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Publié par pascalemmanuel

Dans les 5 dernières pages du chapitre il devient difficile de faire la part entre le sacrifice et la haute destinée du yoga intégral tant les deux semblent mêlés.

Ce qui manque peut-être à l'humanité actuelle, c'est un espoir, une vision, une assurance, une certitude que nous allons en sortir. Nous, pas nécessairement nous en tant qu'individu isolé, nous, l'humanité. 

Nous allons en sortir, en non par d'habiles compromis mais par le haut. C'est cela qu'est venu nous dire Sri Aurobindo, toute sa vie, en tout cas sa vie adulte, n'a été que le témoignage de cette assurance et de cette certitude. 

Ces dernières pages sont si denses que je ne sais comment les résumer. Nous en étions restés avec une description du processus de transformation. 

Tels des affamés et des assoiffés, puissions nous puiser abondamment tout ce que nous pouvons dans ces lignes... 

C’est une connaissance intégrale que nous recherchons, une force intégrale, l’union la plus vaste possible avec le Tout et l’Infini derrière l’existence.

Pour le sâdhak du yoga intégral, aucune expérience exclusive, aucun Aspect divin particulier — même s’il est irréfutable pour le mental humain, même s’il suffit à sa capacité, même s’il est accepté sans difficulté comme la seule et ultime réalité — ne peut faire figure d’exclusive vérité de l’Éternel.

Pour lui c’est en suivant, jusqu’au bout et totalement, l’expérience de la Multiplicité divine qu’il embrasse le plus profondément et sonde le plus largement l’expérience de l’Unité divine poussée à son extrême limite.

Tout ce qui est vrai derrière le polythéisme, aussi bien que derrière le monothéisme, fait partie du domaine de sa recherche ; mais il va au-delà du sens superficiel que leur donne la pensée humaine et se saisit de leur vérité mystique dans le Divin.

Il voit vers quoi tendent les sectes et les philosophies discordantes et accepte chaque facette de la Réalité à la place qui lui revient, mais il rejette leur étroitesse et leurs erreurs et continue son chemin jusqu’à ce qu’il ait découvert la Vérité unique qui les relie toutes.

Les reproches d’anthropomorphisme et d’anthropolâtrie (1) ne sauraient l’arrêter, car il voit que ce sont des préjugés de l’intelligence raisonneuse, ignorante et arrogante, et du mental abstrait qui tourne sur lui- même dans son cercle étriqué.

Les relations humaines sous leur forme présente sont marquées par la petitesse, la perversité et l’ignorance ; et pourtant, elles sont l’ombre déformée de quelque chose qui existe dans le Divin, et en les tournant vers le Divin, le sâdhak découvre cela dont elles sont l’ombre et le fait descendre afin de le manifester dans la vie.

C’est à travers l’humain, dépassé et ouvert à une suprême plénitude, que le Divin doit se manifester ici-bas, puisque la manifestation divine s’opère inévitablement dans et par le processus de l’évolution spirituelle ; par conséquent, le chercheur ne refusera pas de voir la Divinité ou ne la méprisera pas parce qu’elle est logée dans un corps humain, mânushîm tanum âshritam.

Par-delà la conception humaine limitée de Dieu, il passera à l’éternel Un divin, mais il saura aussi le reconnaître dans le visage des Dieux, ses personnalités cosmiques qui soutiennent le jeu mondial ; il le découvrira derrière le masque des Vibhûtis (2) — les forces mondiales incarnées ou Conducteurs des hommes —, il le vénérera et lui obéira dans le Guru, l’adorera dans l’Avatâr.

Et ce sera pour lui une extrême bonne fortune s’il peut rencontrer quelqu’un qui a réalisé, ou est en train de devenir Cela qu’il cherche, et s’il peut à son tour le réaliser en s’ouvrant lui-même pour devenir le réceptacle de sa manifestation.

C’est le signe le plus tangible de l’accomplissement qui grandit, la promesse du grand mystère de la Descente progressive dans la Matière, car tel est le sens secret de la création matérielle et la justification de l’existence terrestre.

(1) Définitions du Larousse :

Anthropomorphisme : tendance à attribuer à Dieu, à un dieu les sentiments, les passions, les idées et les actes de l'homme.

Anthropolâtrie : 1. (Religion) Adoration d’un homme, d’un prophète, comme s’il était dieu. 2. (Christianisme) Adoration du Christ en tant qu’homme, simple prophète, et non comme fils de Dieu et Dieu lui-même. 3. Adoration de la figure humaine d’un ou des dieu(x), anthropomorphisme de la divinité.

(2) Glossaire des Lettres sur le Yoga :

Vibhouti : émanation divine, puissance divine manifestée dans le monde, incarnation mineure ou partielle du Divin.

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J'ignore ce que pensent les gens en lisant ce genre de choses.Moi, ça me fait un bien fou de savoir que la terre sera divinisée, que cela nous plaise ou non, que nous y croyions ou non, que nous y participions volontairement ou involontairement et que cela mette encore quelques centaines d'années n'a aucune importance : nous allons en sortir. Rien d'autre ne compte vraiment. Continuons :

Ainsi, le Seigneur du sacrifice se révèle au chercheur à mesure que progresse le sacrifice. (1)

Cette révélation peut commencer en n’importe quel point ; le Maître de l’Œuvre peut se mettre à l’œuvre en lui sous n’importe quel aspect, et faire de plus en plus pression sur lui et sur elle pour révéler sa présence.

Avec le temps, tous les Aspects divins se dévoilent, se séparent, se combinent, se fondent, s’unissent.

Et finalement, à travers tout cela resplendit la suprême Réalité intégrale, inconnaissable pour le Mental parce qu’il appartient au monde de l’Ignorance, mais connaissable parce qu’elle se perçoit elle-même dans la lumière d’une conscience spirituelle et d’une connaissance supramentale.

(1) Ainsi mon intuition confuse se confirme. Il semblerait que "notre" sacrifice révèle "le seigneur du sacrifice" en nous, que le sacrifice soit, un moyen, pour la révélation du Divin en nous. Sachant que nous découvrons que ce n'est pas vraiment nous qui faisons le sacrifice mais... "quelque chose" en nous.

Ce n'est qu'un aspect des choses. En essayant d'en faire le tour, cela sera peut-être plus facile de trouver la porte qui nous convient. Certains rentreront par la fenêtre, du moment que nous entrons... 

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Cette révélation d’une Vérité suprême ou d’un Être suprême, d’une Conscience, d’un Pouvoir, d’une Béatitude et d’un Amour suprêmes, impersonnels et personnels à la fois, qui embrassent ainsi les deux côtés de notre être — car en nous aussi s’effectue la mystérieuse rencontre d’une Personne et d’une masse impersonnelle de principes et de forces —, est à la fois le but premier et la condition de l’accomplissement final du sacrifice.

Cet accomplissement prend la forme d’une union de notre existence avec Cela qui s’est manifesté à notre vision et à notre expérience, et cette union a un triple caractère.

Il y a une union en l’essence spirituelle, par identité ;

il y a une union par l’établissement de notre âme en cette Conscience ou cet Être suprême ;

il y a une union dynamique par similitude ou par unité de nature entre Cela et notre être instrumental ici-bas.

La première amène la libération de l’Ignorance et l’identification avec le Réel et Éternel, moksha, sâyujya ; c’est le but caractéristique du yoga de la Connaissance.

Avec la seconde, l’âme demeure avec le Divin ou en Lui, sâmîpya, sâlokya ; c’est l’intense espérance de tout yoga de l’amour et de la béatitude.

La troisième, l’identité de nature, la similitude avec le Divin, sâdharmya — être parfait comme Cela est parfait — est le haut dessein de tout yoga du pouvoir et de la perfection ou de tout yoga des œuvres et du service divin.

Une combinaison parfaite des trois, fondée ici-bas sur l’innombrable Unité de la manifestation du Divin, tel est le résultat complet du yoga intégral, l’aboutissement de sa triple voie et le fruit de son triple sacrifice.

Si nous pensons, c'est fichu, jamais je ne réussirai un truc pareil, c'est un excellent début, parce qu'effectivement, je souhaite bien du plaisir au petit humain qui voudrait essayer par ses propres forces. La clef, c'est notre don de soi au Divin. Si réellement nous nous donnons, c'est le Divin sous  son double aspect, Îshwara-Shakti, qui va faire le travail.

Maintenant, une grâce nous est proposée : nous pouvons collaborer, participer, à notre mesure, à ce gigantesque effort... 

Hibiscus syriacus

Fleur double, petite à moyenne, blanche, aux délicats pétales.

Volonté une avec la Volonté Divine

Une condition qui triomphe de tous les obstacles.

Nous pouvons obtenir l’union par identité, une libération et une transformation de la substance de notre être en cette substance suprême de l’Esprit, de notre conscience en cette Conscience divine, de notre état d’âme en l’extase de la béatitude spirituelle ou en la calme, éternelle félicité d’existence.

Nous pouvons parvenir à nous établir lumineusement dans le Divin, à l’abri de toute chute et de tout exil dans la conscience inférieure obscure et ignorante, et l’âme peut se déployer librement et fermement dans son propre monde naturel de lumière, de joie, de liberté et d’unité.

Mais puisque ce n’est pas simplement en quelque autre existence de l’au-delà que toutes ces réalisations doivent être atteintes, mais ici-bas aussi qu’il faut les poursuivre et les découvrir, ceci n’est possible que par une descente : en faisant descendre sur terre la Vérité divine et en y établissant le monde naturel de l’âme et sa lumière, sa joie, sa liberté, son unité.

L’union de notre être instrumental autant que de notre âme et de notre esprit doit transformer notre nature imparfaite à la ressemblance et à l’image même de la Nature divine ;

notre nature doit se défaire des mouvements aveugles, corrompus, mutilés, discordants de l’Ignorance, et se revêtir de lumière, de paix, de béatitude, d’harmonie, d’universalité, de maîtrise, de pureté et de perfection, d’une façon naturelle et constante ;

elle doit se convertir en un réceptacle de la Connaissance divine, en un instrument de la Volonté-Puissance et de la Force d’Être divines, en un canal de la Joie, de la Beauté et de l’Amour divins.

Telle est la transformation qui doit être effectuée, une transformation intégrale de tout ce que nous sommes maintenant, ou semblons être, par la jonction — yoga — de l’être fini dans le temps et de l’Éternel et Infini.

Ce difficile accomplissement n’est possible que s’il se produit une conversion immense, un renversement total de notre conscience, une transfiguration entière et supranormale de notre nature.

Il faut effectuer une ascension de tout l’être : une ascension de l’esprit enchaîné ici et entravé par ses instruments et son milieu, vers le pur Esprit libre au-dessus ; une ascension de l’âme vers une Sur-âme béatifique ; une ascension du mental vers un Supramental lumineux ; une ascension de la vie vers une Sur-vie ; une ascension de notre organisme physique lui-même qui doit s’unir à son origine dans une substance spirituelle pure et plastique.

Et ceci ne peut se faire d’un seul envol rapide ; c’est une escalade de pic en pic, telle la montée du sacrifice décrite dans le Véda, et à chaque sommet on regarde plus haut vers tout ce qui reste encore à accomplir (1).

En même temps, il faut qu’il y ait une descente pour consolider en bas ce que nous avons gagné en haut ; de chaque sommet conquis, nous devons nous retourner pour faire descendre le pouvoir et l’illumination nouvelle dans le mouvement mortel inférieur ; la découverte de la Lumière radieuse à jamais sur les hauteurs doit correspondre à la délivrance de la même Lumière cachée ici en chaque élément, jusque dans les cavernes les plus profondes de la Nature subconsciente.

Ce pèlerinage vers les hauteurs et cette descente pour le travail de transformation sont inévitablement une bataille, une longue guerre contre nous-mêmes et contre les forces adverses autour de nous, et tant qu’elle dure, elle peut bien paraître interminable.

Car toute notre vieille nature obscure et ignorante combattra inlassablement et obstinément l’Influence transformatrice et sera soutenue dans sa mauvaise volonté traînarde ou dans sa résistance acharnée par la plupart des forces établies de la Nature universelle; les Puissances, les Principautés et les êtres qui gouvernent l’Ignorance ne céderont pas aisément leur empire.

(1). « Ô Toi aux cent pouvoirs, les prêtres du Mot T’escaladent comme une échelle. Tandis que l’on monte de cime en cime, apparaît tout ce qui reste à accomplir. » (Rig-véda, I. 10. 1,2.)

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Au commencement, il peut y avoir une période prolongée, souvent fastidieuse et pénible, de préparation et de purification de tout notre être jusqu’à ce qu’il soit prêt et apte à s’ouvrir à une Vérité et à une Lumière plus grandes ou à l’Influence et à la Présence divines.

Et même quand, au centre de notre être, nous sommes adaptés, préparés, déjà ouverts, il faut encore beaucoup de temps pour que tous les mouvements du mental, du vital et du corps, et toutes les parties de notre personnalité, tous ces membres multiples et discordants, consentent, ou, quand ils ont consenti, soient capables de supporter le processus difficile et exigeant de la transformation.

Et même si tout en nous consent, plus dure que tout le reste est la bataille que nous devons livrer contre les forces universelles attachées à cette présente création instable quand nous essayons de procéder à la conversion supramentale finale et au renversement de conscience par lequel la Vérité divine pourra s’établir en nous dans toute sa plénitude, et non simplement une Ignorance illuminée, ce que les forces universelles permettraient plus aisément.

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Pour cette raison, la soumission et l’abandon à Cela qui est au-delà de nous est indispensable, car c’est ainsi que son Pouvoir peut agir pleinement et librement.

À mesure que le don de soi progresse, le travail du sacrifice devient plus facile et plus puissant, et les forces d’opposition perdent beaucoup de leur intensité, de leur impulsion et de leur substance.

Deux changements intérieurs aident plus que tout autre à convertir en une chose possible, et même sûre, ce qui maintenant semble difficile ou impraticable.

D’abord, l’émergence de l’âme secrète et profonde au-dedans, qui était voilée par l’activité fiévreuse du mental, par la turbulence des impulsions vitales et l’obscurité de la conscience physique, ces trois pouvoirs qui par leur combinaison confuse, forment ce que nous appelons maintenant notre moi.

Ensuite, et comme un résultat de ce premier changement, une croissance moins entravée de la Présence divine au centre avec sa Lumière libératrice et sa Force réalisatrice, et un rayonnement de cette Présence dans toutes les zones conscientes et subconscientes de notre nature.

Tels sont les deux signes, l’un qui montre que notre conversion et notre consécration à la grande Quête sont complètes ; l’autre, que notre sacrifice a été définitivement accepté par le Divin.

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Deux remarques :

1) La Synthèse des Yogas a été publiée la première fois dans la revue Arya entre 1914 et 1921. Et même si des passages ont certainement été modifiés, depuis, il y a eu la grande expérience du 29 février 1956 à partir de laquelle, nous dit Mère, la conscience supramentale se répand en flot ininterrompu, même si c'est infinitésimal dit-Elle, comme le lit d'un tout petit ruisseau. 

C'est-à-dire que le processus d'ascension que décrit Sri Aurobindo, a sans doute été chamboulé. J'ai plutôt l'impression que tous les plans de conscience qu'il évoque ont été ramassé "à l'horizontale" en quelque sorte, rassemblé sur notre plan et j'ai davantage l'impression de "poupées russes" et qu'il est moins question d'ascension que d'intériorisations. 

Et puis, le travail de Mère, de Satprem, la fameuse descente de cette nouvelle conscience en 1969 a beaucoup facilité le travail. Cela reste difficile mais moins que ce que Sri Aurobindo a pu en dire.

2) La soumission, nous n'en voulons pas, nous ne voulons même pas en entendre parler. Nous préférons continuer avoir l'illusion d'être libre et rêver de pouvoir faire toutes les bêtises que nous voulons. C'est une attitude que je connais bien. Qu'on me fiche la paix !

Il y a une résistance avec cette idée de soumission. Alors nous l'enrobons de nuances, nous disons que ce n'est pas tout à fait ça, que le surrender est teinté de don de soi et patati et patata, sans doute. 

Pourtant, c'est personnel, une compréhension intérieure commence à apparaître, intime, profonde. À notre niveau, cela n'a aucune importance ou pas beaucoup. Par contre, je commence à sentir plus qu'à comprendre, que lorsque l'énergie spirituelle commence à circuler et travailler en nous, elle sait mieux que nous ce qu'elle fait. 

Si nous allons chez un énergéticien, un magnétiseur, un ostéopathe, un praticien de médecine chinoise, un très bon, l'un des meilleurs, est-ce qu'il devra nous demander l'autorisation de stimuler l'énergie des reins, de faire circuler l'énergie du foie, etc... Non ! Nous lui faisons confiance et qu'il fasse ce qui est conforme a sa vision des choses, pour notre plus grand bien. 

Et puis, il y a un grand mystère évoqué à la fin de La vie Divine. Si je me rappelle bien, il semblerait que la liberté absolue dans le monde supramental soit liée à une soumission absolue, que la condition même de notre liberté est notre soumission. Pour le dire simplement, dans le monde supramental, nous ne sommes pas libres de foutre le bordel, de faire des choses contraires à l'ordre divin, à l'harmonie divine.

En Occident et peut-être particulièrement en France, il y a une grande révolte avec cette idée de soumission au Divin. Il est peut-être enfin temps de se réconcilier avec la vérité que contient cette idée... 

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