est avec un premier cercle de jeunes « disciples » , mais nul n'arrivait à la rejoindre...)

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Quelque chose d'inattendu m'a touché dans ce chant 2. L'approche principale habituelle consiste généralement à essayer d'expliquer un point, puis un autre et encore un autre. Ceci dit, malgré tous efforts pour éclairer notre compréhension, cette dimension spirituelle et divine nous échappe beaucoup.

Ici, la façon de dire les choses de Sri Aurobindo est telle que, même sans rien comprendre, cela donne le sentiment d'une sorte de proximité avec les dieux. Façon de parler.

Et puis, sa présentation des différentes relations entre les hommes et la Mère divine est presque bouleversante, quelque chose en nous est touché, un vieux souvenir, une aspiration enfouie, comme si Sri Aurobindo mettait des mots sur une aspiration secrète de notre coeur dont nous n'avons même pas clairement conscience.

D'ailleurs je reconnais volontiers que les extraits choisis sont tout à fait arbitraires, et l'âme humaine étant tellement tourmentée, j'ai été plus sensible aux passages où Sri Aurobindo parle des hommes, de l'humanité, que du glorieux destin de la Savitri. 

Consciente du Moi universel en tous

Elle cherchait des cœurs vivants, des formes humaines,

Ces reflets de son âme, ses compléments, ses contreparties,

Ces proches parcelles de son être extérieur

Séparées d’elle par les murs du corps et du mental

Et pourtant liées à son esprit par des liens divins.
 

Dominant les barrières invisibles et les défenses masquées

Et la solitude qui sépare les âmes entre elles,

Elle voulait que tout devienne une seule embrasse immense

Où elle pourrait abriter toutes les créatures vivantes

Les soulever toutes en un point splendide de lumière voyante

Les tirer de cette épaisse crevasse inconsciente de la division

Et les faire un avec Dieu et avec le monde et avec elle.
 

Quelques-uns seulement répondaient à son appel,

Quelques-uns, plus rares encore, sentaient sa divinité voilée

Et tentaient d’unir le Dieu en elle au leur

De s’apparenter tant soit peu à ses hauteurs.
 

Soulevés vers de lumineux mystères

Ou conscients de quelque splendeur cachée au-dessus

Ils faisaient un bond pour la retrouver, dans un moment d’éclair,

Apercevaient une lumière dans une immensité céleste.
 

Mais ne pouvaient pas garder la vision ni le pouvoir

Et retombaient dans la morne stupeur de la vie ordinaire.
 

Ils sentaient proche un mental audacieux,

Une tentative divine,

Une poussée vers quelque grand large,

Ils touchaient d’un doigt avide la lisière de l’inconnu,

Mais restaient encore prisonniers de la graine humaine :

Ils ne pouvaient pas soutenir l’allure de sa marche infatigable ;

Trop petits et trop impatients pour les vastes bonds de sa volonté,

Trop étroits pour regarder avec les yeux d’un Infini pas encore né,

Leur nature se lassait des choses trop grandioses.
 

Car, même les proches compagnons de ses pensées

Ceux qui auraient pu marcher le plus près de son rayon

Adoraient la puissance et la lumière qu’ils sentaient en elle

Mais n’étaient pas à la mesure de son âme.
 

Amie, et pourtant trop grande pour être connue pleinement,

Elle marchait devant eux vers une lumière plus haute,

Conductrice et reine de leur cœur et de leur âme,

Proche de leur poitrine, et tout de même divine et lointaine.
 

Admiratifs et stupéfaits, ils voyaient sa formidable course

Ses bonds vertigineux, ce souffle d’un Dieu

Qui tentait des cimes trop éloignées pour leur taille d’homme

Ou qui peinait d’un grand pas lent sur des pistes enchevêtrées

Poussant vers des buts qu’ils ne pouvaient guère concevoir ;

Tout de même ils allaient, forcés d’être les satellites de son soleil

Incapables de se passer de sa lumière,

Ils s’accrochaient à elle les mains tendues avec leur désir

Ou suivaient en trébuchant les chemins qu’elle avait ouverts.
 

Ou aspirant avec leur moi de chair et de vie

Ils se collaient à elle pour nourrir leur cœur et se soutenir,

Tout le reste, ils ne pouvaient pas le voir à la lumière visible,

Vaguement, ils supportaient sa force intérieure.
 

Ou prisonniers des sens et de la soif du cœur,

Adorant avec l’amour trouble des humains,

Ils ne pouvaient pas saisir le puissant esprit qu’elle était

Ni se changer à son contact intime et devenir comme elle.
 

Certains, avec leur âme, sentaient ce qu’elle était et vibraient avec elle,

Ils sentaient proche une grandeur, mais qui échappait à leur mental :

La voir, c’était un appel à adorer,

Être près d’elle, précipitait une force de haute communion.
 

Ainsi les hommes font-ils un culte d’un dieu trop grand pour être connaissable

Trop haut, trop vaste pour revêtir une forme limitée ;

Ils sentent une Présence et obéissent à une force

Ils adorent un amour qui envahit d’ivresse leur poitrine,

Une ardeur divine qui avive les battements de leur cœur,

Ils suivent une loi qui grandit leur cœur et leur vie.
 

Un air nouveau et plus divin s’ouvre à la respiration

Un monde plus libre et plus heureux s’ouvre à l’homme :

Il voit de hautes marches qui grimpent vers le Moi et la Lumière.
 

Un pays divin en elle commandait l’allégeance de leur âme

L’âme voyait, sentait, connaissait la divinité.
 

Sa volonté avait un pouvoir sur les actes de leur nature,

L’inépuisable tendresse de son cœur prenait leur cœur,

Ils aimaient un être qui dépassait leurs limites ;

Ils ne pouvaient pas compasser sa mesure mais ils supportaient son toucher,

Comme la fleur répond au soleil, ils répondaient

Se donnaient à elle et n’en demandaient pas plus.
 

Plus grande qu’eux-mêmes, trop vaste pour leurs yeux,

Leur mental ne pouvait pas comprendre ni connaître vraiment

Mais leur vie écoutait la sienne, émue par ses paroles :

Ils sentaient la déité et ils obéissaient à un appel

Ils répondaient aux suggestions et faisaient son travail dans le monde ;

Leur vie, leur nature était mue et contrainte par la sienne

Comme si la vérité de leur propre moi plus large

Prenait un aspect de la divinité

Et les haussait à une tonalité au-delà de leur terre.
 

Ils sentaient un avenir plus large croiser leur route ;

Elle les tenait par la main, elle choisissait pour eux leur chemin :

Ils étaient poussés par elle vers de grandes tentatives inconnues,

La foi les aimantait et la joie de se sentir à elle ;

Ils vivaient en elle, ils voyaient le monde par ses yeux.
 

Certains se tournaient vers elle en dépit du penchant de leur nature,

Divisés entre l’émerveillement et la révolte,

Séduits par son charme et dominés par sa volonté,

Possédés par elle et cherchant à la posséder ;

Impatients sujets, leur cœur assoiffé mais lié

Embrassait les chaînes dont ils se plaignaient le plus

Grondait contre un joug qu’ils auraient pleuré de perdre,

Le splendide joug de sa beauté et de son amour ;

D’autres la poursuivaient des désirs aveugles de leur vie

Et la réclamaient tout entière comme leur bien particulier

Pressés d’accaparer une tendresse faite pour tous.
 

Comme la terre réclame la lumière pour sa seule poussée,

Ils la réclamaient pour leur seule embrasse jalouse

Et voulaient d’elle des sentiments limités comme les leurs,

Avides d’une réponse égale à leur petitesse.
 

Ou ils se plaignaient qu’elle échappe à leur prise

Et espéraient l’attacher de près par des cordes gémissantes.
 

Ou trouvant le contact désiré trop puissant à supporter

Ils l’accusaient d’une tyrannie qu’ils aimaient,

Se retiraient en eux-mêmes comme à l’abri d’un soleil trop fort

Tout en ayant soif de la splendeur qu’ils refusaient.
 

Amoureux et en colère contre son doux rayon passionné

Que la faiblesse de leur argile ne pouvait guère supporter,

Ils soupiraient mais poussaient des cris au contact désiré

Inaptes à toucher de si près la divinité

Intolérants d’une Force qu’ils ne pouvaient pas contenir.
 

Certains, attirés malgré eux par son influence divine,

L’enduraient comme une douce mais étrangère fascination ;

Incapables de grimper à des niveaux trop sublimes

Ils voulaient la tirer en bas sur leur propre terre.
 

Ou contraints de centrer autour d’elle leur vie passionnée

Ils espéraient soumettre aux besoins humains de leur cœur

La gloire et la grâce qui avaient captivé leur âme.

Mais dans ce monde, parmi les cœurs qui répondaient à son appel,

Nul ne se trouvait être son égal et son compagnon.
 

En vain se baissait-elle pour les égaler à ses hauteurs,

Trop pur était cet air pour le souffle des petites âmes.
 

Son cœur voulait soulever ces autres moi

Dans ses propres Vastitudes,

Les emplir de son propre pouvoir

Et qu’une Force plus divine puisse entrer dans la vie,

Un souffle de Dieu grandir le temps humain.
 

Pourtant, elle se penchait pour toucher leur petitesse

Couvrait leurs vies de ses puissantes mains passionnées,

Elle connaissait par sympathie leurs besoins et leurs manques

Et plongeait dans la vague et les bas-fonds de leurs vies

Et portait et partageait les battements de leur chagrin et de leur joie

Et se courbait pour guérir leur malheur et leur orgueil

Et prodiguait toutes les forces de son pic solitaire

Pour hisser jusque là leur cri d’aspiration,

Mais même quand elle tirait leur âme dans ses Vastitudes

Et les entourait du silence de ses profondeurs

Et les contenait comme la grande Mère contient les siens,

Seule sa surface terrestre portait leur fardeau

Et mêlait son feu à leur mortalité :

Son moi plus grand restait seul, insollicité, intérieur.
 

Le plus souvent, dans la fougue et la paix de la Nature muette

Elle pouvait sentir une parenté sereinement une ;

La Force en elle attirait la progéniture subhumaine de la terre ;

Le large et libre délice de son esprit

Rejoignait les couleurs ardentes et somptueuses de leurs vies

Rencontrait l’animal et l’oiseau et les fleurs et les arbres.
 

Ils répondaient avec un simple cœur.
 

Dans l’homme habite quelque chose de trouble et sombre ;

Il sait, mais se détourne de la Lumière divine,

Il préfère l’ignorance et le noir de la chute.
 

Dans le nombre de ceux qui venaient attirés par elle

Nulle part elle ne trouvait son compagnon des hautes tâches,

Le camarade de son âme, son autre moi

Fait comme elle, un avec elle, comme Dieu et la Nature.
 

Quelques-uns s’approchaient, étaient touchés, prenaient feu,

Puis faiblissaient.
 

Trop grande était son exigence, trop pure sa force.
 

Ainsi éclairait-elle la terre autour comme un soleil,

Mais dans son ciel intime, tel un astre solitaire,

Une distance la séparait de ses plus proches.
 

Puissante, à part, son âme vivait comme vivent les dieux.

Et un peu plus loin dans ce chant :

Le cœur des hommes est amoureux de sa race bourbeuse

Et ne supporte pas les esprits solitaires et altiers

Ceux qui apportent

Les exigences du feu des plans immortels

Trop vastes pour les âmes qui ne sont pas nées pour épouser les cieux.

Quiconque est trop grand, solitairement doit vivre,

Adoré, il marche en sa puissante solitude ;

Vain est son labeur pour créer sa propre espèce,

Son seul compagnon est l’Intensité qui l’habite.

Passiflora vitifolia – Fleur de la passion – L'aspiration du pouvoir à devenir un instrument de l'œuvre divine – Le pouvoir s'ouvrant à une conscience supérieure, s'éveille au besoin d'être au service du Divin.

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Extraits du chant 3 –

L'Appel de l'Inconnu

Voyant l'état pitoyable des hommes et de la vie, le Roi Aswhapati reçoit la révélation que la Mère divine s'est incarnée humainement sur la terre dans son propre enfant, Savitri, afin de « changer la loi ».

Il sème cette connaissance dans la conscience profonde de Savitri en l'appelant à partir et à se mettre en quête de celui, l'Inconnu, qui sera le Compagnon de sa tâche divine sur la terre.

(Note de Satprem)

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C'est dans ce chant qu'il y a ce formidable passage qui m'a inspiré ce titre : Le message de la Flamme aux hommes.

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D’autres sons que n’entendent point nos sens matériels.
 

Dans un subtil interspace qui encercle nos vies

S’ouvrent les portes ensommeillées de l’esprit intérieur

Et l’inaudible musique de la Nature se laisse surprendre ;

À travers le lourd trimard cyclique des vies impatientes

À travers l’harcelante urgence des soucis présents,

L’hymne sans mots de la Terre à l’ineffable

Montait du cœur ardent du Vide cosmique ;

Le Roi écoutait la voix étouffée des Pouvoirs à venir

Le murmure derrière les barreaux lumineux du Temps.
 

De nouveau, la formidable soif soulevait sa flamme

Demandant une vie parfaite sur la terre et pour les hommes

Implorant une certitude dans ce mental incertain

Et un bonheur sans ombre pour le cœur souffrant des hommes

Et une Vérité qui s’incarne dans un monde ignorant

Et un dieu qui divinise enfin les formes mortelles.
 

Alors, jaillie d’un lointain ciel de la pensée

Captée secrètement par le scribe récepteur

Une parole a résonné dans les corridors de son cerveau

Et laissé son empreinte sur les cellules enregistreuses.
 

“Ô race née de la terre, que le Destin emporte

Et que la Force contraint,

Ô futiles aventuriers dans un monde infini,

Prisonniers d’une humanité de nains,

Tournerez-vous sans fin dans la ronde du mental

Autour d’un petit moi et de médiocres riens ?
 

Vous n’étiez pas nés pour une petitesse irrévocable

Ni bâtis pour de vains recommencements.
 

Vous étiez faits de la substance de l’Immortel,

Vos actes peuvent être de rapides foulées révélatrices

Votre vie, un moule changeant pour les dieux qui grandissent.
 

Un Voyant, un puissant Créateur est en vous

La Grandeur immaculée veille sur vos jours,

Des pouvoirs tout-puissants sont enfermés dans les cellules de la Nature.
 

Une destinée plus haute vous attend :

Cet être terrestre transitoire, s’il le veut,

Peut accorder ses actes à un plan transcendant.
 

Celui-là, maintenant, qui regarde le monde avec des yeux ignorants

À peine sorti de la nuit inconsciente,

Qui voit des images et non la Vérité,

Peut emplir ce regard d’une vision immortelle.
 

En vérité, le dieu grandira dans vos cœurs,

Vous vous éveillerez à l’air de l’esprit

Et sentirez les murs du mental mortel crouler

Vous entendrez le message qui est resté muet au cœur de la vie

Et sonderez la Nature avec des yeux solaires

Et sonnerez vos conques aux portes de l’Éternel.
 

Auteurs des grandes métamorphoses terrestres,

C’est à vous qu’il est donné

De traverser les dangereux espaces de l’âme

Et de réveiller totalement la formidable Mère

Et de trouver le Tout-Puissant dans cette demeure de chair

Et que cette vie devienne les millions de corps de l’Un.
 

La terre que vous foulez est une frontière voilée des cieux,

La vie que vous menez cache la lumière que vous êtes.
 

D’immortels Pouvoirs soufflent leur flamme devant vos portes ;

Là-bas, là-haut, sur vos sommets, le chant des dieux résonne

Et sans cesse les gongs de la pensée appellent :

Dépasse ton moi ;

Rares sont ceux qui entendent, plus rares encore ceux qui osent aspirer,

Nympholeptes de l’extase et du brasier.
 

Une épopée d’espoir et de faillite déchire le cœur de la terre ;

Sa force et sa volonté dépasseront sa forme et son destin.
 

Une déesse est prise dans un filet d’inconscience ;

Enchaînée par elle-même dans les pâtures de la mort

Elle rêve de la vie,

Torturée par elle-même dans les douleurs de l’enfer

Elle aspire à la joie

Et bâtit à l’espoir ses autels de désespoir,

Elle sait qu’un seul haut pas pourrait affranchir tous

Et dans sa douleur appelle la grandeur de ses fils.
 

Mais vague dans le cœur des hommes est le feu qui monte,

Là, l’invisible Grandeur attend, inadorée ;

L’homme voit le Très-Haut sous une forme limitée

Ou regarde une Personne, entend un Nom.
 

Il se tourne vers des Pouvoirs ignorants pour de petits gains

Ou allume les lumières de son autel à une face de démon.
 

Il aime l’Ignorance qui engendre sa douleur.
 

Un maléfice frappe ses forces glorieuses.
 

Il a perdu la Voix intérieure qui conduisait ses pensées,

Un masque couvre le trépied de l’oracle

Une Idole spécieuse occupe le sanctuaire du Merveilleux.
 

La grande Illusion l’enveloppe de ses voiles,

En vain, viennent les presciences profondes de l’âme,

En vain, l’interminable suite des voyants,

Les sages méditent dans une lumière insubstantielle,

Les poètes prêtent leur voix à des rêves frivoles.
 

Un feu sans foyer inspire la langue des prophètes.
 

Les flamboiements des cieux descendent, puis s’en retournent,

L’Œil lumineux s’approche, puis se retire ;

L’Éternité parle, nul ne comprend ses mots ;

Le Destin résiste et les Abysses refusent ;

Les eaux d’oubli de l’Inconscient bloquent toute chose faite.

Seul, si peu l’écran du Mental est soulevé.
 

Les Sages qui savent ne voient qu’une moitié de la Vérité.
 

Les forts qui grimpent s’arrêtent à un bas pic.
 

Les cœurs qui aspirent n’ont qu’une heure pour aimer ;

Son conte à moitié dit, le Barde secret défaille ;

Trop rares encore sont les dieux dans les formes mortelles.”
 

La Voix s’est retirée dans son ciel caché.

Plus loin, un autre passage a retenu mon attention :

Lorsque le Mantra s’enfonce dans l’oreille du Yoga,

Son message remue le cerveau aveugle

Mais obscurément, dans les cellules ignorantes, ce son résonne ;

Celui qui entend comprend la forme des mots

Et méditant sur la trace de pensée qu’il renferme

S’efforce de le déchiffrer avec son mental laborieux

Mais trouve de brillantes suggestions, non le corps de la vérité ;

Finalement, tombant dans le silence intérieur pour savoir

Il découvre l’écoute profonde de son âme :

Le Mot se répète tout seul avec des accents rythmiques :

Pensée, vision, sentiments, sens et conscience du corps

Sont saisis irréversiblement et

Il subit une extase et un changement immortel ;

Il sent une Vastitude, il devient un Pouvoir,

Toute la connaissance déferle sur lui comme une mer :

Transmué par le rayon blanc de l’esprit

Il marche dans un pur ciel de joie et de calme,

Il voit la face de Dieu, il entend la parole transcendante ;

Et de même maintenant,

Cette Grandeur était semée dans là vie de Savitri.

Extraits du chant 4 –

La Quête

Les chemins du monde s’ouvraient devant Savitri.
 

Tout d’abord, l’étrangeté des scènes nouvelles colorées

Peuplait son mental et retenait son regard physique.
 

Mais à mesure qu’elle allait ici et là par la terre changeante

Une conscience plus profonde affleurait en elle :

Native de bien des scènes et des climats

Elle avait fait son foyer de chaque sol et chaque pays

Elle avait fait siens tous les clans et tous les peuples

Et finalement, toute la destinée de l’espèce était sienne.

Et un peu plus loin un passage parle de notre destin. Mais quelles peuvent bien être ces déesses dont parle Sri Aurobindo ?

Un Guide fait tourner les roues muettes

Et dans le char de cette course passionnée,

Obscurément masquées, les yeux bandés,

Les déesses chevauchent et vont

Immuablement assignées près de l’homme dès sa naissance,

Dépositaires de la loi intérieure et extérieure

Exécutantes de la volonté de son esprit

Et en même temps témoins et exécutrices de son destin.
 

Inexorablement fidèles à leur tâche,

Gardiennes des séquences de sa nature

Elles gardent intact le fil tissé par les vieilles vies.
 

Compagnes du chemin mesuré de son destin

Qui conduisait à des joies gagnées par lui et à des peines appelées par lui,

Elles interviennent jusque dans ses pas les plus fortuits.
 

Rien de ce que nous faisons ou pensons n’est vain ni nul ;

Chaque acte, chaque pensée est une énergie lancée

Et garde son erre.
 

Les scribes fantômes de notre passé jamais mort

Font de notre destin l’enfant de nos propres actes,

Et dans les sillons creusés par notre volonté

Nous récoltons le fruit de nos gestes oubliés.
 

Mais puisque l’arbre est invisible, qui a porté ce fruit,

Et puisque nous vivons dans un présent né d’un passé inconnu,

Ces actes semblent l’effet d’une Force mécanique

Pour notre mental mécanique lié par les lois de la terre ;

Et pourtant, les déesses masquées sont l’instrument d’une Volonté suprême.
 

Silencieusement elles sont suivies d’en haut par un Œil omnivoyant.

Un architecte prescient du Destin et du Hasard

Bâtit nos vies sur un plan prévu

Connaît le sens et la conséquence de chaque pas

Et regarde les énergies d’en bas qui trébuchent.
 

Sur ses hauteurs silencieuses, Savitri était consciente

D’une calme Présence sise au-dessus de son front

Qui voyait le but et choisissait chaque tournant fatidique;

Cette Présence se servait du corps comme d’un piédestal,

Les yeux qui erraient au hasard étaient les feux de Son phare,

Les mains qui tenaient les rênes étaient Ses outils vivants ;

Tout était l’opération d’un ancien plan

Un chemin préparé par un infaillible Guide.

Et puis ce ce dernier extrait qui parle à nouveau de Savitri, la Mère divine, et de différents aspects magnifiques qui peuvent être touchés... 

L’oreille intérieure à l’écoute de la solitude

Penchée sur ses propres profondeurs sans bornes

Pouvait entendre le rythme intense de la Pensée sans mot

Qui se blottit dans le silence derrière la vie ;

Et dans la grandiose passion de son sommeil sous les caresses du soleil

La tendre voix sourde de la terre balbutiante

Montait avec son murmure de soif.
 

Loin de la clameur brute des nécessités criantes

Le mental toujours en marche, apaisé, pouvait sentir,

Tranquille derrière les dehors aveugles de sa volonté,

L’embrasse inlassable de la terre aimante, patiente, muette

Et savoir que la mère de nos formes est une âme.
 

Cet esprit qui se cogne dans l’arène des sens

Cette créature meurtrie dans le mortier des jours

Pouvait trouver en elle de vastes espaces de délivrance.
 

Ce monde n’était pas encore tout occupé par le souci.
 

La poitrine de notre mère gardait encore pour nous

Ses régions austères et ses profondeurs méditatives

Ses étendues impersonnelles, perdues et inspirées

Et la puissance de ses antres d’extase.
 

La muse de ses lèvres couvrait le symbole de ses mystères

Et gardait pour ses yeux purs le sacrement

De ses cavernes et ses vallons dans sa poitrine de joie,

Les autels de ses montagnes pour les feux de l’aurore

Et les plages nuptiales où l’océan dormait

Et l’immense psalmodie de ses bois prophétiques.
 

Elle avait des prairies pour son rire solitaire

Des plaines paisibles et heureuses dans les bras de la lumière,

Seule avec le cri des oiseaux, le coloris des fleurs

Et les merveilles sauvages allumées par ses lunes

Et de sages soirs sans éclat qui s’illuminaient aux étoiles

Et d’obscurs frémissements dans l’infinitude de la nuit.
 

Souveraine, elle exultait sous l’œil de son Créateur

Elle sentait son intimité dans la poitrine de la terre

Parlait encore à une Lumière derrière le voile

Communiait encore avec l’Éternité par-delà.
 

Elle appelait de rares terriens doués

À partager la joyeuse communion de sa paix ;

Le vaste, les sommets étaient leur pays naturel.
 

Les valeureux et sages rois, leur devoir terminé,

Libérés de la tension guerrière de leur tâche,

Venaient dans la sérénité de ces assises sauvages ;

La lutte était finie, le répit s’ouvrait devant eux.
 

Heureux, ils vivaient avec les oiseaux et les bêtes et les fleurs

Et les rayons du soleil et le bruissement des feuilles,

Ils écoutaient les vents d’orage rouler dans la nuit

Rêvaient avec les étoiles dans leurs immuables constellations muettes

Et logeaient dans les matins comme sous une tente d’azur

Et ne faisaient qu’un avec la gloire des midis.
 

Quelques-uns plongeaient plus profond ;

Délivrés de l’étreinte extérieure de la vie

Appelés par un intime secret brûlant

En ce fond d’âme à l’étoile blanche inassaillie

Ils partageaient une Félicité à jamais vivante ;

Dans l’extase et le silence, ils entendaient une Voix profonde

Contemplaient une Lumière qui révèle tout.
 

Toutes les différences créées par le Temps étaient dépassées,

Les fibres du monde vibraient avec les cordes de leur propre cœur ;

Intimement proches du cœur qui bat dans chaque poitrine,

Ils arrivaient au moi qui est un en tous

Par l’amour sans limites.
 

Accordés au Silence et à la cadence du monde,

Ils dénouaient le nœud de l’emprisonnement mental ;

Le vaste regard imperturbé du témoin était atteint,

Le grand œil spirituel de la Nature se dessillait ;

Chaque jour, désormais, ils grimpaient au sommet des sommets :

La Vérité se penchait sur eux depuis son royaume suprême ;

Au-dessus flamboyaient les soleils mystiques de l’éternité.
 

Sans nom, sans demeure les ascètes austères,

Abandonnant la parole, le mouvement, le désir,

Siégeaient à l’écart des créatures, immergés, seuls,

Immaculés dans les hauteurs sereines du moi

Concentrés sur les lumineux pics sans voix ;

Les ermites aux cheveux torsadés, nus du monde,

Immobiles comme les grandes collines sans passion

Massées à l’entour telles les pensées de quelque vaste état d’âme,

Attendaient l’ordre de l’Infini pour finir.
 

Accordés à l’universelle Volonté, les voyants

Satisfaits en Celui-là qui sourit derrière les formes terrestres

Restaient inchagrinés par l’assaut des jours.
 

Autour d’eux, comme les arbres verts qui ceinturent la colline,

De jeunes et graves disciples façonnés par leur toucher,

Entraînés à l’acte simple et à la parole consciente,

Grandissaient en eux-mêmes et grimpaient vers leurs hauteurs.
 

Chercheurs venus de loin sur le sentier de l’Éternel

Amenés à ces tranquilles fontaines par la soif de leur esprit

Ils buvaient le trésor d’une heure silencieuse

Baignaient dans la pureté de ce regard de douceur

Qui, sans s’imposer, les conduisait dans sa paix

Et sous son influence trouvaient les chemins du calme.
 

Premiers Enfants de la monarchie des mondes,

Dirigeants héroïques d’un temps à venir,

Fils de rois nourris dans cet air large

Tels des lions qui gambadent au soleil et au ciel

Ils recevaient là, semi-consciemment, leur empreinte divine :

Formés sur le type des hautes pensées qu’ils chantaient

Ils apprenaient la vaste magnificence d’une musique d’âme

Qui nous fait camarades du souffle cosmique ;

Sortis des chaînes de leur petit moi séparé,

Souples et fermes sous la main éternelle,

Ils affrontaient la Nature d’un bras audacieux et amical

Et servaient en elle l’Énergie qui façonne ses œuvres.
 

D’une seule âme avec tous,

Libres des liens qui étouffent

Larges comme un continent au soleil chaleureux

Dans la joie impartiale d’une égalité qui embrasse tout

Ces sages respiraient pour le délice de Dieu dans les choses.
 

Œuvrant à la lente éclosion des dieux

Semant des pensées immortelles dans les jeunes esprits

Ils enseignaient la grandiose Vérité

Que la race des hommes doit incarner,

Ou, à quelques-uns, ils ouvraient les portes de la liberté.
 

Transmettant la Lumière à notre monde en lutte

Ils respiraient comme des esprits délivrés du lourd carcan du Temps,

Camarades et instruments de la Force cosmique,

Ils se servaient d’une maîtrise naturelle comme celle du soleil :

Leurs paroles aidaient la terre, leur silence aidait la terre.
 

Un bonheur magique coulait à leur toucher ;

L’Unité était la souveraine de cette paix sylvestre,

La bête sauvage rejoignait en sympathie sa proie ;

Persuadant la haine et le conflit de cesser

L’amour qui coule du sein de l’unique Mère

Guérissait par leur cœur ce dur monde blessé.
 

D’autres s’évadaient des confins de la pensée

Là où le Mental dort sans mouvement, attendant la naissance de la Lumière,

Et revenaient frémissants d’une Force sans nom

Ivres d’un vin d’éclair dans leurs cellules ;

La connaissance intuitive bondissait dans les paroles,

Saisis, vibrants, brûlants du mot inspiré,

Écoutant la voix subtile qui enveloppe les cieux,

Transportant la splendeur qui a allumé les soleils,

Ils chantaient les noms de l’Infini et les pouvoirs immortels

En des vers qui réverbéraient le mouvement des mondes,

Des ondes de son jaillissaient de la vision des abysses de l’âme.
 

Quelques-uns, nus de la personne et de ses bandelettes de pensée

Engloutis dans un immobile océan de Puissance impersonnelle,

Restaient là, grandioses, perdus dans la vision de l’infinie Lumière,

Ou, camarades de la Volonté éternelle,

Traçaient le plan des Temps passés et à venir.
 

Quelques-uns s’envolaient d’un coup d’aile

Hors des mers cosmiques

Et disparaissaient dans un Vaste ensoleillement sans fond ;

D’autres, silencieux, regardaient la danse universelle,

Ou aidaient le monde par leur indifférence du monde.
 

D’autres ne regardaient plus, fondus dans un Moi solitaire

Absorbés dans une transe d’où nulle âme ne revient,

Toutes les lignes du monde occulte à jamais coupées,

Les chaînes de la naissance et de la personne rejetées :

Quelques-uns, sans compagnon, arrivaient à l’ineffable.

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