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Publié par pascalemmanuel

De 27 À 31 ans, j'ai beaucoup pratiqué l'aïkido, et c'est en quelque sorte à ce moment et par cette discipline que je suis entré dans le chemin. Il y a de nombreuses écoles et dans celle où j'étais, les professeurs nous répétaient sans arrêt trois principes de base, je ne me souviens plus dans quel ordre.

- Ne pas attendre, commencer le premier...

- Ne pas être ouvert...

- Ne pas regarder...

J'ai arrêté toute pratique depuis plus de vingt ans, pour me consacrer au qi gong et en particulier au zhi neng qi gong et puis à l'oeuvre de Sri Aurobindo-Mère-Satprem, et pourtant ces principes ont tendance à revenir au premier plan aujourd'hui.

Le phénomène est suffisamment curieux pour que je m'y attarde un peu. Voici comment je comprends la chose.

La conscience-de-vérité fait pression sur le monde tout entier. Si son premier effet est de faire ressortir le mensonge, son second est de nous montrer, rappeler ce qui est vrai, pas nécessairement d'une façon absolue et universelle, ça je ne le sais pas encore, mais en tout cas pour soi.

Absolument, quelque soit ce que nous avons étudié, il est possible que la conscience-de-vérité nous montre, nous révèle tout ce qui était vrai, utile, positif... dans ce que nous avons appris. Cela peut-être des toutes petites choses auxquelles nous n'avions pas prêté très attention et qui reviennent dans notre conscience pour nous dire : tu vois ça, ce petit point, et bien, c'est très intéressant, il y a quelque chose dedans que tu n'avais pas vu...

Voyons donc de plus près ces trois principes.

1) Ne pas attendre, commencer le premier...

Celui-ci, pour être tout à fait franc, il ne se traduit pas encore dans de façon très concrète dans ma vie. Je peux juste donner quelques explications.

Il se raconte que Maître Ueshiba a fondé son aïkido a partir d'une expérience pendant la guerre qui lui avait fait éviter les balles... 

Alors, de tout temps et dans toutes les traditions, il y a eut des sages, des saints, des yogis, des maîtres d'arts martiaux doués de capacités supranormales, rien de neuf sous le soleil, sauf qu'ici, c'est beaucoup plus "simple" que cela.

Lorsque nous commençons une action, encore faut-il que quelque chose en nous en ait l'intention. Même pour lever le bras droit, il faut que quelque chose en nous, ait l'intention de lever le bras droit, sans cela, nous ne pourrions pas le bouger. En fait, maître Ueshiba percevait l'intention de l'adversaire de faire feu avant que celui-ci ne fasse feu, alors il bougeait avant... 

Ce n'est pas si loin de ce que l'on peut lire dans le livre de Maggi Lidchi-Grassi sur l'action occulte de Sri Aurobindo-Mère pendant la seconde guerre mondiale, quand Sri Aurobindo guidait John Kelly pour éviter les bombes juste avant qu'elles ne tombent...

Il se dit aussi que les vrais combats dans les arts martiaux étaient très courts parce que, le premier coup était mortel ou mettait l'ennemi à terre. Rien à voir avec les bagarres interminables du cinéma. 

Sun Zi dans son art de la guerre ou les stratèges militaires ont dû étudier ce principe de "commencer le premier". 

En politique, cela serait très utile au peuple de regarder ça de plus près car de tout temps : le gouvernement fait un truc, "l'opposition", peu importe qu'elle soit réelle ou contrôlée, réagit d'une façon ou d'une autre. Celui qui a l'initiative a un avantage considérable... et pour l'instant, ce que je vois, c'est que nous sommes toujours à la traîne...

Mais ce n'est qu'une apparence, car en vérité, je pense que c'est le gouvernement qui se débat de toutes ses forces contre... une force qu'il ne peut pas maîtriser. 

2) Ne pas être ouvert...

...ne signifie pas être fermé. Je n'y avais pas pensé depuis des années et ces jours-ci, c'est revenu. Alors j'ai laissé venir les associations d'idées. Et ce qui est venu tourne autour du "moment de dieu". Quelque chose dont la bible parle et dont Sri Aurobindo a parlé aussi. Cela tourne autour de l'idée de vigilance, de veiller...

Évangile de Luc - chapitre 12

35 Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées.

36 Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte.

37 Heureux ces serviteurs-là que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen, je vous le dis : c’est lui qui, la ceinture autour des reins, les fera prendre place à table et passera pour les servir.

38 S’il revient vers minuit ou vers trois heures du matin et qu’il les trouve ainsi, heureux sont-ils !

39 Vous le savez bien : si le maître de maison avait su à quelle heure le voleur viendrait, il n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison.

40 Vous aussi, tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »

Et nous retrouvons la même idée dans l'Évangile de Thomas
Logion 21.
1) Mariam dit à Jésus : À qui ressemblent tes disciples ? 
2) Il dit : Ils ressemblent à des garçons dépositaires d’un champ qui n’est pas à eux. 
3) Quand viendront les maîtres du champ, ils leur diront : laissez-nous notre champ. 
4) Eux, ils sont nus devant eux pour le leur laisser, et ils leur donnent leur champ.
5) C’est pourquoi je vous dis : si le maître de maison sait que le voleur va venir, il veillera avant qu’il ne vienne et ne le laissera pas pénétrer par effraction dans la maison de son royaume pour emporter ses meubles.
6) Vous donc, soyez vigilants à l’égard du monde,
7) ceignez vos reins avec grande force de peur que les voleurs ne trouvent le chemin pour parvenir à vous,
8) car le profit que vous espérez, ils le trouveront.
9) Puisse-t-il y avoir parmi vous un homme averti :
10) quand le fruit a atteint la maturité, il est venu en hâte la faucille à la main et l’a récolté.
11) Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende.

Voici un très beau texte publié vers 1918 par Sri Aurobindo que ceux qui croient en Dieu peuvent méditer tant il est plus que jamais d’actualité. (Transmis d’Auroville par Nadu)

L’heure de Dieu

Il y a des moments où l’Esprit se meut parmi les hommes, où le souffle du Seigneur se répand sur les eaux de notre être. Il en est d’autres où il se retire et abandonne les hommes à leurs actes, dans la force ou la faiblesse de leur propre égoïsme. 

Les premiers sont des périodes où même un léger effort suffit à produire de grands résultats et à changer la destinée, les autres sont des espaces de temps où un grand labeur n’apporte que de maigres résultats. Il est vrai que ces moments-ci peuvent préparer les premiers; comme la fumée légère du sacrifice montant vers le ciel, ils peuvent appeler ici-bas la pluie de la munificence divine.

Infortunés, l’homme ou la nation, qui se trouvent endormis lorsque arrive le divin moment ou qui ne sont pas prêts à s’en saisir parce que la lampe n’a pas été entretenue pour l’accueillir, parce que leurs oreilles sont restées sourdes à l’appel. Mais trois fois malheur à ceux qui sont forts et préparés, et qui cependant gaspillent leur force ou mésusent de ce moment ; pour ceux-là, la destruction est grande et la perte irréparable.

Lorsque vient l’Heure de Dieu, purifie ton âme de toute tricherie avec elle-même, de toute hypocrisie et vaine infatuation, afin que tu puisses regarder droit dans ton esprit et entendre ce qui l’appelle. Toute absence de sincérité dans la nature – c’était autrefois ta défense contre l’oeil du Maître et la lumière de l’idéal – devient maintenant un défaut dans ton armure et une invite pour les coups.

Et si tu vaincs pour l’instant, c’est plus grave encore pour toi, car le coup viendra sûrement qui te jettera à terre au milieu même de ton triomphe. Mais si tu es pur, rejette toute crainte.

L’heure est souvent terrible, telle un feu, un tourbillon, une tempête, telle les vendanges foulées sous la colère de Dieu.

Mais celui qui peut se tenir debout à cette heure, soutenu par la vérité de son but, celui-là durera ; même s’il tombe, il se relèvera ; même s’il semble passer sur les ailes du vent, il reviendra. Ne laisse pas non plus la prudence du monde murmurer de trop près à tes oreilles, car c’est l’heure de l’inattendu, (de l’incaculable, de l’incommensurable).

Ne juge pas du pouvoir du Souffle à la mesure de tes minuscules instruments, mais aie confiance et avance.

Mais garde ton âme le plus que tu peux nette des vociférations de l’ego, même si ce n’est que pour un moment. Alors une colonne de feu marchera devant toi dans la nuit et la tempête sera ton auxiliaire et ta bannière flottera sur les plus hauts sommets de la grandeur qui était à conquérir.]

Quand l’obscurité se fera profonde, étranglant la poitrine de la terre,

Quand le mental corporel de l’homme sera la seule lampe,

Comme un voleur dans la nuit viendront les pas cachés

De l’Un qui entre inaperçu dans sa maison.

Savitri - Livre 1, chant 4

Je pourrais aussi rappeler les les descriptions des mondes intérieurs par Sri Aurobindo dans Savitri ou rechercher les passages sur les voleurs de lumière dans le Véda, cela irait encore dans le même sens.

Que nous regardions par une tradition ou une autre, il semblerait que tous parlent d'un même événement.

Et dans tous les cas, il y a une invitation à être vigilant et à veiller. L'avertissement de Sri Aurobindo dans L'Heure de Dieu est particulièrement clair. 

C'est dans ce contexte, en me demandant ce qu'il fallait faire pour se préparer qu'est revenu ce "ne pas être ouvert"...

Cela veut dire... ne pas être ouvert à tout et n'importe quoi, ne pas être ouvert aux imbécillités du monde, ne pas être ouvert aux faux prophètes, ne pas être ouvert aux jérémiades de notre ego mental, émotionnel, sensoriel... etc, ne pas être ouvert aux vibrations de mensonges, etc. Voilà ! Il faut fermer la porte à toutes les choses qui nous entraînent vers le bas ne plus les laisser entrer en soi, ne plus se laisser envahir, polluer...

Et l'effet énergétique immédiat en posant l'intention, c'est que cela redonne de l'énergie, qu'il n'y a plus de "fuite d'énergie", et cela restaure l'axe vertical vers le Divin...

Comme si nous étions assaillis en permanence par des moucherons attirés par je ne sais quoi... même si on ne les voit pas. Et tout un monde de vibrations entrent en nous. Pas toujours très fraîches, surtout en ce moment. 

L'invitation pressante est, alors que le moment Divin approche, est de protéger notre intériorité. Ce sont les images de la ceinture autour des reins... 

Et lorsque nous sommes en présence de ces choses, en contact... car elles sont partout, et bien, il s'agit de les offrir au Divin, d'appeler la force du Divin, de la Mère divine, de la Conscience divine, de la Volonté divine, du Feu... 

Beaucoup trop de choses entre en nous comme des passoires. Ne plus faire de notre conscience une auberge espagnole, je crois que c'est cela, l'idée de ce "ne pas être ouvert"...

3) Ne pas regarder...

... est revenu dans un contexte tout à fait différent, à l'occasion des pratiques d'intériorisation.

Souvent dans L'Agenda, Mère raconte être confrontée à une difficulté et alors, Elle raconte s'être concentrée pour voir ce que c'était. J'ai vérifié et une quinzaine de fois Mère explique qu'Elle a bien regardé... C'est une certaine attitude. 

Et puis, il y a l'opposé où Mère insiste en disant qu'Elle ne regardait pas l'expérience mais qu'Elle était l'expérience. Elle va même parfois encore plus loin en disant parfois que, dès que l'on commence à se regarder, c'est fichu.

À certains moments il semble utile, voir nécessaire, je ne sais pas, de regarder, et à d'autres, au contraire, il est préférable d'arrêter de regarder, d'essayer de voir.

C'est ce phénomène que "j'observais". Les professeurs d'aïkido disaient parfois "voir sans regarder". Il y avait d'ailleurs des pratiques où les attaquent venaient dans notre dos avec l'idée d'apprendre d'où elles venaient. Pour stimuler l'intuition, cette capacité de sentir, de percevoir. Certaines pratiques martiales se font même les yeux bandés. 

Dans le zhi neng qi gong, nous sommes la plupart du temps les yeux fermés. Ne plus regarder dehors stimule la vision intérieure. 

En tout cas, effectivement, à un certain moment, j'ai lâché prise sur l'idée de regarder l'expérience qui se déroulait en moi, et à l'instant même, des images sont venues. Alors que si j'observe, même très attentivement, il y a les sensations, ça elles sont toujours là, mais sur le fait de voir des choses, cela reste plus rare, épisodique.  

Et ce n'est pas seulement histoire de voir ou de ne pas voir des trucs, c'est la différence entre prendre la place de témoin qui regarde l'expérience se dérouler, j'ai fait ça des centaines de fois, c'est intéressant, c'est la position naturelle, la plus habituelle et celle de rentrer dans l'expérience, devenir l'expérience, se fondre dans l'expérience qui en cours, et ça c'est plus difficile, c'est une question d'identification. 

Je ne sais pour les autres, pour moi cela reste difficile, toujours il y a quelque chose qui veut regarder, qui observe. Difficile de lâcher prise. Maintenant ça vient de  temps en temps, alors le vécu est tout différent, de l'eau et puis du vin...

Tout ça, pour moi, ce n'est pas de la philosophie, ce sont des choses très pratiques et très concrètes.

À défaut d'avoir traité correctement le sujet, cela donnera peut-être quelques idées. En tout cas, l'important dans ce texte, c'est ce que nous dit Sri Aurobindo dans L'Heure de Dieu. Il me semble que ce moment approche...

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