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Publié par pascalemmanuel

Autant, avec les trois chants précédents dans lesquels Sri Aurobindo décrivaient la traversée des mondes intérieurs par Savitri, je me sentais dans une sorte de terrain familier, autant avec chant 4 sur la triple force de l'âme, rien ne résonnait vraiment. 

Il n'y a que le semblable qui peu connaitre le semblable nous dit Mère dans l'Agenda du 2 mai 1956. 

Lorsque nous lisons Savitri en étant intérieurement très tranquille, c'est comme si Sri Aurobindo nous prenait par la main et nous emmenait en visite... Je vais relire ce chant 4, une seconde lecture devrait permettre d'ouvrir un peu le chemin dans la conscience.

Ce n'est qu'à la fin du chant 5 que j'ai commencé de nouveau à vibrer, lorsque Savitri rencontre son âme, c'est vraiment très beau et que dans la foulée, Sri Aurobindo ne parle plus d'Elle mais de nous. Et là, c'est une nouvelle fois la sublime promesse de ce qui va arriver dans l'humanité.

Et là curieusement, ici et là, quelque chose résonnait. J'étais complètement perdu sur le chemin et à l'arrivée pourtant, je reconnais quelque chose.

Mais là encore, plusieurs choses m'échappent totalement, d'abord sans doute une confusion entre l'âme et l'être psychique. 

Ensuite, il m'avait semblé comprendre que Savitri partait à la recherche de "la caverne secrète" au fond du coeur et la description ressemble davantage à une ascension dans les plans de conscience, et que cette découverte se fait au sommet de la tête. J'ai dû comprendre de travers...

Pourtant, le chant suivant évoque l'entrée dans le Nirvana, ce qui correspond, pour ce que j'en avais mentalement compris, à la sortie de l'hémisphère mental, là haut.

Et enfin, l'expérience de Savitri ressemble à l'éveil de la kundalini et dans l'éveil des chakras, il y a pas celui du plexus solaire... 

En clair, ce chant a amené un certain "trouble"... ce qui est peut-être bon signe, bousculer les points de repères. Et de toute façon, cela n'empêche en rien de savourer la beauté du texte :

Une fois de plus elle était humaine sur le sol terrestre

Dans la nuit grondante parmi les bois battus de pluie

Dans la chaumière fruste où elle était assise en transe :

Ce monde subtil s’était retiré profondément dedans

Derrière le voile ensoleillé de la vision intérieure.

 

Mais maintenant le lotus à demi ouvert de son cœur

Avait fleuri et se montrait au soleil terrestre :

Dans une image brillait son âme secrète, révélée.

 

Il n’y avait pas de mur séparant l’âme et le mental,

Pas de clôture mystique protégeant des exigences de la vie.

 

Dans sa maison de lotus son être profond siégeait

Comme en concentration sur une assise de marbre

Appelant la puissante Mère des mondes

À faire de ce logis terrestre sa maison.

 

Dans un éclair de lumière suprême,

Une image vivante de la Puissance originelle,

Une face, une forme est descendue dans son cœur

Et en fit son temple et sa pure demeure.

 

Mais quand ses pieds eurent touché cette fleur tremblante,

Un formidable mouvement a ébranlé l’espace intérieur

Comme si un monde était secoué et trouvait son âme :

Sorti de la Nuit de l’Inconscient sans âme et sans mental,

Un serpent de flamme s’est dressé, délivré du sommeil.

 

Il s’est levé en déferlant ses anneaux par vagues et s’est tenu droit,

Puis, grimpant puissamment comme une tempête en route

Il a touché les centres de Savitri avec sa bouche de flamme :

Comme un baiser de feu brisant leur sommeil

Ils fleurissaient et riaient surchargés de lumière et de délice,

Puis, au sommet du crâne ils se joignirent à l’espace de l’Éternel.

 

Dans la fleur du sommet et dans la fleur à la base de la Matière,

Dans chaque place forte divine et chaque nodule de la Nature

Ils reliaient le courant mystique qui joint

Les invisibles sommets aux abîmes jamais vus,

Les lignes fortifiées qui font notre fragile défense

Et nous protègent contre cet énorme monde,

Les contours de notre expression individuelle dans cette Vastitude.

 

Une image de la Puissance originelle siégeait là

Qui portait la face et la forme de la Grande Mère.

 

Munie de l’arme et du signe

Qu’aucun pouvoir occulte, nulle magie ne peut imiter,

Infiniment diverse et pourtant une, la force gardienne siégeait :

Un geste sauveur levait son bras

Et, symbole d’une énergie cosmique native

Une bête sacrée reposait sous ses pieds,

Silencieuse comme une masse de force vivante aux yeux de flamme.

 

Un haut bouleversement céleste a tout saisi :

Brisant l’aveugle mur muet du noir Inconscient

Abolissant les cercles de l’Ignorance,

Les pouvoirs et les divinités éclatèrent en flamboyant au grand jour,

Chaque partie de l’être, tremblante de délice,

Était envahie d’une marée de bonheur

Et voyait la main de la grande Mère dans chaque circonstance

Et sentait son toucher dans chaque membre et chaque cellule :

Dans la région du lotus de la tête

Dont le mental pensant a fait son espace affairé,

Dans le château fort du lotus au milieu du front

D’où il lance les flèches de son regard et de sa volonté,

Dans le passage du lotus de la gorge

D’où la parole et l’expression mentale s’élèvent

Et l’impulsion du cœur se jette sur les mots et sur les faits,

Une heureuse révolution et un fonctionnement nouveau sont venus.

 

Les pensées de l’immortel reléguaient notre vue bornée

Les pensées de l’immortel supplantaient les idées et les sens falots de la terre ;

Toutes choses maintenant portaient un sens plus profond et plus divin.

 

Une heureuse et claire harmonie faisait voir les traits de leur vérité

Réajustait l’équilibre et les mesures du monde.

 

Chaque forme montrait son dessein occulte, dévoilait

L’intention de Dieu en elle et pour quoi elle fut créée

Et les vives couleurs splendides de la pensée de l’artiste divin.

 

Comme un canal de la Grande Mère et de son choix

La volonté de l’immortel prenait sous sa gouverne

L’aveugle gouvernement égaré de notre vie :

Ce qui fut une vague république des misères et des nécessités

Soumise à son vacillant souverain mental,

La vie, désormais, obéissait à une loi plus divine

Et chaque acte devenait un acte de Dieu.

 

Dans le royaume du lotus du cœur

L’amour chantait son pur cantique d’hyménée

Faisant de la vie et du corps les miroirs d’une joie sacrée

Et toutes les émotions se donnaient à Dieu.

 

Dans le large champ impérial du lotus ombilical

Ses fières ambitions et ses convoitises maîtresses

Étaient domptées et devenaient l’instrument

D’un grand et calme règne

Pour faire un travail de Dieu sur le sol terrestre.

 

Dans l’étroitesse et les mesquines régions du centre d’en bas,

Ses amusements puérils de tous les jours et ses désirs de nain

Étaient changés en gentils jeux turbulents,

Ébats et gambades des petits dieux avec la vie dans le Temps.

 

Dans cet antre profond où jadis dormait le Serpent

Une maîtrise venait sur les gigantesques pouvoirs de la Matière

Pour de vastes fins utiles dans le petit espace de la vie ;

Une base solide se préparait pour la descente de la puissance des Cieux.

 

Derrière tout régnait son âme, souveraine et immortelle :

Rejetant son voile d’ignorance,

Alliée des dieux et des êtres et des pouvoirs cosmiques

Elle bâtissait l’harmonie de son état humain ;

Dans cette énigme du monde de l’Inconscient (1)

S’abandonnant entre les mains de la Mère du monde

Elle obéissait seulement à son seul ordre suprême.

(1) La grande Énigme du monde de la Matière et du changement de notre matière. 

Et dans la suite du chant, Sri Aurobindo passe au "nous", il s'agit donc de l'humanité.Si c'est cela qu'amène la découverte de notre âme, cela vaut vraiment le coup de s'y consacrer :

Soutenant tout, une âme secrète derrière

Est le maître et le témoin de notre vie ignorante

Et accepte l’apparence de la Personne et le rôle de la Nature.

 

Mais une fois que les portes cachées s’ouvrent en deux

Le roi voilé sort et prend la Nature par-devant ;

Une Lumière descend dans l’Ignorance

Son nœud lourd et douloureux lâche son emprise :

Le mental devient un instrument maîtrisé

Et la vie, une image à la couleur de l’âme.

 

Heureux, tout grandit vers la connaissance et la félicité.

 

Alors une Puissance divine prend la place de la Nature

Et meut les impulsions de notre corps et de notre mental ;

Maîtresse de nos espoirs et de nos rêves passionnés

Despote bien-aimée de nos pensées et de nos actes

Elle déverse en nous à flots sa force sans limite,

Et dans nos membres mortels, le ravissement et le pouvoir de l’Immortel.

 

Une loi intérieure de beauté façonne notre vie,

Nos paroles deviennent le langage naturel de la Vérité,

Chaque pensée est une onde sur une mer de Lumière.

 

Alors, péchés et vertus quittent l’arène cosmique,

Ils ne se battent plus dans nos cœurs délivrés :

Nos actes sonnent à l’unisson du simple bien naturel de Dieu

Ou ils servent la loi d’un suprême Bien.

 

Toutes les humeurs mal gracieuses, néfastes et fausses

Abandonnent leur poste en violent désarroi

Et cachent leur honte dans les ténèbres du subconscient.

 

Alors le mental lance un cri de victoire :

“Ô âme, mon âme, nous avons créé les Cieux,

Ici au-dedans, nous avons trouvé le royaume de Dieu,

Bâti sa forteresse dans un monde bruyant et ignorant.

 

Notre vie est retranchée entre deux fleuves de Lumière,

Nous avons transformé l’espace en un golfe de paix

Et fait du corps un capitole de félicité.

 

Quoi d’autre, quoi de plus, si plus doit encore être fait ?”

Dans le lent processus de l’esprit en évolution

Dans cette brève période entre une mort et une vie

Une première étape de perfection est enfin atteinte ;

Dans la roche et dans la forêt de notre substance naturelle

Un temple est taillé où les hauts dieux peuvent vivre.

 

Même si ce monde de lutte reste au-dehors

La perfection d’un seul homme peut encore sauver le monde.

 

Une nouvelle proximité du ciel est gagnée,

Une première fiançaille de la Terre et des Cieux,

Un profond concordat entre la Vérité et la Vie :

Un camp de dieu est planté dans le temps humain.

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